Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse de la Belle: Chapitre 3


Séraphin.

Je n’avais pas été bien sage ni n’avais patienté dans ma chambre de chez le tailleur. J’aurais dû m’éloigner d’elle afin de ne pas être tenté au final, mais ce fut plus fort que moi. À l’heure de son arrivée, j’étais pourtant présent, hors de vue, mais curieux. Et quelle ne fut pas ma surprise.

Ce bougre d’âne de frère avait-il perdu la vue que d’avoir rejeté pareille perle ? Délicate, gracieuse et terriblement réservée. Sans compter que la seconde moitié de son prénom lui allait à ravir. Annabelle. Je m’en voulus sur le champ de n’avoir pu me retenir et d’être ainsi venu l’espionner. J’aurais pu au moins m’éviter ces tourments plus longtemps encore.

À l’aube je fus chez moi, tirant Gaston de son lit, lui arrachant alors qu’il était encore endormi les quelques premières impressions qu’il eut. Il me confia qu’elle disposait de bien peu de valises et donc de peu de choses, mis à part ses livres et quelques objets sans doute ayant de la valeur à ses yeux. Je lui donnai donc d’autres directives pour la journée. Retournai en vitesse chez les Bonacieux et en avisa Madame de la venue d’une personne qu’il faudrait traiter sans pareil, lui confectionner toutes les robes qu’elle eut souhaité et dans les étoffes qu’elle voudrait. Et surtout tenir précieusement ces mesures afin de lui en offrir une supplémentaire, la plus belle. Elle sembla amusée de ma demande et me piqua au vif, me demandant si, par le plus grand des miracles, je m’étais épris d’une dame.

– Ce qui m’arrive est insensé en effet Madame. Moi l’être volage, me voilà épris comme vous le dites si bien. Mais pour une fois, je n’aurai pas à affronter le regard inquisiteur de ses aïeuls ou craindre l’arrivée d’un mari cocu, d’un amant jaloux. Non. Cette fois, c’est un cadeau du ciel que mon père veut me voir épouser. Et moi qui prenais cela pour une tâche si ingrate, un devoir de fils reconnaissant, me voilà éblouit par cette fiancée qui ignore tout de moi. Combien vais-je la faire souffrir de mes frasques, pauvre enfant.

– Il ne tiendrait qu’a vous, pourtant, que cela n’arrive pas. Calmez vos ardeurs tout simplement.

– Oh Madame si vous saviez comme je le voudrais subitement. Mais quand bien même et sans vous mettre dans toutes les confessions, il y a plus que ces histoires de lit. Malheureusement.

Le carrosse arriva après le déjeuner, elle a son bord comme prévu et elle fut accueillie avec tous les égards. Moi qui me prenais pour un homme, me voilà redevenu un adolescent en la voyant de nouveau par ma fenêtre. Et je descendis quatre à quatre afin de lancer quelques regards par les ouvertures de la boutique.

Forcément, Madame Bonacieux me remarqua, et me fit la surprise de m’inviter à entrer. Chose qui me fut difficile de refuser. Mais pénétrant dans les lieux, je lui signalais d’un doigt sur la bouche de ne surtout pas me nommer, de garder le secret. Ce qu’elle fit, avec quelques regrets sans doute.

Je me postais dans le fond, faisant mine d’admirer les étoffes. La demoiselle occupée elle-même à en choisir une dans les tons bleu clair ne s’étant pas encore préoccupée de ma présence, avait juste émis un timide bonjour à mon entrée. Était-elle bien plus froide que les armures de la salle d’armes du château ou était-ce réellement de la pudeur. Mes doutes furent dissipés lorsque je reçus un regard de sa part, le premier véritablement, et qu’elle détourna les yeux aussitôt. Non pas pédante, mais bel et bien rougissante.

Père m’avait pourtant prévenu. Son géniteur, afin de la préserver et de voir honorer la promesse qu’on lui avait faite l’avait placée très tôt en pension auprès de sœurs charitables. Tout cela ayant plus des allures de couvent que de cours des plaisirs forcément. À part nos familles et les domestiques, combien d’hommes… je voulais dire combien d’hommes qu’il lui fut plausible de regarder comme de potentiel amant a-t-elle pu approcher dans sa vie ? Fort peu je le crains. Et mon frère, ce cher Raphaël, aura sans doute été si prévenant à son égard, qu’elle ne dut sans doute pas s’extasier à la moindre de ses présences. Le connaissant.

– Avez-vous fait votre choix Mademoiselle ? s’informa la boutiquière.

– À vrai dire, toutes ces étoffes sont magnifiques et les couleurs me plaisent, je ne sais que choisir.

– Alors, prenez-les toutes !

Non seulement c’était la commerçante qui parlait, mais également la confidente, sachant qu’elle pouvait choisir autant qu’elle le voudrait. Pour une fois que ma fortune pouvait enfin amener quelques plaisirs à quelqu’un.

– Demandons à ce monsieur, quel est son avis si vous ne pouvez trancher.

Et c’est là qu’elle me prit à partie, arrivant sans peine à me décontenancer. Je commençai par saluer la demoiselle, signe qu’elle me rendit, toujours peu à son aise et évitant de trop me regarder.

– Je suis certain que toutes vous iraient à ravir et que, comme le dit si bien Madame Bonacieux, pourquoi choisir puisque qu’il semble que vous puissiez vous les offrir.

J’eus droit à un charmant sourire, trop vite dissimulé alors qu’elle me remerciait. Mais je ne pus m’empêcher de poursuivre et d’affiner mon choix. Après tout, l’on m’avait demandé mon avis non ?

– Je verrais bien ce bleu, orné d’une dentelle fine, d’un ton juste en dessous. Au cou ainsi qu’aux manches. Tandis que celle-là agrémentée de quelques rubans clairs comme celle que vous disposez en vitrine.

Je continuais ensuite sur deux autres modèles, semblant capter toute son attention puisqu’elle ne me lâcha plus du regard, semblant intriguée. Je me perdis au final dans la fin de ma déclamation, tout benêt à me plonger dans ses yeux.

Même l’épouse du tailleur me regardait étrangement à présent, ou plutôt nous regardait, avant de partir l’air amusé prendre de quoi noter. Elles passèrent dans une pièce hors de ma vue, non sans que ma perle ne me jette un dernier regard avant d’y disparaître, afin de prendre les mesures et je me rendis compte que bêtement, j’en avais oublié le rôle qui me sied d’habitude, ayant parlé sans faire ni manières exubérantes ni prendre cette voix trop aiguë et peu virile. Sans doute la raison de ce regard interrogateur de la part de la commerçante. Elle qui devait fatalement se douter de quelque chose, d’une hypothétique mascarade me faisant passer pour ce libertin trop efféminé aura donc finalement compris qu’il n’en était peut-être pas réellement le cas. Et voilà comment l’on se fourvoie, en une seule et unique leçon, en tombant sous le charme d’une femme, cette fois sans illusion.