Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 2


Annabelle.

Le voyage pour Paris fut des plus longs bien que moins que le précédent qui m’amena dans les terres du Comte de Monllieu. Et tout cela pour rien. Lorsque j’appris que les noces étaient annulées, je ne sais si le sentiment le plus persistant qui me vint à ce moment-là fut d’en être prostrée ou soulagée. Un peu des deux. L’un à cause de mon père qui aura tant fait pour cette union, l’autre de ne pas à avoir à épouser cet homme que je ne connaissais qu’à peine et qui, malgré son visage avenant et ses belles manières, ne me plaisait pas du tout. Plutôt que de me mettre à l’aise dès mon retour de pension, il s’amusa à faire tout le contraire. Mon séjour fut quasiment cauchemardesque. Plus encore en songeant qu’il en serait ainsi toute une vie.

Alors, lorsqu’il annonça préférer épouser une riche blonde d’un comté voisin, je ne pus que m’en réjouir. Même me renvoyer auprès des sœurs m’aurait causé de la joie plutôt que de demeurer là-bas. Mais il n’en fut pas ainsi. Encore une fois père rappela cette promesse à son ami. À croire que quoi qu’il lui demande, il ne pouvait rien lui refuser et il m’était d’avis qu’il avait dû lui devoir une dette immense pour qu’il accepte de nouveau ses suppliques.

J’avais totalement oublié l’existence d’un second fils de la maison Monllieu. L’aîné qui plus est, mais adopté et vraisemblablement hais de Raphaël. De ce fait, ils n’en parlaient guère. Et c’est vers lui qu’on l’on me dirigeait à présent, comme un présent refusé par l’un et que l’on offre en dernier recours à un autre. Lui aussi était héritier d’une part du domaine et vivait de ses rentes à Paris. Du peu que l’on m’en avait dit, son frère surtout et d’un air qui me laissa perplexe, il s’agissait d’un jeune homme fier, maniéré et au visage d’ange. Ce qui n’était guère étonnant vu le nom dont il fut baptisé après son adoption : Séraphin. Mais un beau visage ne faisait pas tout. Comment était-il réellement ? Serait-il gentil avec moi ? Ou allait-il me tourmenter comme ce fut le cas avec mon prétendant précédent. De cela, il semblait que je sois la seule en m’en inquiéter.

Paris. Si bien des jeunes filles de Province auraient tout donné pour y vivre, j’avais quant à moi l’impression que le calme de la campagne allait horriblement me manquer. Nous arrivions à ses portes en fin d’après-midi et traverser la ville me donnait ce sentiment de plénitude perdu. Mais malgré cela, la curiosité me poussa à en observer les habitants par la fenêtre du carrosse. Les rues animées, mais néanmoins joyeuses, vivantes. Au final, je trouvais ce chahut moins pénible que je n’aurais cru et me dit que quelques sorties seraient plaisantes au final.

Nous arrivions dans un quartier plus cossu et je devinai sans peine que nous étions presque à destination. Devant une demeure à deux étages, la voiture fit halte et je m’attendais à voir arriver le maître des lieux, à savoir mon fiancé. Craignant de voir apparaître l’un de ces mondains prétentieux ou pire, un jeune homme certes séduisant comme on me l’avait dit, mais moins doux et aimable que ce que j’espérais. Mais au lieu de cela, ce fut l’un de ses valets qui vint m’ouvrir et m’aider à descendre.

– Monsieur de Monllieu ne sera pas là pour vous recevoir Mademoiselle. Il s’en excuse et m’a donc chargé de procéder à votre installation et de vous renseigner sur la demeure et ses employés. Je me nomme Gaston, pour vous servir. Si vous voulez bien m’accompagner…

Je le remerciai et le suivis, intimidée par le luxe des lieux. Il m’indiqua qu’au rez-de-chaussée, se situaient les cuisines, la salle à manger et de réception séparée par une double porte du grand salon ainsi qu’un boudoir. Mes bagages étant montés peu à peu vers l’étage. La gouvernante vint à notre rencontre et fit sa révérence, mais il me semblait qu’elle s’amusait de me voir la, son léger sourire semblant moqueur. Comme si elle s’attendant à bientôt rire d’une mauvaise farce à mon désavantage. Je suivis donc Gaston puisqu’il se présenta ainsi jusqu’au premier.

– Vous avez donc ici la chambre du maître ainsi que la chambre d’amis au fond du couloir, mais elle ne possède pas de cheminée et reste très froide en cette saison, chacune disposant de son propre cabinet de toilette. Il y a également un second boudoir ou petit salon juste ici. Vous pourrez l’employer afin de recevoir si vous le souhaitez, il est tout à vous. Et enfin le bureau de Monsieur.

– Merci, Gaston, vous êtes très gentil.

Et alors que je me dirigeai en toute logique vers la chambre du fond, il me stoppa et m’indiqua l’autre chambre. Je l’observai, perplexe.

– Il vous a fait préparer sa propre chambre, elle est de loin la plus confortable des deux et vous siéra mieux.

– Mais où dormira-t-il donc ?

– Monsieur de Monllieu a préféré déménager en ville afin que vous puissiez vous installer et prendre vos aises. Il m’a d’ailleurs remis ceci pour vous l’expliquer plus en détail, je pense.

Il me tendit une lettre et m’invita donc à m’installer dans la chambre qui m’était réservée. Et alors que mes quelques malles furent disposées à l’intérieur, je m’assis à la table. La pièce était bien vaste et comportait outre un grand lit à baldaquin richement décoré, un secrétaire, un lieu de lecture avec une bibliothèque, un divan ainsi que ce coin pour se restaurer. Le parquet ciré, l’épais tapis contournant le lit, les tapisseries, les tentures… l’endroit était magnifique. Telle la chambre d’un souverain. De me l’avoir ainsi cédée était peut être un signe de bonté de sa part, peut-être n’étais-je pas si mal tombée que cela après tout.

 

Mademoiselle de Bont,

C’est avec regrets que je ne peux vous accueillir en ma demeure comme il se doit. Mais Gaston se chargera de tout, il est de confiance et j’en réponds comme de moi-même. Il sait tout ce qu’il y a à savoir. Je vous prierai donc de passer par lui si vous avez la moindre question, le moindre souci ou le moindre souhait. Sachez également qu’il m’informera de tout.

Mon cocher, ma voiture ainsi que ma gouvernante et ma cuisinière sont à votre service. Ils logent dans un bâtiment tout à côté. Demandez et tous vous serviront, j’ai laissé des ordres pour cela. À ceci près qu’il vous faut vous méfier de Madame Esther. En effet, il s‘agit d’une véritable pipelette et vos secrets, quels qu’ils soient risquent de finir dans toutes les oreilles de la région. Soyez donc attentive à cela.

Vous êtes libre d’aller et venir à votre guise, je vous demanderai cependant d’éviter de sortir après la tombée du soir et de préférer les quartiers les mieux fréquentés. Ceci afin d’assurer votre sécurité et non pour vous contraindre. Paris est une bien belle ville, mais peu sure.

Ainsi ma demeure est désormais la vôtre, ma chambre, mon mobilier, mes accessoires. Tout ce qui ne doit pas être à votre portée ayant été mis sous clé, n’ayez donc crainte d’y prendre vos habitudes avec ce qui reste. Vous pouvez y recevoir comme il vous plaira et sans risquer que cela ne me choque. Connaissances, famille, amis ou amants. Qui suis-je pour vous interdire cela, ma réputation à ce sujet m’aura sans doute précédé. Le cas échéant, n’en prenez compte qu’à demi. Les rumeurs tout comme les apparences peuvent être trompeuses.

Votre dévoué, Monsieur de Monllieu.

Je restai assez étonnée de ces quelques mots. Il me laissait à disposition sa demeure ainsi que son personnel et m’autorisait à recevoir. Y compris des messieurs ? Quelle étrange proposition pour un fiancé. Pour qui me prenait-il ? Qu’à peine arrivée, j’en irais avec le premier venu ? Sur l’instant je m’en offusquais et demandai à Gaston de bien vouloir me dire lorsque j’aurais l’honneur de pouvoir parler à mon hôte, mais il n’avait reçu aucune information à ce sujet. Mis à part qu’il se doutait que ce ne serait le cas qu’au moment de la noce.

J’installai donc mes affaires et remarquai qu’il m’avait laissé de la place dans ses armoires et commodes. Ses habits étaient des plus fins, les étoffes, les dentelles. Même ses bas semblaient être plus délicatement tissés que les miens. En cela, il fallait dire que ce n’était pas bien difficile. Ma famille étant noble, mais sans fortune.

Même sa bibliothèque, une partie avait été déménagée, me laissant la place pour mes ouvrages. Les seules choses, au final que je ne pouvais atteindre fut l’un des tiroirs de son secrétaire ainsi que son bureau, fermés à clé. Une fois mes affaires rangées, la gouvernante vint me signaler l’heure du repas. Que j’allais prendre seule forcément et je préférai donc le faire dans la chambre même plutôt que dans une bien vaste salle à manger vide. Le soir tombant, j’étais à ma fenêtre, observant la ville s’éteindre et les quelques derniers passant se hâter de rentrer chez eux. La cheminée distillait une agréable chaleur, me réconfortant quelque peu. Mis à part que je ne savais toujours pas très bien à qui j’avais à faire et qu’il demeurait un mystère. Je pris le roman que j’avais déjà entamé en chemin et me mis au lit, m’imaginant comment serait ma vie une fois épousée et que cette place aujourd’hui vide à côté de moi serait celle de cet homme encore inconnu.