Vassilis Chapitre 38


Publié le Samedi 15 Juillet 2017

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J’ouvris grand les yeux et demeurai stupéfaite. La lampe était allumée, diffusant une faible lueur mais suffisante pour ne plus être anonyme. Il se tenait au-dessus de moi, soutenu à la force de l’un de ses bras. Je lui offrais une vue imprenable sur ma nudité. Immédiatement, je dissimulai mes seins.

— Attends, je peux t’expliquer !

— Et me dire que ce n’est pas ce que je crois ?

— Disons que… c’est très compliqué.

— Cela fait une bonne demi-heure que tu dors et que je t’observe, se moqua-t-il. Ne te cache pas, c’est ridicule.

À cet instant, une seule question me taraudait. Maintenant qu’il savait, qu’il n’avait plus aucun doute, allait-il me demander de partir ? De quitter ce monde auquel je m’étais tant attaché, ses artistes, mes amis à présent. Laisser le petit Tom. Ne plus jamais le revoir lui, le sentir le toucher. Ne plus avoir l’occasion de goûter à ces nuits si intenses.

— Tu vas me virer ?

— Dans l’immédiat, je songeais plutôt à autre chose.

Ses doigts en moi se mirent en mouvement, je ne pu réprimer un gémissement. Tiraillée entre la peur qu’il se fâche subitement et le plaisir qu’il me procurait encore.

— Cela veut dire que tu n’es pas déçu ? Tu t’en doutais ? émis-je lorsqu’il cessa.

Je me retrouvai haletante face à lui, inondant de nouveau sa main.

— Tu te rends compte que tu m’as vraiment tourné en bourrique ?

Nouvelle petite vengeance tout en douceur, il m’arracha une autre plainte. Je tentai de l’ôter de mon entre-jambes, mais il imprima des mouvements circulaires tout à fait divins, je changeai subitement d’avis Il n’avait pas l’air en colère, c’était autre chose que je lisais dans ces yeux. Quelque chose que je n’avais pu voir jusqu’à présent, nos rencontres étant uniquement nocturnes. Un désir sourd et puissant. Il se pencha doucement, ses lèvres effleurant les miennes.

— Alors tu n’es pas fâché ? balbutiais-je bouche contre bouche.

— Oh que si.

Quelque chose me disait qu’il allait poursuivre cela en punition, m’arrachant un soupir étouffé. Et je ne m’étais pas trompée. Ses doigts ne restèrent pas inactifs, sa bouche non plus et il reprit possession de moi avec la même fougue que lorsque je n’étais que sa belle-de-nuit. Combien de fois avions-nous fait l’amour en une seule nuit ? Je ne parvenais plus à tenir les comptes à jour. Trois fois, je crois. J’étais juste bien, la joue pressé contre son épaule.

— J’avais peur que tu ne te doutes, que tu le prennes mal.

— C’est un peu ce qui s‘est passé. En fait, j’ai d’abord pensé à toi. C’était insensé qu’une étrangère aille et vienne sans laisser de trace. Mais vu que tu persistais à nier, je t’ai cru. Et ça, plus jamais tu entends, ne me mens plus jamais.

Alex au ton autoritaire était de retour, je vins alors me blottir espérant me faire pardonner. Il se détendit aussitôt, caressant mes cheveux.

— Tu m’as rendu fou avec cette histoire. J’ai soupçonné tout le monde. J’ai même cru que c’était Audrey tout en espérant me tromper lourdement. Elle est comme ma propre cousine. J’ai même songé au retour de Lola. Mais je trouvai toujours une différence flagrante qui ne collait pas. Lola a les cheveux très courts et Audrey est loin d’avoir ton tour de poitrine. Finalement, j’ai abandonné, j’ai laissé faire les choses. Jusqu’à Monica. Je suis désolé encore une fois de t’avoir infligé ça. Quand j’y pense… Je ne comprend pas pourquoi tu n’as jamais voulu me dire que c’était toi.

— J’étais derrière la porte…

— Quoi ?

Je me redressai, pressant mon buste sur le sien, les yeux dans les yeux.

— Lorsque vous étiez dans la chambre avec Monica. J’ai failli me dénoncer et vous vous êtes finalement disputés. J’étais cachée dans les toilettes lorsqu’elle est sortie comme une furie.

Il pouffa d’un rire libérateur, laissant sa tête partir en arrière.

— Ce qui est bizarre, c’est qu’il est arrivé la même chose il y a longtemps à mon père…

— Je sais. Et il a épousé l’inconnue qui venait lui rendre visite la nuit.

— Comment tu sais ça toi ? C’est... c’est Chris ? C’est ça ? Ne me dis pas que c’était prévu depuis le début tout de même !

— Quoi ! Ah non ! Mais j’avoue qu’il m’a parlé de cette histoire. Il n’y a pas que lui qui ait songé qu’une aventure te ferait du bien.

Il tenta de se relever. Apparemment, il prenait mal cette partie de l’histoire. mais je pris le dessus, à cheval sur lui, je le maintins allongé, les mains posées sur ses épaules. Il y en avait eu assez de non-dits pour tout gâcher, ça suffisait !

— Je l’ai fait parce que j’en avais envie. J’avais envie de toi, de te connaître, de connaître le véritable Alex Vassilis. J’avais aussi envie que tout s’arrange, avec la troupe, avec ton fils.

— Et pourquoi l’avoir fait de cette façon ? Bordel ! Tu aurais pas juste pu… je sais pas moi, me faire les yeux doux  comme tout le monde !

— Et ça aurait fonctionné ?

Il soupira, se calma un peu.

— Non. Tu as raison. Avec le recul, je crois que rien d’autre n’aurait marché.

Au final, bien qu’il avait souffert de mes absences tout autant que nos nuits remplissaient ce manque de chaleur humaine en lui, il ne m’en voulait pas. Je passai le reste de la nuit avec lui, son bras me tenant solidement contre son torse, nos doigts emmêlés.

J’appris au final que ce retournement de situation provenait d’un conseil donné par son père. Alors que je suivais ceux de la belle-de-nuit originale, de son côté il était décidé à ne pas me laisser repartir sans avoir élucidé le mystère si jamais je lui offrais encore le luxe de ma venue. Quoi qu’il lui en coûte, il était prêt, prêt à affronter le visage de celle qui le tourmentait tout autant qu’elle le comblait. Et il ne me sembla jamais déçu.