Vassilis Chapitre 36


Publié le Vendredi 14 Juillet 2017

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Après le repas, je suivis madame Vassilis dans la cuisine afin de préparer le dessert. Max n’ayant pas l’habitude des bons vins de son père somnolait sur le divan avec Tommy en pleine sieste de l’après-midi. Alex et Robert avaient disparu quelque part dans les jardins.

— Je suis vraiment ravie de te connaître Olivia, dit-elle en remplissant le lave-vaisselle. Les assistantes précédentes d’Alexandre n’avaient rien à voir.

— Merci, fis-je flattée.

— Maximilien nous téléphone souvent, nous savons à peu près tout ce qui se passe dans la troupe grâce à lui. Entre autres qu’il a changé depuis que tu es la. Au début, je craignais que Christobald ne choisisse que sur photo, mais il a bien fait.

— Christobald ? Vous voulez dire Chris Samweli ?

Je ne pus m’empêcher de rire. Décidément, les prénoms à rallonge étaient une mode dans cette génération d’enfants du cirque.

— C’est lui a choisi ton CV. À force de voir les postulantes aller et venir, il a pris les choses en main. Mais je suis curieuse de savoir ce qui a permis cette transformation chez mon garçon. Je n’avais plus vu son sourire depuis trop longtemps. Tu lui prépares de bons petits plats ? plaisanta-t-elle.

— Non c’est… c’est assez particulier. Madame Vassilis…

— Appelle-moi Nicole voyons.

— Nicole… si je vous le dis, vous me promettez de ne pas en parler à Alex ?

— Oh… qu’est-ce que c’est ? Tu met de l’euphorisant dans son café du matin ?

Elle devint sérieuse et alla refermer la porte de la cuisine.

— Dis-moi tout, cela à l’air de t’affecter. Il se comporte mal avec toi ?

— Oh non, pas du tout. Il était assez froid au début, mais c’est quelqu’un de bien lorsqu’on le connaît. De protecteur et de responsable, mais…

Elle serra mes mains dans les siennes, cherchant à capter mon regard.

— Nicole, vous êtes bien placée pour avoir entendu parler de cette légende qui circule dans la troupe. Celle de la belle-de-nuit.

Elle ouvrit de grands yeux, interdite. Rapidement ceux-ci se remplirent de bienveillance.

— Pas possible ! Alors tu... tu es amoureuse de mon fils ? Et tu... que de souvenirs, cela ne me rajeunit pas.

Mes aveux furent difficiles à prononcer, elle m’écouta en silence et je compris que j’avais trouvé la confidente parfaite. J’espérais qu’elle pourrait se faire conseillère par la même occasion. Comment avait-elle trouvé le courage de tout lui avouer ? Simplement. Lorsqu’elle se rendit compte que lui aussi, son amant d’alors, son époux aujourd’hui voulait plus que tout la connaître. Mais plus encore, parce qu’elle attendait leur premier enfant. Alex.

— Étrange méthode n'est-ce pas ? Plus étrange que tu aies osé et que cela ait fonctionné. Mais Robert et Alexander ont ce point commun d'être capable de se fermer au meilleur lorsqu'ils sont mal dans leur peau. Comme s'ils tenaient à se punir eux-même. Je n'avais pas vu les choses sous cet angle à l'époque, j'étais juste... un peu naïve et complètement folle de lui. Prête à tout pour être dans ses bras, y compris a en payer le prix. Mais je ne regrettes rien. Ne regrette rien toi non plus Olivia. Vois le résultat !

— Je le vois, mais je vois aussi que cela le perturbe. Et je ne sais plus que faire...

 

Nous rentrâmes au campement, Max comatait à l’arrière. Tommy jouait mollement sur son siège, signe que le marchand de sable était passé. Alex semblait soucieux. Lui et son père avaient discuté un long moment dehors, je me demandais si leur conversation n’avait pas dévié sur le même sujet que sa mère et moi.

Aussitôt rentrés, je couchai le petit. Pas besoin d’histoire cette fois, il s’endormait sur place au moment de lui mettre son pyjama. Je revins au séjour pour boire un dernier verre d’eau avant de  l’imiter. Alex était encore debout.

— Mes parents vous apprécient beaucoup, me dit-il.

— Ils sont très gentils, j’aime beaucoup votre mère.

— Vous avez sans doute discuté de Tom et.. de moi.

— Un peu oui. Cela lui a fait plaisir de vous revoir tous. Et surtout que vous alliez bien.

— Et que j’aille mieux… me reprit-il. Mais vous devez être fatiguée, je ne vous retiens pas.

— Juste un peu, mais ça va.

En fait, je n’avais pas du tout envie d’aller me coucher malgré la fatigue. Et contrairement à sa proposition, il ne semblait pas y tenir non plus. Un long silence gêné s’installa entre nous. De ceux qui ont tellement à avouer, mais qui n’osent pas.

— Passez une bonne nuit.

— Olivia ? me rappela-t-il. Pourquoi vous ne m’avez jamais tutoyé ? Je suis le seul ici.

— Parce que vous non plus. Et parce que vous êtes tout de même mon patron.

— Ah… disons qu’au début, nous ne nous connaissions pas et j’avoue que je ne pensais pas que vous alliez rester.

— Vous le regrettez ?

— Non. Malgré tout ce qui s’est produit, en fait non. Je dois avouer que votre présence ici a fait du bien à tout le monde. Et je ne peux que vous remercier, pour tous vos efforts. Pour Tommy. J’ai eu une conversation plutôt enrichissante avec mon père aujourd’hui, j’en avais besoin. Je crois qu’il m’a ouvert les yeux sur pas mal de choses et… qu’il était temps pour moi de m’ouvrir un peu plus. De m'ouvrir à autre chose.

J’haussai les sourcils de l’entendre m’avouer tout cela d’une traite. En effet, cet aparté dans le jardin de ses parents devait lui avoir fait du bien.

Pour moi aussi la petite discussion avec Nicole avait porté ses fruits.

Il arrivera bien un jour où tu te sentiras prête à tout lui avouer, laisse le temps faire les choses et ne t’inquiète pas pour le reste. Si vous êtes satisfaits de vos moments ensemble, c’est tout ce qui compte. Aujourd’hui, tu m’as rendu un fils différent, plus épanoui. Il s’était perdu, il a retrouvé son chemin. Grâce à toi peut-être, alors ne presse pas les choses. Tu le sentiras lorsque ce sera le moment.

Je me relevai donc, une heure plus tard, traversai le séjour et entrai dans sa chambre. Me délestant de mon vêtement de nuit, j’avançai jusqu’à son lit.

La belle-de-nuit était de retour... une dernière fois...