Vassilis Chapitre 35


Publié le Jeudi 13 Juillet 2017

2003 mots

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« Lyon ! Nous voilà ! » avait crié Max avant de monter dans son véhicule. Et je savais pourquoi il était tellement excité à l’idée de prendre la route. Ses parents vivaient dans cette région, à Ecully plus précisément. Grâce à eux que le cirque Vassilis s’y produisait deux fois par an. C’était bien peu pour profiter de leur présence, mais c’était également la plus longue escale.

Dès notre arrivée, Alex se jeta dans la salle de bain.

— On montera plus tard, on ne se produira qu’à partir de demain soir.

Cela faisait un moment que je ne l’avais vu aussi euphorique. En fait, depuis que j’avais cessé de le rejoindre. Il avait l’air de s’être fait une raison, depuis le début il avait eu cette appréhension que cela ne durerait pas toujours et devait s’imaginer que son amante vivait désormais trop loin pour effectuer les aller et retour entre chez elle et lui.

S’il savait qu’elle avait toujours été là, tout près…

Cela me manquait à moi aussi, terriblement. J’en avais du mal à m’endormir. Oh ce n’était pas nouveau, j’avais toujours eu ces difficultés, mais pour une autre raison. Je voulais le rejoindre, retrouver la chaleur de son corps, sentir ses mains, sa peau, son odeur. Cela me pesait de plus en plus.

Max arriva alors qu’il s’y trouvait encore.

— Alex ? On prend la voiture de Chris, ce sera plus pratique. Ah… Alex n’est pas encore prêt apparemment, fit-il constatant que j’étais seule. Qu’est-ce qu’il fabrique ?

— Je n’en sais rien, haussais-je les épaules. Cela fait une demi-heure qu’il est enfermé.

— Je me rase ! Si maman voit cette barbe, je n’en finirai pas de l’entendre, cria-t-il depuis la salle d’eau.

— Sérieux ! Vous vous rasez !

Je ne l’avais jamais vu sans barbe, cela me fit comme un choc lorsqu’il apparut. Il avait l’air comme… nu. Et plus jeune.

— Mince ! Vous avez drôlement rajeuni !

— Merci, dites tout de suite que je suis un vieillard. Je suis encore loin des trente ans tout de même !

— Vous ne rentrez que ce soir, j’imagine ?

— Parce que tu ne viens pas avec nous ? s’étonna Max. Alex, on ne va pas y aller sans Tommy ! Ils seront fous de joie de le voir. Et qui dit Tom dit Olivia.

— C’est que…

— De toute façon, j’ai déjà eu maman au téléphone, elle a cuisiné pour elle aussi.

— Bon… s’inclina Alex.

J’allais faire la connaissance de monsieur et madame Vassilis ! La madame Vassilis, la première belle de nuit, bien plus courageuse que je ne l’avais été. Je fus prise d’une légère panique tout autant que d’impatience de faire leur connaissance.

Ils vivaient dans une jolie maison aux volets bordeaux et entourée d’un jardin. Une multitude d’arbres et de buissons dissimulaient le terrain, ne laissant apparaître que la façade. Une barrière basse, le seul accès, était ouverte. On nous attendait. Alex s’engagea dans l’allée. Il y avait une première entrée latérale, mais ce fut à la seconde, à l’arrière que nous nous dirigions.

J’étais impressionnée de me trouver ici.

Je laissai Tommy s’avancer tout seul vers ses grands-parents. Son oncle m’avait expliqué en route que vu son âge et le peu de fois où ils les avaient vus, il serait encore un peu intimidé lui aussi. Madame Vassilis était une belle femme brune un peu potelée, elle ouvrit les bras afin d’accueillir le petit. Celui-ci mit quelques instants avant de se remémorer qui elle pouvait être. Vint ensuite le Grand Vassilis en personne. Inutile de le nier, les trois générations possédaient les mêmes yeux. Max fut plus chaleureux que son frère, le prenant dans ses bras. Alex se contenta d’une poignée de main. Par contre tous deux serrèrent leur mère contre leur cœur.

— Et vous êtes Olivia ! fit-elle dès qu’elle fut dégagée de tous ses hommes.

Elle me serra tout autant qu’eux. J’en ressentis une chaleur immense. Le côté maternel qui se dégageait d’elle me rappela celui de ma mère, je ne pu que sourire bêtement.

— Ne soyez pas timide. Appelez-moi Nicole. Mon époux c’est Robert. Maximilien m’a raconté que vous vous occupez très bien de notre petit Tom.  Alexandre doit vous en faire voir.

— Heu non, ça va. C’est un patron ferme et qui a la tête sur les épaules.

Nous fûmes conviés à une table préparée pour l’occasion, dehors, à l’ombre d’un arbre à feuilles larges. Madame Vassilis sortit des limonades du réfrigérateur, monsieur Vassilis apporta une bouteille de vin. Installé entre sa grand-mère et moi, Tommy sirotait son verre, observant la dame d’un œil attentif.

— Il ne nous a pas vus très souvent, il doit encore se demander qui nous sommes, me glissa-t-elle.

— C’est ta grand-mère Tommy. La maman de papa et d’oncle Max.

— Ça viendra, fit-elle souriante tout en plissant les yeux. L’an passé nous avons dû nous rendre au cirque pour le voir. Il n’est venu à la maison que lorsqu’il était encore tout bébé. Alors c’est normal.

Elle jeta un coup d’œil vers Alex qui détourna immédiatement le regard. Personne ne s’engagea plus sur le sujet ensuite. Max se chargera des nouvelles, évitant celle de l’incendie et de mon père et mettant plus l’accent sur la participation du petit dans la parade, ainsi que le nouveau numéro des acrobates.

— Créer de nouveaux numéros, c’est innover, aller de l’avant et c’est une bonne chose, fit Robert tout en posant son verre. Mais le mieux serait de le faire autour d’un thème commun. Regarde, de nos jours, il existe des cirques dits « modernes ». Ils ne font pas que présenter des numéros se suivant non, ils racontent une histoire.

— Cela ressemble plus à un théâtre, nous ne sommes pas des acteurs, cela va sonner faux, intervint Alex.

— Vous n’êtes pas obligés d’en faire une pièce, mais quelque chose de logique. Suivre une sorte de fil conducteur.

— Oui, mais encore faudrait-il trouver un thème.

— Moi j’aime bien l’idée, fit Max.

— Et qu’en pense Olivia ? intervint Nicole.

— Oh heu… j’aime beaucoup l’idée d’un spectacle sur un thème donné. Et je trouve qu’Alex a toujours eu un petit côté Fantôme de l’Opéra dans son costume.

Le principal intéressé paru étonné.

— Je lui trouvais plutôt un côté Comte Dracula.

— C’est ainsi que tu traites le costume créé par le Grand Vassilis, fils indigne ! s’amusa son père.

Je continuai sur ma lancée.

— Les couleurs dominantes du cirque sont déjà le rouge et le noir. Que ce soit monsieur Loyal, ses danseuses, Daisy et puis nous. Nous sommes tous coordonnés.

— Et tu penses que d’adapter le spectacle à ce thème cela plairait au public ?

— J’en sais rien juste que… tenez… les morceaux musicaux pourraient être un peu plus baroques, en ajoutant des guirlandes semblables à des flammes de bougies, cela pourrait faire un bel effet. Quelques accessoires, une ambiance particulière ferait le reste.

— Des répétitions à n’en plus finir, revoir la déco, les costumes des clowns et acrobates, les numéros, la bande-son… Et on ferme durant un bon mois sinon plus afin d’être prêt.

Alex passa une main dans ses cheveux, nous l’observions tous, après tout il serait celui qui donnerait son feu vert ou non. Il nous regarda les uns après les autres.

— On peut toujours mettre tout ça sur papier.

— Je pourrais changer de costume ? demandais-je, profitant de l’occasion.

— Il vous va très bien pourtant.