Vassilis Chapitre 31


Publié le Dimanche 09 Juillet 2017

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La police resta sur les lieux un moment. Une autre patrouille vint à son tour afin d'emmener mon père au poste tandis que ceux ayant capté l'essentiel des faits étaient restés. Une fois de plus, j'avais tout déballé. Alex écoutant en silence, j'avais honte de ce passé qui faisait de moi un être lâche continuellement sur la défensive.

— Par contre monsieur Vassilis, si cet homme décide de porter plainte contre vous, il pourrait vous créer des ennuis.

— Il m'a frappé avec un outil volé dans l'un de mes véhicules.

— Vous le poursuiviez avec une batte de baseball en pleine rue.

— Il venait de mettre le feu à mon camping-car, il y avait mon fils ainsi qu'Olivia à l'intérieur. Ce n'était pas la première fois qu'il tente de s'en prendre à elle. Tous ces gens sont sous ma responsabilité.

— Remarquez, moi je comprends votre réaction. Vous avez voulu défendre vos proches. Je dis juste que ce n'était pas très malin pour vous de l'avoir fait ainsi. Mais c'est le juge qui tranchera au besoin.

— Ce qui est encore plus dingue, intervint Chris. C'est que c'était le même gars qui m'a bousculé il y a quelques jours. Au magasin de jouets. Tu t'en souviens Olivia ? Cela fait un moment qu'il nous suit.

Cette fois, le sang ne devait plus irriguer mon visage, je l'avais amené jusqu'à eux, il nous surveillait depuis. Et John ! Je l'appelai, fut obligée de le réveiller, mais il se portait bien.

La police repartit, tout n'était pas encore terminé, nous devions nous rendre au poste le lendemain. Je m'inquiétais pour Alex, mon père était bien capable de chercher à l'enfoncer avec lui. Sa blessure à la tempe me faisait froid dans le dos, me rappelant le jour où John fut emmené à l'hôpital. Il refusa de s'y rendre, assurant qu'il allait bien.

Tommy dormit chez Nanny pour la nuit. Les gars déchargèrent le divan ainsi que le tapis brûlé et bouchèrent la fenêtre brisée. J'attendis d'être enfin seule pour éclater en sanglots. À cause de moi, le petit aurait pu être blessé, Alex s'était pris un coup. Et qui sait ce qui aurait pu se passer de pire encore. Alors que je le croyais endormi, la porte s'ouvrit.

Il ne dit pas un mot, s'approcha de mon lit et vint s'asseoir. Sa main se posa sur mon bras, le caressant dans un mouvement qui se voulait rassurant.

— Je peux dormir dans le lit de Tommy si cela peut vous rassurer.

J'acquiesçai, sa présence me rassurait.

— Il a... il a toujours été comme ça ? demanda-t-il après s'être allongé sur la couche voisine. Vous voulez en parler ?

— Il était déjà assez autoritaire lorsque nous étions petits et... non, c'est surtout depuis la mort de ma mère. Elle a eu un accident en venant nous chercher à l'école, j'avais douze ans. Depuis, cela n'a fait qu'empirer.

Il marqua une longue pause avant de reprendre.

— Et vous avez pensé que moi aussi... vous pensiez que je frappais Tom ? Que j'étais devenu comme lui n'est-ce pas ?

— La première fois que je vous ai vu oui. Tommy pleurait en votre présence, vous lui faisiez peur. Je suis désolée.

— Ne le soyez pas, vous aviez toutes les raisons de le croire. C'est difficile à imaginer, soupira-t-il, mais je vous assure que je tiens beaucoup à mon fils. Je ne lui ferai jamais aucun mal. C'est juste que... lorsque je le regarde... je vois mon reflet dans ses yeux, j'y lis comme un reproche. C'est de ma faute s'il est orphelin de mère aujourd'hui.

— Pourtant vous n'êtes pas responsable, Nanny m'a raconté.

— Cela m'étonnerait qu'elle vous ai raconté les détails. Je suis véritablement celui qui a causé la mort de Laurie.

— Mais non...

— Si, me coupa-t-il. Nous venions de tout remonter dans une nouvelle ville, je me chargeais personnellement de tout vérifier au niveau des plates-formes et des cordages. Scrupuleusement. Le numéro touchait à sa fin, le public applaudissait, réclamant un bis. Laurie saluait, souriante, heureuse. Et là, la plateforme à lâché de son côté.

Il inspira profondément avant de continuer.

— Cela ne prit qu'un quart de seconde. Je n'ai même pas pu tenter de la retenir. Au contraire, je l'ai suivi dans sa chute.

Il faisait moins sombre dans la chambre d'enfant que dans la sienne, une veilleuse s'y tenait constamment allumée. Je fixai son profil, remarquai que ses yeux brillaient avant qu'il ne se tourne de m'offre une vision de son dos à la place.

— Ses blessures étaient graves, mais elle aurait pu s'en remettre. Le souci c'est que... je suis tombé sur elle. Elle a amorti ma chute. Moi, je lui ai brisé deux côtes de plus, transperçant l'un de ses poumons.

Je n'osais imaginer la suite. Alex soulevé du corps de sa femme, la voyant mourir, s'étouffant avec son propre sang. Ne pouvant rien faire pour l'en empêcher si ce n'était de hurler qu'on appelle les secours. Bien que j'estimais qu'il n'était pas aussi responsable qu'il voulait le croire, je comprenais désormais pourquoi il en était persuadé.