Vassilis Chapitre 30


Publié le Samedi 08 Juillet 2017

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Dino, le caniche prêté par Daisy s’était approprié une partie du divan, exactement comme chez lui. Ce qui ne plaisait pas beaucoup à Alex qui l‘en chassait dès qu’il s’y trouvait. Tommy, lui, était ravi de l’avoir avec nous. Il tentait de l’attraper à longueur de temps, sans succès. Le chien se défilant à la dernière minute patientait le temps que le petit ne se rapproche pour se désister de nouveau. Ils pouvaient jouer à ça durant des heures.

— Il pourrait dormir dans la chambre, Tommy l’adore.

— Il va fiche des poils partout…

— Un caniche ne perd pas de poils, lui assurais-je.

Dino se coucha au pied du lit encore trop grand pour le gamin, ne le dérangeant pas le moins du monde. J’étais dans le mien, regrettant la présence de cet animal dans la caravane. Impossible de rejoindre Alex tant qu’il serait là. J’aurais eu l’air fine qu’il ameute tout le monde et me dénonce si je me levais en pleine nuit. Je m’endormis, faisant une croix sur les appels au sexe lancés par mon corps.

Sur le coup de minuit, le caniche gémit et se leva. Le bruit de ses pattes sur le lino me réveillant, je lui ouvris la porte de la chambre. Tant pis pour le canapé. Mais ce qui l’intéressait manifestement, c’était de sortir. C’était ma veine, il voulait aller faire pipi, pensais-je. Soit, il était bien dressé, je pouvais le laisser y aller, l’attendre et me recoucher ensuite.

Ce fut au moment d’ouvrir la porte que cela clocha. Quelque chose la bloquait. Mon sang se figea instantanément dans mes veines au moment où Dino se mit à aboyer. Une mauvaise impression me prit, comme celle de ces derniers jours où je croyais être suivie et observée. Je lâchai la poignée, persuadée de le regretter si jamais je parvenais à sortir et me jetai à la fenêtre. Tout semblait calme. Une barre de fer était coincée entre la serrure et la première marche.

Et ce n’était pas arrivé là tout seul !

Personne n’aurait ce genre d’humour douteux !

Mon imagination me soufflait les pires des scénarii lorsque la voix de mon père confirma que toutes mes craintes de ces derniers jours étaient fondées.

— Olivia !

Il était sorti de prison !

— Je t’ai retrouvé tu sais, tu vas rentrer avec papa.

Il était saoul.

— Olivia ! Tu as voulu jouer avec le feu ? Tu m’as désobéi.

Et il n’était pas dans l’un de ses bons jours.

Alex se leva, uniquement habillé de son jeans et se glissant dans un t-shirt à la va-vite. J’en étais encore à fixer la fenêtre, transie. Il était dehors !

— C’est lui ? Olivia ? C’est votre père ?

Il me secoua légèrement afin que je lui réponde. Je remuai fébrilement la tête.

— Allez chercher Tommy, restez dans cette pièce.

Il tenta de sortir et se rendit immédiatement compte de la situation. Jurant tout en ouvrant la fenêtre. Il hurla !

— Tu veux jouer espèce de salopard ? Montre-toi !

— Ne restez pas devant la fenêtre.

— Quoi ?

— Éloignez-vous ! criais-je presque.

Il était capable d’utiliser tout ce qu’il avait sous la main. Avec le matériel qu’il y avait ici, il aurait pu trouver n’importe quoi le transformant en arme.

À ce moment, quelque chose brisa la fenêtre côté rue, derrière nous. C’était un pavé rond arraché au trottoir. Une bouteille enflammée le suivit immédiatement. Tommy hurla de peur, j’allai le chercher et le serrai contre moi.

— Ce type est un véritable malade !

Le chien aboyait à faire réveiller tout le camp. Alex garda pourtant son sang-froid. Il dénicha un petit extincteur dans le fatras d’une armoire et tenta de sauver son tapis. Le feu prit de l’ampleur.

— Merde ! Il a mis un truc là dedans… ça sent l’essence, mais il y a autre chose. Ça se propage.

Des coups furent portés dans la porte, l’habitacle commençait à se remplir de fumée. Chris apparu subitement, ayant eu raison de l’obstacle.

— Restez pas là Bon Dieu !

Je sortis avec le petit et l’animal, recueillis par le reste du groupe levé en hâte.

— Occupez-vous du feu ! ordonna Alex. Attends mon coco… fit-il ensuite dans sa barbe.

Il avait l’air furax, la mâchoire crispée. Il ouvrit et grimpa dans la cabine de son véhicule, et en descendit armé d’une batte de baseball.

— On va causer…

L’une des danseuses était déjà pendue à son téléphone appelant les pompiers, une autre la police.

— Alex non, il est dangereux…

— J’y vais…

Chris le suivit à son tour, ainsi que Charles et deux autres.

— Donne-moi Tommy, demanda Nanny.

Depuis quelques minutes, tout allait si vite que j’en avais le tournis et le petit pleurait toujours dans mes bras. Je le berçai machinalement.

— Ça va aller, ils vont l’attraper et on a appelé la police.

Ça va aller, je vais venir te chercher. Ou tu es ?

Ça va aller. C’est qu’une petite entaille. Cela ajoutera à mon charme.

Ça va aller mademoiselle, il sera mis sous les verrous.

Les voix s’enchaînaient dans ma tête. Combien de fois avait-on prononcé ces mots en toute bonne foi ? Combien de temps s'écoula avant que je ne revienne à la réalité ?

Trois rentrèrent, dont Charles.

— Où est Alex ? Et Chris ?

— Ils l’ont coursé jusque derrière la mairie. Je les ai perdus. Promis je me mets au sport dès demain, fit-il essoufflé.

L’attente était terrible, je redoutais le pire. Entre-temps, le feu avait été maîtrisé, laissant une part du divan ainsi que ce qui fut à proximité, carbonisé. Les minutes passaient, la police eut le temps d’arriver ainsi que les pompiers qui inspectèrent les lieux et vérifièrent que nous allions bien malgré la fumée que nous avions respirée Tommy et moi. Chris revint. Ne perdant pas de temps en explications, il emmena les policiers avec lui.

— Et Alex ?

— Ça va ! Ça va !

— Chris ! m’emportais-je, exigeant une meilleure réponse.

— Il l’a choppé Olivia. Mais tu ne paniques pas OK ?

Pourquoi ne pas paniquer ? Il avait été blessé ? Pourquoi me disait-il ça ? Ne pas paniquer ! Mais j’étais au bord de la crise d’hystérie !

Ils revirent avec la police ainsi que Chris, j’aperçu mon père de loin, boitillant être emmené jusqu’à une voiture, menotté et s’y asseoir. Alex fut emmené directement vers les pompiers, du sang inondait le côté droit de son visage, je me précipitai, suivie par à peu près tout le monde excepté Nanny qui évita à Tommy de voir ça. Elle entreprit de le calmer et le coucher chez elle.

— C’est plus effrayant qu’il n’y paraît.

— C’est vrai, ça saigne beaucoup, confirma le pompier. Mais avec quelques points de suture, ce sera vite oublié.

Je ne savais que dire. Pardon. Merci. Les deux mots se mélangèrent alors que je me réfugiai entre ses bras. Il sembla surpris, mais ne me repoussa pas, ni ne fit de remarque. Je sentis juste ses bras m’entourer, me serrer de plus en plus fort.