Vassilis Chapitre 28


Publié le Jeudi 06 Juillet 2017

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Je dormis vraiment mal cette nuit-là. Pas seulement parce que je m’étais défendu de rejoindre Alex, évitant de griller ma couverture à me glisser dans son lit dès le premier soir. Mais à cause du reportage. Il allait passer sur la télévision régionale, mais… et si mon père le voyait ! S’il apprenait que je me trouvais dans cette ville actuellement ? Que je travaillais pour les Vassilis ! J’avais tout balancé !

Et si je les avais mis en danger ?

Je me levai et allai jusqu’à sa chambre, tirant sur mon t-shirt de nuit. Subitement devenue plus pudique. Je frappai de légers coups.

— Olivia ?

Il devait être déçu, voire même inquiet de me voir débarquer à l’heure ou sa belle-de-nuit devait le rejoindre. J’étais confuse, mais je ne pouvais pas attendre.

— Je peux vous parler ?

— Heu oui. Ça ne va pas ?

J’entrai, il alluma la lampe de chevet, passa sa main dans ses cheveux et me fixa, sourcils froncés. J’avalai ma salive et évitai de le regarder avec trop d’intérêt. Il ne devait porter qu’un seul et unique vêtement dissimulé sous le drap.

— Je… j’ai peur d’avoir fait une bêtise.

Alors je lui confiai ce que je redoutais. Qu’un jour mon père vienne ici à ma recherche. Que comme à son habitude, il soit saoul et capable du pire.

Il me fit m’approcher, m’asseoir sur le rebord du lit. C’était étrange de me trouver ici en pleine lumière et de garder mes mains ailleurs que sur son corps.

— Il sera bien reçu, je vous l’ai déjà dit. Vous n’avez pas à vous inquiéter.

— Si justement, il peut être très violent. Et sans prévenir, frapper très sournoisement. Il était dans l’armée, il sait se battre.

— S’il touche à n’importe lequel d’entre nous ici, c’est toute la famille qu’il aura sur le dos. Je préviendrai tout le monde demain que chacun ferme sa porte à clé. Maintenant, si ça peut vous rassurer, ne quittez par la barrière de véhicules ou restez avec Chris et tout ira bien. J’imagine que vous vous sentirez mieux avec lui.

— D’accord. Mais… pourquoi mieux avec lui en particulier ?

— J’ai remarqué que vous étiez proches. Cela ne m’ennuie pas, s’empressa-t-il d’ajouter, le regard fuyant. C’est même… pas plus mal au fond. Chris est quelqu’un de bien.

— Je sais, mais nous ne sortons pas ensemble.

Décidément, les quiproquos s’amoncelaient. Il me fixa un moment, l’air un peu perdu. De quoi me donner l’envie de lui prouver le contraire. Sa main, brûlante et douce se posa sur mon genou, s’esquivant aussi vite. Il sortit les jambes du lit, s’empara de son jeans et se glissa dedans. Je l’observai, tête basse.

— Je vais fermer, allez vous recoucher. Demain je demanderai à Daisy si elle ne peut nous prêter l’un de ses chiens. Au moindre bruit suspect, ses petites teignes à bouclettes hurlent à la mort.

Son sens de l’humour encore tout neuf me fit sourire et je regagnai ma chambre. Non sans un dernier regard avant de passer la porte. M’attardant sur sa semi-nudité une fois de plus et le remerciant.

Son regard à lui aussi s’était perdu de mon côté.

Mis à part la mise en garde prise au sérieux par chacun, la journée suivante se passa au mieux. Nous avions des projets Daisy, Nanny et moi. Et Tommy bien entendu. Nous devions prendre des mesures pour son futur costume. Nous avions installé l’enfant était debout sur la table de la dresseuse pour y parvenir.

— Lève les bras Tommy. Non non, bien droit.

Mais lui s’ennuyait déjà de notre petit manège. Préférant retourner jouer.

— Regarde-moi Tommy ! Fais comme moi et il y aura une surprise rigolote à la fin ! C’est ça. Lève un bras…

Il m’imita, intrigué.

— Lève l’autre bras !

Daisy en profita pour étendre son mètre ruban d’un poignet à l’autre.

— Encore un peu plus longtemps. Et maintenant, le doigt sur nez !

Afin de le faire rire et passer un moment plus amusant, je pressai le bout de mon nez tout en louchant et tirant la langue. Effet garanti.

— Je crois que j’ai toutes les mesures. Nanny a du tissu noir, assez léger pour qu’il n’ait pas trop chaud ainsi que la doublure. Il faudra trouver un chapeau genre haut de forme à sa taille et des petits souliers.

— Pour le chapeau, j’ai une idée. Dans un magasin de jouets au rayon des déguisements. Je demanderai à quelqu’un de nous emmener.

Et ce fut Chris qui s’y colla. Je ne pouvais le demander à Alex, car nous voulions lui présenter le petit une fois que tout serait en place. Dommage, car un nouveau moment avec son fils était toujours bon à prendre. Dès le lendemain, l’acrobate délaissa un peu ses répétitions pour m’accompagner.

— Il ne faut que ça ? Un chapeau ?

— Et des chaussures, on devrait les trouver en route.

— Ça roule !

J’aurais dû me sentir plus joviale de voir notre petit plan prendre forme, mais un mauvais pressentiment ne m’avait pas quitté depuis le matin. J’observai autour de moi, comme prête à voir surgir le pire, mais il n’y avait que des passants tout à fait ordinaires. Une voiture banale qui démarra en même temps que nous. Trois ouvriers sortant de la mairie. Je devais me faire des idées.

Une fois dans le magasin, je laissai Chris batifoler dans son coin. Il avait déniché une valisette d’apprenti magicien et héla une vendeuse pour savoir si cela convenait à un enfant de trois ans. Je me rendis au rayon des déguisements.

— Cow-boy, fée, chevalier… ah ! Chapeau de magicien. On va voir comment il te va mon bonhomme.

Le petit fût un peu récalcitrant à l’adopter, le chapeau lui tombant sur le nez au moindre mouvement. Il était peut-être encore trop petit pour tout ça, Alex avait raison.

— Il y a des gens d’un sans gêne ! revint Chris un peu vexé.

— Quoi ?

— Oh rien, un type qui vient de me bousculer, sans s’excuser ni rien. J’aurais juré qu’il avait fait exprès. Tu as trouvé ?

— Ils sont tous un peu grands.

— Et la vendeuse m’a confirmé que les coffrets sont pour les 5 à 7 ans.

— On ne va pas abandonner tout de même, soupirais-je.

— Non, on fera sans chapeau, il risque de le perdre tout le temps ou que cela le gène de toute manière. On verra quand il sera plus grand.

Chris lui paya tout de même un petit jouet avant de sortir. Emmener un enfant dans un tel endroit et sortir les mains vides, c’était comme de traverser un buffet à volonté et retourner décongeler un plat préparé chez soi. Impensable !

Les chaussures furent plus simples à dénicher, bien qu’un peu chères, je pris une taille au-dessus. Et même la…

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Ce devait être la troisième fois que je sentais une présence derrière moi et me retournai lorsque nous arrivâmes à la voiture.

— Rien je dois être parano. J’ai cru sentir quelqu’un qui m’observait et… en fait non.

— Tu devrais te reposer un peu. C’est si épuisant que ça tes nuits ? plaisanta-t-il. Si oui, je vais finir par être envieux.