Vassilis Chapitre 27


Publié le Mercredi 05 Juillet 2017

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Est-ce qu’il se doutait de quelque chose le matin venu ? Ma hantise. Tout portait à croire que non. Au réveil, il m’avait juste demandé si j’avais bien dormi, si le petit avait été sage. Sans oser poser d’autres questions qui auraient pu à juste titre m’effrayer si je n’étais pas au cœur du mystère.

Le reste de notre séjour se déroula sous une meilleure ambiance, Alex demeurait un tantinet distrait, mais il gardait le moral ainsi que son humeur. Les soirs de spectacle s’enchainèrent. Les nuits d’amour de même. Se formait entre nous une routine dont je ne me lassais pas.

Désormais j’attendais notre numéro avec impatience, car c’était notre moment complice au grand jour. Celui où il me tenait la main, à moi Olivia et me présentait au public avec plus de fierté qu’à mes débuts.

Nous devions quitter Guise pour Laon dès demain. Le plus gros du matériel était rangé dans les remorques, tout était tranquille et je me rendais à notre discret rendez-vous. L’amour me rendait audacieuse et j’ôtai ma nuisette dès que je passai la porte de sa chambre. Nue, je le rejoignis sans tarder. Il ne dormait plus et attendait ma venue. Tâtant dans l’obscurité, il trouva puis se saisit de ma main alors que je grimpai sur sa couche. Il me tira à lui, me pressa contre son torse. Étonnée par cet imprévu, je profitai de ce doux contact, posant ma tête contre son épaule et fermai les yeux tout en l’entourant de mes bras. Il n’avait jusque là, jamais fait preuve de tendresse.

— Nous partons demain pour Laon, c’est… je sais que c’est à une quarantaine de kilomètres, mais… est-ce que tu viendras ? Est-ce que c’est notre dernière nuit ?

Je fus surpris de l’entendre aussi inquiet.

— Je viendrai, lui soufflais-je contre son oreille.

Il croyait donc vraiment que j’étais l’une de ces groupies audacieuses, mais il soulevait la un point auquel je n’avais pas songé. Je ne pourrais entretenir l’illusion. Cette fille qu’il pensait que j’étais ne pouvait parcourir la France à ses trousses indéfiniment. Je serai tôt ou tard obligée de cesser… et tout recommencera.

Je lui volai un baiser au coin de ses lèvres, si nous étions amants, nous ne nous étions encore jamais embrassés. Rassuré, il s’allongea et me laissa l’aimer à ma façon. Lentement, tendrement, prenant tout le temps de redécouvrir son corps. Je ne m’en lassais décidément pas.

Oh oui l’amour me rendait audacieuse et je n’oubliais pas Tommy ni ce que je m’étais promis. J’avais parfois l’impression que le temps jouerait contre moi si je ne bousculais pas un peu plus les habitudes. Lorsque la troupe fut prête à partir le lendemain, je m’invitai dans la cabine auprès d’Alex. Peinant à monter vu la hauteur de la marche, il me tendit la main et me tira à l’intérieur. J’étais toujours aussi impressionnée par sa force.

— Je peux venir avec vous ?

— Et Tommy !

— Il vient aussi ! Je suis sûre qu’il va adorer ça.

Il hésita à accepter puis m’aida à fixer le siège auto entre nous deux.

Mon petit projet de le faire participer au spectacle était en cours. Mais cela nécessitait un peu de préparation. Je ne lui en avais plus parlé depuis, préférant attendre que tout soit en place et que nous ayons quelque chose de concret à proposer. Le secret se gardait bien au sein de la troupe.

Le trajet fut calme, bien entendu Alex fut égal à lui-même face à son fils, toujours aussi distant. Cependant, il prit garde de ne pas trop ouvrir les vitres afin qu’il n’attrape pas froid et qu’il soit bien installé.

— Il n’a pas soif ? Il fait très chaud aujourd’hui.

Cela me fit sourire intérieurement. L’air de rien, il commençait à lui montrer un peu d’attention.

— J’ai toujours une gourde d’eau dans mon sac, tu as soif mon chéri ?

Tom secoua la tête et leva de grands yeux vers son père une bonne partie du trajet. Passant de lui à la route. C’était la première fois qu’il voyageait à ses côtés, il se montrait à la fois émerveillé et intimidé.

Notre arrivée se fit au son des klaxons, Tommy se boucha les oreilles, mais ne pouvait s’empêcher de rire aux éclats. Son adorable bouille eut raison du cœur de glace conduisant qui esquissa un sourire. Un pas après l’autre, ils finiraient par se retrouver.

Dès que les véhicules furent en place, les hommes déchargèrent le matériel et se mirent au travail. Alex et la plupart étaient occupés à monter les gradins, Chris était en ville, Daisy vérifiait et préparait les costumes pour ce soir. Audrey traînait du côté du chapiteau. J’évitai donc de trop m’en approcher et affronter ses mitraillettes oculaires.

Tommy faisait des bulles de savon, courant derrière celles-ci lorsqu’une voiture se gara devant l’entrée. Une jeune femme et jean et veste en sortit, accompagné de deux hommes. L’un d’eux sortit une petite caméra à main du coffre.

— On arrive trop tôt, ils sont en pleine installation, fit le preneur de son.

— On trouvera bien quelqu’un de disponible. Oh bonjour ! lança-t-elle de loin, me faisant signe.

Manifestement, j’avais à faire des journalistes.

— Bonjour ! Vous êtes de la télé on dirait.

— Oui, la télé régionale. Nous voudrions faire un petit reportage, il passera  dès ce soir. Nous ne vous dérangerons pas longtemps.

— Vous voulez sans doute voir Alex Vassilis, il est par là.

— Oui, bien sûr et vous êtes ?

— Olivia. Et voici le petit héritier de la famille, Tom.

Je cueilli le petit en plein jeu et le pris dans mes bras.

— C’est la télévision Tommy. Dis bonjour.

La journaliste, sous le charme de l’enfant, comme je le fus moi même au premier regard lui tendit son micro tandis que le caméraman installa son matériel sur l’épaule.

— Alors, c’est toi le futur Grand Vassilis ? Tu fais partie du spectacle ?

Il se fit timide, sourit et secoua la tête.

— Il était encore un peu petit, mais prochainement oui. Il fera peut-être partie de la parade finale.

— Ce ne sera pas veiller trop tard pour un enfant de cet âge ?

— Non, le spectacle commence chaque jour à dix-huit heures pour environ deux heures de rêve. Il dîne et se couche juste après.

— Ah très bien alors, j’espère venir te voir quand tu seras la petite vedette. Et vous travaillez aussi pour Monsieur Vassilis, gérant du cirque Vassilis.

— Oui, je l’assiste dans son numéro d’illusionniste.

— Il vous coupe en deux ?

— Oui et je dois avouer que ça chatouille un peu, plaisantais-je.

Je les menai jusqu’au chapiteau, leur présentant les artistes qui s’exprimèrent quelques instants chacun avant d’enfin atteindre le grand patron. Alex se débrouilla comme un chef face à la caméra, et marqua des points au niveau de mon admiration.

— Merci. Et merci de votre accueil, votre femme est très gentille et votre fils adorable.

— Ma quoi ?

Il demeura stupéfait devant cette erreur de la journaliste et se tourna vers moi, je devais avoir perdu toutes mes couleurs et lui assurai que je n’avais rien dit de tel en mimant. Mais l’équipe était déjà sur le point de repartir.

— Je vous assure, elle s‘est trompée toute seule !

— Ce n’est pas grave de toute manière. Le principal, c’est la publicité que cela fera pour le cirque. Apparemment, vous leur avez fait bonne impression. Allez ! On termine ! Ça traine là ! cria-t-il tout en frappant dans les mains.

Ce n’est qu’après coup, bien plus tard, une fois l’agitation de la journée évanouie et que revint le soir et ses angoisses que je me rendis compte que j’avais peut être commis une grave erreur.