Vassilis Chapitre 26


Publié le Mardi 04 Juillet 2017

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Lors de ma première et audacieuse — pour ne pas dire folle — tentative, Alex avait un peu bu. Cela m’avait facilité la tâche. A demi comateux, j’avais pu faire naître le désir en lui et il ne m’avait pas repoussé. Ses mains sur mes hanches, me pressant contre lui. Ses mouvements brusques et profonds emplis d’un besoin sauvage de s’extérioriser. Tout cela resterait à jamais dans ma mémoire comme le moment le plus intense sexuellement de toute ma vie. Mais ce soir il était à sang frais et frustré par cette aventure, cela devenait plus risqué.

Je mis mon téléphone sur vibreur et le programmai pour deux heures du matin. Ce qui ne fut pas nécessaire car j’avais de la peine à trouver le sommeil.

Je me glissai jusqu’à sa chambre, me tint un moment devant la porte close derrière moi à m’assurer qu’il était bien endormi. Son souffle était sonore et  régulier, signe d’un profond sommeil. Prudente, je tâtonnai jusqu’à sa table de chevet, cherchai la prise de la lampe et la débranchai. Ainsi, si lui venait l’envie de me confondre, il ne le pourrait pas de cette manière.

De nouveau dans son antre, sachant son corps allongé devant moi, vulnérable, je rêvais de le sentir sous mes doigts, de goûter sa peau, de le faire frémir à petit feu avant de le recevoir en moi, au bord de l’extase.

Je m’avançai dans le noir, déposai le préservatif sur le chevet et montai à genou dans le lit, hésitant moins à l’enjamber. L’impatience sans doute à retrouver ce plaisir des sens que j’avais vécu avec lui. Jumelé à la crainte qu’il se réveille trop tôt fit naître un  drôle de sentiment entre appréhension et désir.

Je caressai son torse, retrouvant la sensation amusante de sa pilosité entre mes doigts. Assise sans lui faire porter mon poids sur le bas de son ventre, je me tenais aux aguets de ses moindres soupirs. Ils ne tardèrent pas à venir. Je l’incitai à retrouver sa rigidité par quelques baisers dans son cou et d’effleurements. Le désir m’envahi, me tournant la tête. Mes légers mouvements du bassin le firent réagir.

Ses mains s’activèrent, malaxant mes cuisses, remontant jusqu’à ma taille dessous ma nuisette. Elles étaient brûlantes sur ma peau, ses doigts puissants s’enfonçant dans ma chair, y laissant leur trace. Il me pressa contre lui et je laissai faire, avide de le sentir en moi avec la même vigueur.

Mais cette fois, il me saisit les poignets. Étrange retournement de situation. Je devenais sa prisonnière et tentais de m’en dégager, sa poigne se fit plus dure.

— Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu me veux ? aboya-t-il coupant court à mes fantasmes.

Je tentai de nouveau de m’y soustraire, il insista. La panique s’empara de moi.

— Répond ! Qui es-tu ? Tu veux quoi ? De l’argent en échange ? C’est quoi ton plan ?

Il s’exprimait trop fort, risquant de réveiller Tommy si je ne le calmai pas de suite. Mais si je répondais, j’étais cuite, il me reconnaîtrait aussitôt.

Il me secoua, cherchant à provoquer une réaction de ma part.

— Toi ! Je te veux toi, chuchotais-je, tâchant de modifier ma voix.

— Quoi ? se calma-t-il subitement.

— Laisse moi te faire l’amour. Je ne demande rien d‘autre. Détend toi, ferme les yeux et laisse toi faire.

Il lâcha l’un de mes poignets et je le sentis remuer.

— Tu as débranché la lampe… Mais pourquoi ? Pourquoi moi, je ne suis pourtant pas si…  

— Chuuuut… fis-je portant la main libre à son visage, caressant sa barbe et couvrant sa joue de baisers. Si... tu l’es pour moi…

Je tentai de l’amadouer en lui bécotant le cou, le taquinant de la pointe de la langue jusqu’à doucement mordiller le lobe de son oreille. Il se tut et en vint à se détendre, à soupirer alors que je me pressai contre lui, sexe contre sexe au travers du tissu de son slip. Je me glissai le long de ses jambes arrivant à hauteur de son ventre et lui otai. Il était temps car son membre en érection dépassait de sous l’élastique. Le pauvre devait se sentir mal à l’aise, je l’en délivrai.

Je ne possédais pas une immense expérience en la matière avec le peu de relations que j‘avais eu au cours de ma vie. Mais je me sentais pousser des ailes. Je le goûtais comme l’on goûte un fruit qui vous fait envie pour la première fois. Son membre était chaud, si doux et dégageait un parfum m’invitant à l’explorer. Qui était en train de se faire dévorer tout cru à présent ? Je le pris dans ma bouche, imprimant de très lents va et vient.

Il gémit.

Je craignais d’aller trop loin et lui faire atteindre l’orgasme de cette manière alors que notre nuit venait à peine de commencer. Le contact de ma langue sur la peau tendre de son sexe me fit le même effet que celui d‘un baiser passioné, me faisant fondre  de désir. Il posa une main sur ma tête, la pressa doucement avant de m’inciter à cesser. Ce devait être le moment, celui de non retour si je poursuivais.

Je le laissai m'entraîner, me positionner au dessus de lui et me pénétrer alors qu’il me maintenait fermement.  La tête vide, une intense chaleur gagnant tout le corps, le plaisir s’emparant de moi, je fermai les yeux. Il fut plus doux cette fois, me laissant le contrôle. Seules ses mains me retenaient. Comme l’on retient la dernière chose ayant de l’importance sur terre. Ma peau serait marquée cette fois, mais à cet instant, je m’en moquais un peu.  Ce devait être inédit pour lui, laisser faire les choses, lâcher du lest, faire confiance. Il n’y parvenait pas avec sa famille et pourtant, il me laissait faire, moi. Il était démontré l’on éprouve moins de mal à se confier à un inconnu. Qu’était-il en train de m’avouer alors que nos corps étaient en osmose ? Une solitude pesante. Un besoin d’émotions, d’attentions. D’amour ?

Ma respiration se fit plus dense, alors que j’accédai au moment fatidique. Il dû s’en rendre compte ou était-ce dû au hasard, il se fit plus fougueux et je ployai sous ses coups de reins. M’allongeant, m’accrochant à lui. Je vins quelques instant avant lui. Ma tête bourdonnait. Je me sentais bien, épuisée mais comblée.

Pourtant, je ne devais pas traîner. Je n’avais nulle envie de quitter son corps, étant encore sous l’emprise de mes sens, j’avais de la peine à tenir sur mes jambes, mais je courrai presque, marchant sur des oeufs, m’enfuyant du lit de mon amant. Je tâchai de faire le moins de bruit possible, regagnant ma chambre mais à peine avais je fermé la porte avec toutes les précautions qu’il défonça presque la sienne. Vite ! Au lit, posture naturelle, respiration. Mince ! Est-ce que Tommy dormait ? Un coup d’oeil et je fus rassurée. Re mince ! Le préservatif ! Quelle idiote ! il était resté la-bas ! Intact ! Mon coeur tambourinait à mes oreilles, mais cela ne m’empêcha pas de l’entendre ouvrir, descendre les quelques marches en fer et, certainement, tenter de trouver une trace de son inconnue.

Une fille à demi nue courant entre les caravanes, cela devait se remarquer non ? Il rentra. Je le sentis remuer, marcher de long en large avant de s’avancer de notre côté. Il finira par se douter, me dis-je. Comprendre qu’en fait il ne trouvera jamais personne au dehors puisque tout se passe au dedans. Il se rapprocha, posa la main sur la poignée puis stoppa net avant de repartir et laisser le silence envahir les lieux. J’avais eu chaud. S’il ne s’était pas montré réfractaire à ce que nous nous abandonnions une fois encore, il tenait vraiment à connaître cette belle de nuit. J’en avais de la peine, à la fois de lui jouer ce tour et de lui mentir. Pourtant, je reviendrai chaque soir, lui offrant plus que ma tendresse ou mon corps. Un peu de mon amour.