Vassilis Chapitre 24


Publié le Dimanche 02 Juillet 2017

1828 mots

7 minute(s) de lecture

La nuit porte conseil. Celle-ci était marquée de ces exquises sensations éprouvées lorsque nous avions fait l’amour. Gardant mon secret intact. Je m’étais finalement endormie, l’oreiller entre les bras tel le corps de mon amant. En moins ferme par contre. À rêver de lui, de ses mains soudées à mon corps alors que nous ne faisions plus qu’un.

Au petit matin, je me levai craignant pourtant que cette nuit conseillère lui ai soufflé qu’il ne pouvait s’agir que de moi. Et de le retrouver plutôt déçu. Je passai la tête par la porte de ma chambre, redoutant le moment où je le croiserai. Le camping-car était désert. Un bol rincé et retourné sur l’évier m’indiqua qu’il était déjà levé et avait déjeuné. Le tube d’aspirine abandonné sur le table, que son réveil avait dû être douloureux.

Je mangeai avec Tommy et le menai au plus vite chez Nanny. Je rêvais d’une douche. J’avais pour habitude de le confier à sa grand-mère durant ce temps. Elle était toujours ravie de l’avoir auprès d’elle.  L’odeur d’Alex me rappelait ce moment passé avec lui, tout aussi agréable qu’il fut je devais me l’ôter, passer à autre chose.

— Tu as vu Alex ce matin ? me demanda-t-elle avant que je reparte.

— Heu non, il était déjà levé et parti.

Je sentis le poids d’un parpaing m’atterrir dans l’estomac.

— Il y a un souci ? Il est toujours de mauvais poil depuis hier ?

— Pas exactement, non.

Avait-il parlé de cette nuit à quelqu’un ? L’avait-il mal pris ? Appelé la police ? Le besoin de me laver de tout cela se fit plus pressant. Effacer les preuves, tout nier en bloc. Après tout cela pouvait être une seconde Monica plus entreprenante. Les barrières de sécurité pouvaient être enjambées ou écartées sans problème. Mince ! À cette pensée, l’image de nos corps cette nuit me revint. Je forçai sur le gel douche et me hâtai à le rejoindre sous le chapiteau.

Et là…

Une mini tornade naquit dans le bas de mon ventre en l’apercevant, oublier ce qui s’était passé cette nuit serait impossible. Tout mon corps s’en souvenait. Mon cœur s’emballa, me poussant à le rejoindre.

Il parlait avec les acrobates ainsi que l’un des clowns. Je craignais de voir la discussion partir en sucette vu l’ambiance de la veille, mais au contraire, c’était assez animé, joyeux. Je n’en croyais ni mes yeux ni mes oreilles. Et Alex avait… souri ! Oh un bref sourire, pas même l’ombre d’une quenotte, mais je n’avais pas rêvé, il avait souri.

— J’aimais assez le final, il risque de prolonger le spectacle de cinq bonnes minutes, leur fit-il.

— Cinq minutes, je trouve ça correct.

— Bien, travaillez la sortie, et on verra ça ensemble.

— OK.

Il claqua amicalement l’épaule de Chris avant de repartir du côté des loges.

Je le suivis des yeux. Toujours en mode pile électrique, mais quelque chose de différent émanait de lui. Il était plus chaleureux avec les membres de la troupe qui, hier encore, menaçaient de partir.

Olivia ! C’est pas vrai ! Tu as réussi ! éclatais-je intérieurement.

Chris m’aperçut et me rejoignit, me tirant à l’écart.

— Alors là… tu vas tout me raconter dans les moindres détails !

— Raconter quoi ? Je n’ai rien fait !

— Non, mais vous avez parlé hier soir, c’est pas possible, il a dû se passer un truc. Attends, cela fait des mois qu’on fait des pieds et des mains pour convaincre Alex de changer certaines figures de notre numéro. Et ce matin, il s‘amène vers nous et demande à voir. Il demande à voir ! répéta-t-il. Tu te rends compte ! Alors il s‘est forcément passé quelque chose !

— Non non, je suis allée me coucher tôt, il était encore assez fâché.

— Olivia… Il n’en a pas dit un mot, mais le changement est flagrant.

— Je t’assure !

— Il sait que c’est toi ?

— Non…

— OK je vois.... en tout cas merci. Tu n’as rien fait, mais merci tout de même.

Il ne me croyait pas une seconde et cela me réchauffait le cœur si vraiment cela avait pu changer les choses. Ne manquait plus qu’à faire renaître sa fibre paternelle et tout serait parfait. Chris me fit la bise avant de rejoindre son groupe. Il avait vraiment l’air fou de joie.

— Olivia ?

Le Grand Vassilis l’avait surement vu faire, mon cœur fit un saut périlleux alors qu’il approchait. Il avait l’air troublé, se tournant vers les acrobates puis vers moi.

— J’ai bien réfléchi concernant le tour de la malle magique.

— Vous acceptez que je retente ? Je ne me débrouillais pas si mal.

— Oui, mais au diable ces talons hauts. Je ne veux pas risquer que cela se reproduise, vous mettrez des chaussures qui seront plus pratiques pour vous. Évitez les converses tout de même, ajouta-t-il tout en reluquant mes pieds.

— Dommage, je trouvais qu’elles allaient bien avec ma tenue ! plaisantais-je.

J’avais beau paraître détendue, je me sentais brûlante, mes joues devaient être d’un joli écarlate.

— Et je… je tenais à m’excuser.

En quelques mots, il me cloua sur place.

— Pourquoi ?

— Pour le soir où je vous ai fait peur, pour… ce qui s’est passé hier.

— Hier ? fis-je sentant le monde s’écrouler autour de moi.

Alors il savait ! Il savait que c’était moi !

— Oui, je n’ai pas été très sympa avec tout le monde.

Ah non, il ne savait pas, il relatait son humeur de la veille.

— On a tous nos mauvais jours.

Il baissa les yeux puis les releva vers moi, les plongeant dans les miens, faisant de nouveau naître un doute. Je me sentais en pleines montagnes russes. Je ne devais pas faiblir et craquer.

— Bon je… je vais prendre le 4x4 et faire les annonces en ville.

— Vous n’avez pas besoin d’un coup de main ?

— Non, ça ira, Audrey vient avec moi. J’ai pas été très sympa non plus avec elle dernièrement.

Il passa sa main dans ses cheveux, se frotta le nez deux fois de suite. Je voyais qu’il n’était pas très à l’aise malgré tout, que quelque chose le taraudait, qu’il fallait que ça sorte.

— Vous vouliez me dire autre chose ? Vous avez l’air d’hésiter.

— Non juste que… vous n’avez vraiment rien entendu de bizarre cette nuit, ou vu personne trainer dans le campement ?

— Je n’ai vu que les habitués.

— Bien.

Il ne s’éternisa pas. Je le suivis tout de même jusqu’à l’extérieur et le regardai partir. Audrey portait une jupe particulièrement courte ce matin et me lança un sourire provocateur avant de monter avec lui.

Rectification. Si je parvenais à faire abstraction de mes sentiments, restant à ma place de simple petite assistante, ce serait parfait.