Vassilis Chapitre 22


Publié le Samedi 01 Juillet 2017

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Les tensions de ce début d’après-midi n’étaient pas retombées. Cela se ressentit à peu près chez tout le monde lors du spectacle. La colère d’Alex semblait être sans fin, allant jusqu’à chercher le moindre défaut et accabler de reproches la pauvre âme qui avait le malheur de se retrouver en ligne de mire. Je commençais à comprendre pleinement le problème et sentais mon cœur se serrer, imaginant l’issue de tout ceci s’il ne se calmait pas.

Heureusement, je ne fis pas de nouvelle gaffe lors de notre numéro, le tour de la malle n’étant toujours pas remis à l’affiche. Mais je n’eus pas droit aux attentions de son personnage gentleman, il fit son show, salua et s’en tint la. Il était devenu froid et sec comme le marbre. Seule Audrey fit une tentative d’approche. Bien trop maladroite selon moi, allant lui tourner autour, laissant traîner ses mains sur ses épaules.

— Tu veux un massage Alex, cela te détendrait.

Il l’avait envoyé voir ailleurs, mais d’une force… j’en avais mal pour elle.

Le dîner fut bref et silencieux. Je baignai le petit, le changeai et le mis au lit.

— Allez vous coucher ou lisez, faites ce que vous voulez… je voudrais être un peu seul.

J’obéis sans rien ajouter. Le meilleur moyen de ne pas attiser sa mauvaise humeur selon moi était le silence et la dévotion. J’avais appris cela avec mon père. Je revêtis une nuisette plus légère que mes habituels t-shirts afin de ne pas souffrir de la chaleur, mais je dormis bien mal, m’éveillant régulièrement. Il était près de minuit, il ne dormait toujours pas, je tendis l’oreille. Un bruit de verre posé un peu brusquement faillit éveiller Tommy. Le petit se retourna et retrouva ses songes aussitôt. Son père reniflait assez bruyamment par moment et je fus pratiquement certaine que ce n’était pas dû à un coup de froid. Pas avec cette chaleur. Non, Alex Vassilis, le tyran était en train de sangloter. Sans doute tentait-il de se faire le plus discret possible, mais un léger gémissement me le confirma. Tout comme les siens, mes yeux se noyèrent et mon cœur sombra de l’entendre se mettre dans cet état. Je faillis me lever, le rejoindre, mais c’était risqué de lui tomber dessus en plein état de faiblesse. Le prendrait-il bien ? Après la journée passée, j’en doutais. Il finit par aller se coucher.

Je me tournai et retournai dans mon lit, prise de remords de n’avoir pas au moins tenté de lui parler, de l’avoir laissé sombrer dans son désespoir. Car c’en était. Certains s’automutilent lorsqu’ils sont mal dans leur peau avait dit Chris. Il pensait qu’Alex n’en était pas arrivé là. Non, c’était bien pire, il détruisait petit à petit ses rêves, ses espoirs, sa famille en même temps que lui-même. Il devait se sentir bien seul au fond. Je me levai finalement pour aller fureter dans la pièce à vivre. Cela m’étonna de sa part, mais Alex avait sifflé une demi-bouteille de vodka à lui tout seul. Il restait encore l’emballage du bouchon sur la table. Il devait être saoul à l’heure qu’il était. Je connaissais bien cet état. Cela ne servirait à rien de tenter de discuter avec lui et demain, le réveil serait terrible.

Bien que le plus terrible subitement était de l’imaginer devenir réellement comme mon père, il possédait déjà pas mal d’éléments peu rassurants. La perte de sa femme, de grandes responsabilités, sa façon de vouloir tout contrôler. Un enfant quasi inconnu pour lui…

Pouvait-on empêcher un homme de sombrer comme avait sombré mon père ? En étais-je capable ? Ce n’était pas trop tard, au fond de moi, je le savais. Je demeurais figée tournée vers sa porte.

J’aurais du aller me recoucher, ne rien tenter et pourtant cela traversa mon esprit, s’immisça jusqu’au plus profond de moi. L’image d’un Alex beau et serein me revint, celui que tous voulaient retrouver. Alors je m’avançai et entrai dans sa chambre.