Vassilis Chapitre 23


Publié le Samedi 01 Juillet 2017

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Pour être déjà entrée dans sa chambre auparavant, je pouvais évaluer la distance qui séparait l’entrée du bord du lit. Sinon, quel beau réveil je lui aurais offert en hurlant de m’être cognée l’orteil.

Une boule d’angoisse se forma au creux de mon ventre. Je craignais d’être en train de faire la pire bêtise qui soit et de le regretter amèrement dès qu’il se rendrait compte. Je gardai en mémoire cette image de lui, magnifiquement assoupi et toute la motivation que j’avais réussi à accumuler afin que revienne cet homme. Je ne le voulais plus juste pour Tommy ou pour sa famille, je le voulais pour moi aussi. Je voulais le vrai Alex.

Prudemment, je posai un genou sur le lit. Le matelas s’enfonça à peine, et je m’avançai, longeant sa jambe jusqu’à l’aine.

— Alex ? murmurais-je. Alex, tu dors ?

J’en venais à le tutoyer vu les circonstances, c’était sans doute plus approprié. La barrière patron-employée s’était arrêtée lorsque j’avais franchi sa porte. Dire qu’avant moi, il y eut cette jeune fille, tremblante comme je l’étais, se glissant dans le lit de l’homme de ses rêves. Je n’allais pas jusqu’à dire qu’Alex l’était lui aussi. Il y avait toujours chez lui le petit quelque chose de trop qui gâchait tout le bon en lui. Mais ce petit quelque chose provenait de ses blessures. Je devais être d’une prétention extrême de croire que j’allais l’en guérir. Non, ce ne serait jamais pleinement possible. Mais s’il continuait sur cette voie, il allait vraiment causer des dommages irréparables.

Comment avait-elle fait, cette jeune future madame Vassilis ? Je pense que cette légende n’allait pas jusqu’à rapporter les moindres détails et il était trop tard pour aller me renseigner. Ç’aurait été pourtant drôle d’aller frapper à demi nue à la porte de Chris et de sa mère, les questionnant sur quelques détails pratiques.

Je passais une jambe par-dessus lui, me tenant en position haute. Mes genoux se collèrent à ses hanches, il ne remua pas d’un poil.

Avec ma chance, il était tellement ivre que cela ne ferait aucune différence.

Je me penchai, l’alcool me prit au nez, mais également son parfum. Cet after-shave embaumant le bas de son visage après qu’il ait rectifié la coupe de sa barbe. Je l’humai, senti son souffle profond et régulier me chatouiller le visage et déposais un baiser appuyé sur sa joue. Aucune réaction. Je n’avais pas dit mon dernier mot.

J’embrassai son cou dans un premier temps, percevant un petit goût de sel sur mes lèvres pas si désagréable. Me laissant prendre au jeu, je longeai sa jugulaire de la pointe de la langue jusqu’à l’oreille. Il soupira.  Je me tins figée un instant, m’attendant à un réveil en fanfare qui ne vint pas. Une main délaissa l’appui qui me permettait de me tenir à quatre pattes au-dessus de lui. Ma nuisette devait lui chatouiller le ventre, mes cheveux ses épaules alors qu’il remuait faiblement la tête. Ma main s’engagea alors à explorer son torse. Tâter doucement ses muscles fins, mais fermes tandis que je dévorais la peau de son cou de mille petits baisers. Glisser mes doigts dans sa courte toison, suivant l’arrondi de ses pectoraux. De mémoire, je ne m’étais jamais autant attardée à caresser un homme. Et je devais avouer que l’expérience commençait à me plaire. C’est lorsque j’atteignis son ventre qu’il se mit à remuer plus franchement.

Dans cette position, de toute manière, quelle que soit l’excuse que je lui inventerais, j’étais cuite. Prise sur le fait. Et s’il ne se réveillait pas ? Si l’alcool le maintenait dans cet état semi-comateux ? Si cela ne changeait rien.

Mon intimité m’assurait que pour moi, quelque chose changeait peu à peu, m’incitant à lui faire plus que des caresses.

— Alex ? susurrais-je de nouveau à son oreille.

Ma poitrine frôlant la sienne fit naître un frisson électrisant jusqu’au bas du dos. J’y pressai mes seins avec plus d’assurance. Lui offrant la caresse de mes mamelons tendus à travers le fin tissu de mon habit de nuit. Il grogna. Cela avait dû le chatouiller de nouveau et je retins un sourire.

Mon corps s’éveillait à ce contact, je me sentis devenir moite. Cette position assez ouverte et dominante faisait naître en moi un désir de conquête. Conquérir le Grand Vassilis, lui donner du plaisir comme ce n’était sans doute plus arrivé depuis trop longtemps. Ma mission. Peut-être pas pour sauver le monde, ni même le cirque au final, mais j’étais cuite, tombée sous son charme, accroc à son odeur et à son corps. Abandonné au sommeil, il était devenu une délicieuse tentation. Un fruit défendu aux accents salés dont je ne me lassais pas de goûter.  Je glissai jusqu’au nombril, embrassant son ventre, juste au-dessus du large élastique de son boxer. Il gémit doucement, expira plus fortement. Cela commençait à l’exciter lui aussi. Conscient ou non. Alors comment allait-il réagir lorsque ma main partit à la recherche de son membre ?

Celui-ci était dans une forme éblouissante, prêt à passer l’action et tendait le tissu de son seul vêtement comme les mâts tendaient le toit de son chapiteau. Un effleurement fit réagir le reste du corps d’un léger sursaut, une caresse lui arracha une petite plainte.

J’étais entrée ici dans un esprit de sacrifice. Faire la chose, bien de préférence et m’éclipser, espérant un résultat probant ensuite. Et sans me faire crier dessus, ou pire me faire virer. À aucun moment je n’avais imaginé que j’y prendrais autant de plaisir. Jouer ainsi doucement avec son corps, aux aguets de la moindre de ses émotions titillait mes sens plus encore que s’il y avait participé. Je me connaissais assez bien pour le savoir. Je me serais tenue immobile sans rien oser, intimidée par son charisme, ses mains brûlantes et son regard pénétrant. Ici, dans cette totale obscurité, je me sentais la reine du bal, je menais la danse. Et je n’allais pas tarder à en venir au plus concret. Je me sentais prête, mais retardais encore un peu, découvrant sa verge, glissant son sous-vêtement plus bas sur ses cuisses et me plaçant par dessus. La moiteur de mon intimité toucha la douceur de sa peau, s’y frotta, lentement, pressant quelque peu afin de me faire ressentir de nouvelles sensations. D’exquises sensations. J’étais aux anges, ondulai du bassin ne prenant plus garde au monde extérieur, mon désir s’amplifiant à chaque mouvement. Je ne remarquai plus sa respiration s’accélérant, ses hanches se mouvant petit à petit au rythme des miennes, son besoin de possession montant en lui. Jusqu’à ce qu’il s’empare de mes hanches d’une poigne ferme, douloureuse, me faisant sursauter, briser le charme.

Je haletais de plaisir, à califourchon, peau contre peau, sexe contre sexe et lui, il s‘était réveillé. La lâche Olivia revint au galop, j’eus un mouvement de fuite, mais il me retint, me pressant, se faisant sauvage. Je m’attendais à des menaces d’avoir ainsi abusé de son état. A la place, il m’attira, imprima un coup de reins que je n’avais pas anticipé et, d’un mouvement brusque se retrouva en moi, au plus profond.

Un petit cri m’échappa, poussé par la surprise, une légère douleur, mais mourant dans un gémissement qui ne laissait aucun doute, je trouvais cela terriblement jouissif de le sentir en moi et failli exploser sur le coup. Il ne s’en tint pas à cela, se fit plus féroce sans pour autant me lâcher, je ployai, tombai contre son torse, le laissant faire monter en moi un plaisir inouï, inespéré. Et me bâillonnant, la bouche contre son épaule afin d‘éviter de réveiller toutes les caravanes.

Ses mains s’agrippèrent à mes fesses, heureusement sinon j’aurais fini par avoir des bleus. Il faiblissait, redressa le haut de son corps avant de se laisser retomber en arrière. Mis à part sa respiration lourde soulevant sa poitrine, me soulevant avec elle, il ne bougeait plus.

Je percevais les battements d’un cœur affolé pompant afin d’irriguer le reste du corps plutôt que la partie encore en moi. Il se calma, sembla retomber dans l’inconscience et alors que je me sentais encore prête à l’assaut. Mais puisqu’il était arrivé à l’orgasme, je me glissai hors du lit. Légèrement frustrée de n’être pas arrivée au septième ciel moi aussi. J’avais terminé ma mission et filai sur la pointe des pieds.

Le cœur battant, les jambes flageolantes, tout le corps engourdi par le plaisir, je me glissai dans mon lit. Tommy dormait sagement. Ouf ! Il fallut plusieurs minutes pour qu’Alex se lève. Il fit quelques pas dans l’habitacle avant de se jeter sur la porte extérieure. Pensait-il qu’il s’agissait d’une groupie un peu folle ? Je l’entendis s’approcher de la chambre, me couchai comme si de rien n’était et fermai les yeux, tâchant d’adopter une respiration profonde d’innocente endormie.

Il entrouvrit la porte, demeura silencieusement là. Apparemment, je faisais partie des potentielles suspectes.

— Olivia ? chuchota-t-il.

Je fis mine de toujours dormir, il insista.

Au troisième appel, je grognai comme sortie d‘un doux rêve.

— Mmm ?

— Vous avez entendu quelque chose ?

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Non rien je, je pensais que quelqu’un était entré, rendormez-vous.

— Vous êtes sur ? Un cambrioleur ? fis-je afin de me discréditer.

— Non, ça n’a rien à voir. À demain.

Je soufflai, me laissant aller sur le dos, les bras en croix. La piste Olivia était écartée de toute suspicion. Mais quelle nuit !