Vassilis Chapitre 19


Publié le Mercredi 28 Juin 2017

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Le numéro de la malle magique avait été retiré du spectacle. Cela me mettait vraiment mal à l’aise, car je n’avais pas été la seule placée en ligne de mire des railleries à cause de ma maladresse. Je ne comprenais toujours pas ce qui avait pu se passer. J’étais pourtant à l’aise lors des répétitions, pourtant mon pied avait dérapé. Deux jours plus tard, un journal local en parlait. Cela ne faisait pas la Une heureusement, mais c’était un coup bas.

Depuis, Audrey me lançait des éclairs comme si j’avais entaché la réputation du cirque tout entier.

En fait, c’était tout à fait ça.

J’avais envie de me faire toute petite dès que je sortais de la roulotte, mais mis à part la jeune acrobate, personne ne m’avait fait directement de reproches. Ce devait être son penchant pour Alex qui la poussait ainsi à me prendre ainsi en grippe.

Pourtant, j’aurais voulu le convaincre de ne pas s’en tenir là. Ôter une part de son numéro, c’était comme d’amputer une part de lui même. Il fut un temps où il était le clou du spectacle, l’attraction la plus appréciée, la plus dangereuse aussi. Et aujourd’hui, je réduisais encore un peu plus sa présence sur la piste.

Par deux fois, j’avais tenté, et deux fois il s’en était tenu à un « ne parlons plus de ça ».

Malgré tout, Chris n’avait pas abandonné son idée de barbecue pour le lundi. J’appris que nous allions nous diriger vers Lyon où vivaient les parents d’Alex et de Max lors des semaines suivantes.

Il ne restait plus que les armatures en métal du chapiteau principal, toutes les toiles ayant été rangées. Ils avaient laissé le plus petit en place par contre, servant éventuellement en cas de pluie. Chris nous apporta une assiette en carton où je laissai piocher Tommy après avoir enlevé les bâtons des brochettes.

— Nous passerons près de Paris en route ? Ou Créteil ?  lui demandais-je.

— Paris ? Oh ce serait le pied ! Non, les emplacements sont trop chers. Mais on ne sera pas trop loin de Créteil dans trois semaines, je crois. Pourquoi ?

— Mon frère est en formation là-bas pour le moment, il se destine à devenir sommelier.

— Sympa comme job, goûter à tous les vins, ça m’aurait plu, sourit-il.

— Il ne fait que goûter attention, il ne boit pas. Mais surtout il doit pouvoir conseiller au mieux les clients. C’est le restaurant où il travaille qui lui paie sa formation, ensuite il aura un poste plus important.

Alex Vassilis nous avait rejoints. Il resta un peu à l’écart après s’être servi un hamburger et deux brochettes. Je m’excusai auprès de Chris, lui laissai le bambin et m’en approchai. Nous n’avions pas eu de représentation aujourd’hui, il s’était montré très distant de toute la journée.

— Bonsoir. Je… je voudrais vous demander…

— Quoi ?

— Je suis prête à retenter pour la malle. Ce n’est pas juste que par ma faute, vous laissiez tomber, c’est votre numéro après tout.

— Vous savez combien d’assistantes j’ai eues ces deux dernières années ?

— Non.

— Huit. Et vous savez combien ont tenu le coup plus d’une semaine à cause de ce tour ?

Je le laissai répondre.

— Deux. Dans l’ensemble, vous êtes loin d’être la plus nulle.

C’était étrange comme réflexion, mais je pris cela comme un compliment. Il y avait eu pire. Mais certainement aucune qui avait plombé le spectacle en pleine représentation. Je parvins à esquisser un timide sourire.

— Ne restez pas tard. Et ne buvez pas trop non plus.

— Pas de risques, il n’y a pas d’alcool.

— Olivia, je les connais. Ils ont de la bière planquée dans la remorque transportant la paille des poneys.

Il rejoignit le mobilhome. Il était encore tôt et il ne restait même pas un petit peu ! Je comprenais pourquoi Nanny s’inquiétait, une fois le rideau baissé, il se coupait également des siens.

Je terminai de manger avec Tommy, rentrai avec lui, le fit prendre son bain et le mit au lit. Nous avions pris nos petites habitudes, il s’endormait très vite, mais je lui racontais toujours un début d’histoire pour l’aider à fermer ses jolis yeux verts.

— Cela ne vous ennuie pas si j’y retourne ? fis-je avant de repartir auprès des autres.

— Pas plus tard que minuit, vous devez être en forme demain. Faites passer aux autres.

Bien mon général !