Vassilis Chapitre 14


Publié le Samedi 24 Juin 2017

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Afin de donner le change, je m’étais immédiatement tenue sur la pointe des pieds, et ce, tout le long du show. J’allais me faire sérieusement enguirlander et avec raison cette fois. Le numéro de la table en lévitation se passa bien. La femme coupée en deux fut un peu pénible vu la posture à prendre dans la boîte. Au tour de la malle magique.

Une fois à l’intérieur, Alex se saisissait d’un rideau sombre attaché à un cerceau nous entourant. Lui, le contenant et le contenu, moi. Ca faisait un peu rideau de douche. C’est alors qu’il le soulevait, jusqu’à tout dissimuler, que je devais sortir, me redresser sans perdre de temps et prendre sa place tandis qu’il prenait la mienne dans la malle. Nous avions répété encore et encore, il me trouvait trop lente, mais au moins, l’illusion fut convaincante. Victorieuse, je fis tomber le rideau au sol, levai les bras et entendis les exclamations et les applaudissements. Ce fut le moment le plus gratifiant de la soirée. J’étais applaudie, au même titre que tous les artistes, j’avais fait quelque chose semblant extraordinaire. Cette fois, la grimace devint un véritable sourire, j’étais fière de moi malgré ma bourde et descendis avec grâce avant d’ouvrir le verrou et de présenter l’illusionniste à la foule.

Toujours porté par son rôle, il me saisit la main, leva mon bras avec le sien et nous saluâmes dans trois directions avant de disparaître dans les loges.

— C’était… c’était… oh c’était incroyable ! Vous les avez entendus ? Ils étaient époustouflés !

— C’est que tu commences à t’y faire, sourit Chris. Et à aimer ça. Attention, c’est addictif !

— Oui comme les précédentes, ajouta Audrey, passant en me bousculant presque. Ca durera une semaine.

Les poneys de Daisy entrèrent en scène, leur dresseuse derrière eux.

— Laisse tomber, elle est jalouse, c’est tout.

— C’était moyen, fini par avouer Vassilis. Très moyen. Vous avez oublié vos chaussures, vous êtes beaucoup trop lente sur le tour de la malle, vous souriez comme si l’on vous avait forcé à boire du vinaigre. Non en fait, c’était même mauvais.

Mon sourire s’étiola d’un coup.

— Mais… c’était la première fois, et puis je me sentais vraiment à l’aise sur la fin.

— Il ne s’agit pas d’être à l’aise, mais d’être concentrée. A tout moment, j’ai eu l’impression que vous alliez vous enfuir dans les loges. Vous devez vous habituer au public, travailler votre timing et surtout apprendre à sourire. Sinon je me demande à quoi vous servez !

— Vous en avez de bonne, apprenez vous même à sourire !

Il venait juste de mettre en miette le peu de confiance en moi que je venais d’acquérir. Finalement Audrey et lui aurait fait un très joli couple. Il était prêt à contre attaquer lorsque Chris intervint.

— Bon heu… vous n’allez pas vous engueuler tout de même ! Pas maintenant ! C’était pas mal. Avoue-le Alex, pour une première fois, j’ai vu pire.

— On verra ça demain de toute manière.

— C’est ça !

Je parti à la recherche de mes chaussures, mais ne les trouvai pas. A vrai dire, avec tout ça, j’avais complètement oublié où je les avais déposées. Il était injuste. Je n’avais aucune expérience dans ce domaine, certes mais j’avais fait de mon mieux. Je m’étais même sentie à ma place, en osmose avec le public, il avait tout gâché.

Finalement, je rentrai à la caravane pieds nus, passant prendre Tommy en route et préparai le dîner. En espérant que ce soit froid lorsqu’il aura terminé, ça lui ferait les pieds !

Il rentra après que le petit soit couché, je m’étais changée entre temps et démaquillée. Je n’avais pas encore eu l’occasion ni le courage de lui avouer que je logerais chez lui. J’appréhendais de nouvelles réflexions.

— Vous avez oublié ça, fit-il tout en me rendant mes escarpins. Et vous deviez faire partie de la parade finale.

— Désolée, je n’y avais pas pensé.

— Il en reste ?

— Heu quoi ?

— Le dîner.

— Ce n’est plus très chaud.

— Pas grave.

Entre temps, je n’avais plus tellement l’envie de lui servir son repas froid et le micro-ondes était là pour ça.

— Vous n’avez pas été très sympa tout à l’heure, fis-je tout en déposant l’assiette devant lui.

— Rien de ce que j’ai dit n’était exagéré.

— Oui, mais… vous auriez pu le dire autrement.

— Rentrez maintenant. Vous aurez une longue journée demain.

— Justement, je voulais vous dire… je voudrais loger ici.

Il marqua une pause, fourchette en l’air avant de la porter à sa bouche.

— Ce sera plus pratique pour m’occuper du petit et puis, vous avez de la place. Je m’occuperai bien de vous. De vous deux, des repas et du ménage, je voulais dire.

Je m’attendais à ce qu’il me vire, me jette chez le premier venu, mais il ne releva pas, finissant son assiette. Bon, alors je pris ça pour un oui.