Vassilis Chapitre 12


Publié le Jeudi 22 Juin 2017

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Des clowns répétaient dans les loges. Je passai par là afin de rejoindre la piste, l’entrée étant fermée pour l’instant. Ils faisaient mine de se gifler sans jamais se toucher, celui recevant le coup se tenant la joue tout en étirant exagérément la bouche et plissant des yeux. À les voir, je ne pus m’empêcher de sourire.

Alex était en place, sans son costume intimidant heureusement. Bien qu’un jeans et une chemise noire lui allaient très bien aussi.

— Prête ! fis-je dans un demi-sourire. Vous allez m’expliquer vos tours ?

— Seulement la partie qui vous concerne. Sans partenaire, je ne peux me permettre qu’un seul tour et vous l’avez expérimenté hier.

— Et comment avez-vous fait ?

— Ce n’est pas important pour l’instant. Venez par ici.

Je soupirai. Je le saurai un jour, je le saurai !

Il m’indiqua un coffre en bois, suffisamment grand pour qu’un homme de bonne taille puisse s’y tenir en position fœtale.

— Ça, c’est le tour de la malle magique.

Il me fit brièvement voir l’intérieur tapissé de rouge puis en fit le tour. De la pointe du pied à l’arrière, il m’indiqua qu’il s’agissait d’une trappe.

— Le principe est simple, mais cela demande de la rapidité. Vous entrez dans la malle, vous comptez dix secondes. Dix secondes exactement. Attention ! Vous sortez par là et montez à côté de moi pour qu’on échange nos places. On essaie.

— Maintenant ?

— Non à Noël !

— Bon…

J’aurais dû le prendre au pied de la lettre et retourner chez moi. Enfin chez lui. Il ouvrit le coffre, cela ne me disait rien qui vaille de me retrouver enfermée là dedans, heureusement qu’il y avait l’autre ouverture. Je m’y glissai, croisant mes bras sur ma poitrine et pliant les genoux avant que le couvercle ne se referme. Il y faisait complètement noir forcément et terriblement inconfortable. À croire que mon ancien lit au final, n’était qu’une sorte d’entraînement pour m’habituer à ça. Dès que le cadenas fut verrouillé, je me glissai par la trappe.

— Qu’est-ce que vous faites ?

— Hé bien je sors comme vous avez dit.

— Dix secondes ! s’énerva-t-il. J’ai dit de compter dix secondes !

— Oups… heu j’y retourne.

— Ça commence fort, râla-t-il dans sa barbe. Non ! cria-t-il ensuite alors que je me glissai par où j’étais sortie, à quatre pattes. On recommence du début.

J’avais fait une bourde, pas la peine de me crier dessus. Je voulais juste voir si la trappe était facile à pousser. De nouveau, il m’enferma à l’intérieur, je me mis à compter.

— Un éléphant, deux éléphants, trois éléphants…

Lorsque j’arrivai à un troupeau de dix éléphants, je roulai dehors. Il se tenait debout sur la malle, bras tendus latéralement. Vu que je devais le rejoindre, je montai à côté de lui. Il n’y avait pas vraiment la place et je me retrouvai sur un pied en équilibre. Pas le choix, je me retins à sa taille. La main pressée sur ses abdos, je perçus la fermeté de ses muscles. Et me sentis rougir jusqu’aux oreilles.

— Concentrez-vous une minute ! fit-il en m’empêchant de tomber.

Il me maintenait fermement par les épaules, ses yeux me fixant comme s’il était prêt à m’étrangler de ma maladresse. Et plutôt que de me ressaisir, il me troubla un peu plus. Je crois que j’avais saisi l’idée, je ne devais ni l’approcher de trop près, encore moins le toucher sous risque de perdre tous mes moyens.

Et éviter de le voir en costume. Bref, rien de ce que je ne pourrai éviter durant le spectacle. Ça allait être chaud ce soir.

L’arrondi du couvercle ne m’aidant pas, l’un de mes pieds dérapa et je me retrouvai pendue à son cou. À la limite de nous faire tomber tous les deux.

Il plia les genoux, gardant un équilibre extraordinaire et passa un bras à ma taille, me pressant contre lui.

— Vous êtes un véritable danger public ! Ne bougez plus !

— Désolée.

Second moment le plus embarrassant depuis mon arrivée dans le cirque Vassilis. Check !

Il me laissa donc du temps pour me familiariser et apprendre à garder mon équilibre debout sur ce coffre. Cela paraissait tout bête en le voyant faire, mais je n’avais jamais été adepte de ce genre d’exercice !

— Votre centre de gravité se trouve ici, m’indiqua-t-il. Derrière le nombril. Vous devrez toujours faire en sorte qu’il soit parfaitement dans l’axe de l’appui fait avec vos pieds. Vous avez déjà vu des funambules ?

— Oui, pas plus tard qu’hier.

— Les funambules s’aident de leurs bras pour maintenant leur équilibre. Pas de leur tronc, restez droite, gardez votre axe d’équilibre et utilisez vos bras pour commencer. Ça n’a rien de sorcier.

Je commençais à comprendre pourquoi il s’était montré réfractaire à ma présence vu mon CV. Mais je n’allais pas abandonner pour autant. Les bras tendus, je choppai le truc plus rapidement que je ne le crus et pus en quelques minutes, monter, descendre, tourner sur moi même. Lorsqu’un sourire satisfait, je me tournai vers lui, il monta sans crier gare.

Et là, régression.

— À croire que vous le faites exprès !

— Vous pourriez être plus aimable aussi, ce n’est pas évident. J’ai toujours l’impression que vous allez me mordre.

Ou m’en coller une. Il tira une drôle de tête, il ne devait pas bien se rendre compte de l’effet qu’il produisait sur les gens.

— En général, les chiens qui aboient ne mordent pas.

— Certains font les deux, je vous assure.

— Pas moi. Pas pour ça.

Il se fit plus calme, me faisant monter avec lui à mon aise afin de trouver mes marques. Ensuite, nous passâmes au  moment où je devais le contourner. Immanquablement, je devais me coller à lui. Cela n’avait rien de désagréable, c’était justement ça le problème.

Entre temps, certains artistes s’étaient avancés pour leurs propres entraînements ou nous observaient, amusés.

— Si tu veux, je peux lui donner quelques cours, pour son équilibre, lança Chris.

— Je crois que ça va mieux à présent. On va répéter avec les accessoires. On a déjà perdu pas mal de temps. Nous devons au moins répéter un second numéro et nous sommes encore sur le premier.

— On pourrait refaire le coup de la table volante.

— C’est prévu de toute manière, Chris tu penseras à avancer l’engin durant l’entracte ?

— Pas de problèmes !

— Quel est le second numéro ?

— Celui de la femme coupée en deux.

Ah mince !