Vassilis Chapitre 11


Publié le Mercredi 21 Juin 2017

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Les courses ne furent pas de tout repos. Sans compter qu’en route, Chris devait faire des détours et passer des annonces via haut-parleurs dans tout le centre-ville afin de prévenir de l’arrivée du cirque. Je n’avais jamais vu autant de nourriture entassée dans un caddie de supermarché. Ou plus exactement quatre caddies. Le 4x4 était rempli à ras le bord. À peine rentré que Chris accourut leur donner un coup de main pour le chapiteau, je restai donc avec ces dames et leurs commissions.

Heureusement, elles avaient toutes plus l’habitude que moi, je n’avais qu’à tenir les comptes et noter qui avait réglé sa petite note. Il était temps de déjeuner lorsqu’enfin tout fut en place. Le cirque était fin prêt et moi vannée.

Je préparai pourtant des escalopes de poulet grillé ainsi qu’une purée de pommes de terre carotte. Tout était prêt à servir et toujours pas d’Alex en vue.

— À table ! criais-je effrontément depuis le mobilhome.

Trois se retournèrent, déçus de ne pas être l’interpellé. Seul le concerné sembla mécontent d’être coupé en plein travail.

— Ça avance bien ?

— Vous êtes allée faire les courses ?

— Oui monsieur Vassilis, fis-je un peu vexée qu’il me réponde par une autre question. Et j’ai tout rangé.

— Et vous avez trouvé où loger ?

— Ah heu… c’était à moi de le faire ?

— Vous êtes polyvalente non ?

Prends ça dans les dents Olivia ! Pourtant, je souris d’un air confiant.

— Oui, j’ai trouvé, ne vous inquiétez plus pour ça.

Il était plutôt du genre taiseux durant le repas et observait son fils entre chaque bouchée. C’était tendu. Je découpais les petits morceaux de poulet au fur et à mesure qu’il les picorait. Mais son regard paternel ne m’avait pas échappé. Il avait le don de fusiller quiconque du regard en toute circonstance, mais pas là. Et c’était d’autant plus incompréhensible de le voir rempli d‘autant d’amour pour son fils tout en évitant tout geste ou toute parole avec lui. Il fallait que ces deux-là se reconstruisent des liens.

— Oh ! Justement, j’ai oublié heum… quelque chose... dehors. Je reviens de suite. Vous vous en occupez une minute ?

— Pardon ?

— Je reviens, fis-je avant qu’il refuse.

Je me faufilai hors du véhicule, sans aller bien loin. Juste quelques pas, de quoi faire le tour et espionner par la fenêtre située derrière le papa terrible. Il avait l’air embarrassé tandis que le petit l’observait à son tour, surpris d’être seul avec lui. Il se mit à babiller puis à s’agiter, se retournant dans tous les sens.

— Tu vas tomber Tommy, restes calme et manges.

Mais le petit fit la sourde oreille — un trait de famille sans doute — et descendit de sa chaise.

— Tom ? Tom ! beugla-t-il finalement.

Apparemment, il était plus perdu que réellement en colère, il hésita, se leva et rattrapa l’enfant avant qu’il ne sorte. Le petit hurla comme ce fut le cas le jour de mon arrivée. Mes pieds me démangeaient d’y retourner.

— Livia ! Livia ! cria le petit.

— Elle va revenir bon sang !

Il l’assit un peu de force, l’enfant se mit à sangloter. Allez, je devrais y retourner là... mais fais quelque chose d’intelligent Alex Vassillis ! Parle-lui plus gentiment, c’est un gosse tout de même ! Prends-le dans tes bras, rassure-le mieux que ça ! Je sais pas moi.

Mais non, ce lourdaud restait là à monter en mayonnaise et laisser Tommy dans cet état. C’est un gamin ! Il ne va pas t’exploser à la figure si tu réagis ! Oh et puis zut ! Il était désespérant.

Je revins au plus vite et tombai nez à nez avec lui en entrant. Il avait les pectoraux solides, mais les miens, plus rebondis, amortirent le choc lorsque je me retrouvai collée à plat contre lui. Ce moment était à porter au nombre des plus gênants depuis que j’avais été engagée. Intimidée, je levai les yeux vers lui. Mince, j’avais beau le voir sous ses mauvais jours, son charme agissait encore sur moi. Je devais avoir l’air complètement idiote sur le coup. Heureusement, cela ne dura qu’une seconde. Une très longue seconde.

— Je suis là ! Je suis là ! répétais-je afin de couper court, me dégageant. Je vous laisse une minute et c’est le cirque.

Je pris le petit contre moi et sortit un mouchoir afin de lui moucher le nez. J’avais de gros remords de leur avoir joué ce tour, mais je voulais le voir à l’œuvre. Je ne recommencerai plus.

— On va manger ?

— Je n’ai plus faim, fit le père qui comme à son habitude me laissa seule avec lui. Quand vous aurez terminé, venez me voir sous le chapiteau, on doit commencer les répétitions.

Ah mince… celles avec le Grand Vassilis ? Je n’étais plus si sûre d’y survivre.