Vassilis Chapitre 9


Publié le Lundi 19 Juin 2017

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Non seulement cette caravane était très petite, mais l’on y dormait très mal. Le matelas en mousse s’avérait être trop fin pour être confortable et le sommier plutôt raide. Excepté là où il manquait une latte, juste au niveau des reins. Excellent pour se lever courbaturée. Cette fois, je commençais à regretter d’avoir accepté ce job et  m’endormis très tard, épuisée et en proie à des rêves absurdes. À mi-chemin entre la journée passée et l’univers d’Alice au pays des merveilles.

Tommy était immense, assis par terre et jouant avec mes clés.

— Je vais trouver ton papa, lui annonçais-je confiante.

Je ne savais pas vraiment pourquoi d’ailleurs. Cela semblait juste être capital. Soudain l’enfant se mit à pleurer, une véritable averse de larmes desquelles il devenait urgent que je m’éloigne. Il fit ensuite tomber mes clés à quelques mètres de moi, mon ourson accroché avec lequel il s’amusait faisait ma taille. Je préférai m’éloigner avant qu’il ne lui vienne l’idée de nous confondre.

Plus loin, je croisai les poneys de Daisy. Cool ! Ils allaient peut-être m‘aider ! Ils fumaient la pipe et parlaient boulot debout sur leurs pattes arrière. Je crois que c’est la que j’ai réalisé que quelque chose ne tournait pas rond. Au-dessus de ma tête, Chris traversait le ciel, debout sur un fil.

— Je suis navré de te l’apprendre, mais nous sommes en plein rêve Olivia ! Tout le monde sait que les poneys détestent fumer non ? me lança-t-il sans s’arrêter.

Non pas tout le monde, pas eux en tout cas.

Je continuai ma route, marchant sur la pointe des pieds afin de ne réveiller personne, je ne savais plus trop pourquoi lorsqu’une fumée noire m’enveloppa. Je me retrouvai comme par magie — et c’était le cas de le dire — dans les bras d’Alex. Lui même debout sur une table en lévitation. Étrangement, je me sentais comme enfin arrivée à bon port et en sécurité, mais il fut égal à lui même.

— C’est vous qui avez touché à mes affaires ? me demanda-t-il.

— Heu non.

— Si vous touchez à mes affaires, je vous fais disparaître !

— Vous avez besoin de moi, vous ne le ferez pas ! Qui va s’occuper de Tommy sinon ? Et du ménage ? Et de vous !

— C’est exact. J’ai besoin de vous.

Je m’éveillai en sursaut au moment où il m’embrassa fougueusement.

C’était quoi ce délire !

Il était hors de question que je m’amourache de ce type !

Aimable comme une porte de prison et père indigne.

Je me relevai et fis quelques pas dans la caravane avant de me fixer devant l’un des hublots avec l’angoisse que quelque chose ou quelqu’un n’arrive. C’était un réflexe que je garderai sans doute encore un moment. Et cette fichue porte qui ne fermait même pas ! Je devais me faire une raison, me ressaisir. C’était terminé. Demain, nous quitterions la ville, puis la suivante dans quelques jours. Et je m’éloignerai définitivement de lui, sans laisser de traces ni d’adresse. Il ne me retrouvera pas.

Tout était éteint excepté les réverbères de la place, tout le monde dormait forcément. Sauf moi. Je devais aller me recoucher, une rude journée m’attendait demain. J’en profiterai pour appeler John, les choses étaient allées si vite que je n’avais pas eu le temps de l’avertir.

Il allait faire la gueule.

Puis comprendrait comme toujours.

Je retournai dans mon lit inconfortable, espérant ne plus rêver d’Alex Vassilis.

Si au moins, il était plus sympa…

***

— Hey ! Debout ! Debout !

Je me tournai, tirant la couette par-dessus la tête. Encore cinq minutes, j’ai passé une nuit épouvantable, juste cinq minutes. Quelqu’un s’en saisit par l’extrémité et me l’ôta violemment.

— Écoute. Je sais pas qui tu es, mais tu es chez moi et j’aimerais bien récupérer ma caravane !

— Hein ?

Je me redressai, frottant mes yeux et aperçus une drôle de nymphette aux cheveux roses hirsutes.

— Votre caravane ? C’est Monsieur Vassilis qui m’a dit de m’installer ici !

— Vous êtes sa nouvelle partenaire ? se moqua-t-elle. Je vous souhaite bien du courage. Mais là, ça presse, cette caravane est à moi et je dois la récupérer. J’ai trouvé un type qui me l’achète, j’ai besoin de fric.

Bon sang, elle m’avait fichu la frousse ! Un instant j’avais cru que… mais non, c’était juste une lève-tôt complètement folle. Je ne savais même pas si je devais la croire.

— Ok ! Ok ! Mais vous permettez que je passe quelque chose ?

Et que je récupère mes affaires ! Qu’est-ce que c’était que cette histoire ? Quelle heure était-il ? J’enfilai mon jeans sous mon long t-shirt faisant office de chemise de nuit et rassemblai le reste. Entassant rapidement le tout dans ma valise. Je remarquai qu’il était à peine six heures.

Drôlement matinale la demoiselle.

Elle tenta de nouveau de me presser, mais je devais récupérer tout ce que j’avais laissé dans la mini salle d’eau. Finalement, je tirai mon bagage dehors, ma panoplie de savon, shampoing, dentifrice, brosse dans les bras et me retrouvant à la rue.

Cette histoire était bizarre tout de même, j’allais frapper à la porte du boss, pour le cas où il y aurait une embrouille. Il apparut sauvagement décoiffé et torse nu, seule la moitié des boutons de son jeans étaient fermés dans son empressement à m'ouvrir.  Le genre de chose sur laquelle il ne fallait surtout pas que je m’attarde après le rêve de cette nuit.

Il grogna en guise de bonjour.

N’ayant pas le temps de me confondre en politesse et explications, je lui indiquai ce qui se passait du doigt.

— Il y a comme un léger souci.

— Bordel !

Il se précipita dehors, apparemment il y avait bien une embrouille.

— Lola ! Qu’est-ce que tu fiches ?

— Je récupère ce qui est à moi Alex. Tu as peut-être récupéré la majeure partie du cirque de mon père, mais cette caravane est à moi !

Il soupira, passant une main dans ses cheveux.  Je les rejoignis pour mieux entendre.

— C’est vrai ? demandais-je.

— Ouais, fit-il vers moi avant de poursuivre vers cette Lola. Tu es partie sans rien dire, je te signale.

— Comme si tu ne te doutais pas !

— Très bien alors si tu es décidée, va-t’en. Prend tes affaires, prend tout ton bordel et bon vent !

— Où vais-je loger si elle s‘en va ?

— On verra.

Et il me planta sur place.

Mais il se fichait de moi ? J’étais dehors et lui s’en lavait les mains ?

— Lola ! Mais t’es folle ? accouru Chris ainsi que quelques autres, alertés par les cris.

Je les laissai à leurs retrouvailles ou, plutôt à leurs au revoir. J’étais débraillée, mourrais d’envie de dormir vu le peu dont j’avais été capable et pour couronner le tout, mon jeans me glissa le long des cuisses atterrissant à mi-mollet, profitant de mes mains prises. J’avais l’air d’une idiote totale. Je lâchai ma valise, le remontai hargneusement, récupérai la poignée de mon bagage et suivit mon patron. Il n’allait tout de même pas me laisser dehors !

— Désolée d’insister, mais je peux m’installer où ?

— J’en sais rien… voyez avec...

Chris se pointa derrière moi. Il avait l’air en pétard.

— Et tu la laisses partir ? Comme ça ? Alex !

— C’est son choix non ? Tu veux que je fasse quoi ? L’attacher ?

Ils continuèrent à s’engueuler. S’envoyant l’un l’autre que l’un devait la retenir et au moins discuter, l’autre refusant. Finalement, je passai entre eux avec mes affaires, attrapai in extremis mon jeans qui se faisait de nouveau la malle et me glissai dans le mobilhome pour m’installer dans le divan. J’avais vraiment besoin de dormir encore un peu.