Vassilis Chapitre 8


Publié le Lundi 19 Juin 2017

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Le spectacle dura près de deux heures, j’étais encore sous le charme. Tant des numéros présentés que d’un certain illusionniste. Monica, ma voisine de chaise ne m’avait plus adressé la parole suite au numéro. Elle qui espérait tant l’approcher… mais avec le recul, c’était logique qu’il me choisisse. Il n’y avait pas de quoi se vanter d’avoir été préférée, c’était mon job après tout.

Nanny m’avait assuré ensuite qu’elle garderait Tommy pour ce soir encore afin que je m’installe à mon aise. Dès le spectacle terminé, ce fut l’effervescence, la troupe partant dès demain matin devait démonter le chapiteau ainsi que les tentes annexes et tout ranger avant cette nuit.

Je dînai avec la vieille dame et le petit, Chris faisant un passage éclair m’assurant que j’avais été très bien, avant de rejoindre ma mini roulotte. Ce devait être la plus petite du campement et j’avais beaucoup de mal à m’y faire. J’y avais à peine la place pour tourner sur moi-même, valise en main à l’intérieur.  

À ma gauche en entrant, la banquette en U et sa table au centre délimitaient le coin dinatoire, mais également mon lit. Je devais juste le monter et démonter chaque jour. À ma droite une kitchette. Des placards partout, mais juste de quoi se glisser entre. Au fond, une mini douche avec toilettes. Ou plus exactement des toilettes dans la douche. Je n’avais pas encore osé demander comment cela fonctionnait et si je devais sortir mon petit seau chaque jour à l’égout. C’était ma première caravane, mon père n’avait jamais été très camping. Du moins pas avec nous. Il était militaire de carrière. Du moins jusqu’à ce qu’il soit renvoyé à la vie civile. Il a donc dû survivre dans des conditions plus extrêmes. Même comparé à John, lorsqu’il avait quitté la maison, se retrouvant sans toit du jour au lendemain, je n’étais pas tombé si mal après tout.

Et s’il y était arrivé, alors moi aussi !

Le souci se présenta au moment du coucher, je ne parvins pas à placer le plateau de la table. Il devait être mis au niveau de la banquette, mais rien ne l’y maintenait, il glissait jusqu’au sol. Après un long moment d’essais infructueux, je devais me résigner à demander de l’aide.
Heureusement que je ne m’étais pas déjà mise en tenue de nuit !

Je sortis flâner du côté du chapiteau, ou du moins ce qu’il en restait. Les bâches ainsi que la toile avaient été enlevées, ne restait plus que le squelette. Tout le matériel ainsi que les coulisses elles-mêmes étaient certainement déjà dans les camions. Au loin je remarquai Chris, il était tout en haut du mât central, debout sur une plate forme soutenue par un engin de chantier. Impossible de lui demander de l’aide. Un peu en retrait, au coin d’une caravane, je reconnus Alex. J’inspirai afin de me donner le courage de l’affronter de nouveau. Bien qu’il soit redevenu lui-même, la vision de tout à l’heure dans son costume hors du temps m’avait laissé des séquelles. Je devais absolument effacer ça. Et puis après tout, s’il n’était pas occupé à démonter, il pouvait m’aider non ?

— Pardon de vous déranger, mais…

Mais je tombais mal. Monica était avec lui. Ils étaient en pleine discussion.

— Désolée, j’ai… j’ai juste un petit souci. Je n’arrive pas à monter le lit, fis-je innocemment.

La blondinette se renfrogna, me lança un regard typiquement haineux qui me gela sur place.

— Ça va ! Ça va ! J’ai compris va ! Bye !

Elle fila, adoptant une posture hautaine, torse bombé et menton relevé. Une fois de plus je me sentais mal, j’avais sûrement dû fiche en l’air leur soirée baise. Elle qui en rêvait. On m’avait dit un jour que les forains possédaient une vie amoureuse similaire à celle des marins, une fille dans chaque port. Cependant, j’imaginais mal Alex s’envoyer en l’air entre deux tournées.

— Merci ! souffla-t-il aussi aimable que d’habitude.

— Je ne voulais pas... vous voulez que je la rattrape, que je lui explique ?

— Pardon ? s’étonna-t-il. Non, vraiment. Merci ! Cette pot de colle ! Ça fait trois fois qu’elle… Bref ! C’est quoi votre problème encore ?

Encore ? C’était la première fois que je me plaignais de la journée ! Enfin excepté pour la mini caravane. Mais je n’avais pas insisté !

— Mon lit. J’ai peur de casser quelque chose ou que ce soit déjà fait.

Il me fit mine d’avancer et je le précédai, me retournant de temps à autre, mal a l’aise qu’il demeure derrière plutôt que de faire quelques foulées de plus et me rattraper.

— C’est là, fis-je en indiquant la table récalcitrante alors que cela sautait aux yeux.

Il arqua un sourcil et se pencha, ouvrit le box situé sous l’une des banquettes et en sorti un sommier à lattes en kit. Il me fourra l’une des pièces dans les mains, me souhaita sèchement bonne nuit et repartit sans rien ajouter de plus.

Apparemment, je n’avais pas songé qu’il me fallait d’autres pièces pour l’assembler.

J’avais l’air d’une gourde.