Vassilis Chapitre 7


Publié le Samedi 17 Juin 2017

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Ce costume sombre agrémenté d’une longue cape à la doublure rouge lui allait à merveille. Il avait maquillé ses yeux, juste de quoi approfondir un regard pourtant déjà troublant. Je comprenais mieux pourquoi Monica en était mordue. Les mains moites, le cœur battant, je tombai immédiatement sous le charme malgré moi.

Il fit virevolter des cartes, des foulards et des balles sorties de nulle part, les faisant disparaître aussi vite. J’avais du mal à le suivre. Et à y croire.

Il était absolument fascinant.

La musique cessa tout à coup, laissant place à une autre rappelant la bande-son d’une série à suspens alors qu’il s‘adressa au public. Et lorsque le Grand Vassilis parle, on l’écoute. On arrête même de respirer. Ce que je fis sans m’en rendre compte.

— Pour le tour suivant, j’ai besoin d’une assistante.

Ma voisine de chaise sursauta subitement et leva la main tandis qu’il parcourait la foule du regard. Combien de femmes et de jeunes filles tombaient-elles comme des mouches chaque soir ? Et combien se doutaient qu’il fut si peu sociable en dehors de la scène ?

Enfin il stoppa face à nous et la blondinette se trémoussa de plus belle alors que je me fis la plus petite possible sur ma chaise.

— Moi ! Moi s’il vous plaît Grand Vassilis ! Moi !

Je ne savais pas pourquoi, mais subitement, je le sentais mal. Impression confirmée puisqu’il tendit le doigt dans ma direction. Son geste était sans équivoque et me rappelait ce type sur les affiches « I want you ». J’esquissai un « non » de la tête, mais il ne démordait pas. Ses yeux me fixèrent, pénétrèrent mon enveloppe charnelle, sondant mon âme. Lui qui, jusque là, tournait les talons si prestement, évitant de trop s’attarder et ne s’était adressé à moi que le minimum vital et sans vraiment me regarder, cela me troubla.  

— Pourquoi pas elle, balbutiai-je tout en indiquant ma voisine.

Il insista, au grand désespoir de celle-ci, et me tendit la main cette fois. J’étais censée être son assistante, je devais y aller.

Jouant le jeu, j’imitai son geste. Il me tira de manière ferme. En trois pas, je me retrouvai sur la piste avec lui. Jouant son personnage de mystérieux gentilhomme jusqu’au bout, il porta mes doigts à sa bouche, les effleurant du bout des lèvres. Ses yeux dans les miens. Frissons.

Derrière moi, sa groupie semblait s’être calmée. Vu sa tête, bras et jambes croisés, elle devait également me haïr un petit peu. Son attitude hostile, mais également la foule attentive à mes moindres mouvements m’intimida instantanément. Et que dire du Grand Vassilis lui-même ? S’il ne m’avait pas réellement fait peur et tant qu’homme, le magicien me clouait littéralement sur place. Il s’en aperçut, pressant ma main plus fermement dans la sienne.

— Des applaudissements pour encourager ma nouvelle assistante ! s’exclama-t-il tout en levant mon bras.

— Que dois-je faire ? murmurai-je.

Il m’indiqua puis m’emmena vers une table toute simple habillée d’un voile. Ouf ! Au moins, il ne comptait me faire le coup de la femme coupée en deux ! Étrangement, cela ne me tentait plus du tout maintenant que j’y étais.

— Allongez-vous.

— Qu’est-ce que vous allez me faire ?

Je commençais à avoir chaud sous ces projecteurs, et me forçais à faire abstraction des cinq cents paires d’yeux qui nous regardaient. Le pire de tous étant celui à côté de moi. S’il ne cessait pas de me fixer ainsi j’allais m’évanouir. Je ne savais pas pourquoi, mais j’allais le faire. Avec tout ça, Vassilis devait s’impatienter, car il glissa une main dans mon dos, l’autre dans le creux des genoux et je me retrouvai dans ses bras, à la façon d’une mariée. Vu sous cet angle et d’aussi près, il était effectivement terriblement craquant. Et drôlement plus musclé que je ne l’aurais cru ! Ses pectoraux étaient fermes et discrets, une main posée par réflexe sur son torse m’en assurant.  Il me fixa de nouveau avant de me poser délicatement sur cette table.

— Ne bougez pas !

— Bien, fis-je toujours au bord de la syncope.

L’éclairage se mit à tournoyer tandis que la musique changea de nouveau. Il gravita autour de moi et assura au public que d’ici peu, je léviterai. Je n’en croyais pas un mot ! Comment pourrais-je faire une chose pareille ? Il ne m’avait rien expliqué !

Je le suivais des yeux sans oser bouger le moindre orteil. La même fumée que tout à l’heure en bien moins dense m’entoura, créant une atmosphère de mystère. Je ne voyais pratiquement plus le public qui s’était fait silencieux entre temps. Monsieur Vassilis se planta à côté de moi, leur tournant le dos, les bras tendus vers le bas. Lentement, il les leva et… je ne pouvais y croire ! Je lévitais réellement !

La plaque sur laquelle j’étais allongée vibra, mais s’éleva bel et bien ! Comment faisait-il ça ? Il devait forcément avoir un truc. Il y avait toujours un truc.

Le prodige ne dura que quelques secondes. Je devais être à deux mètres du sol à fixer le haut du chapiteau. Un cerceau me passa devant les yeux alors qu’il prouvait à tous qu’il n’y avait pas d’astuce. Sincèrement, j’aimerais savoir comment il faisait ça ! Il se replaça ensuite, faisant mine de me faire redescendre par le pouvoir de sa pensée. J’eus à peine le temps de me redresser que de nouveau, je fus contre lui et ramené devant mon siège. Après ça, ils pouvaient bien faire venir Godzilla en personne, sauter à travers un cerceau enflammé, je restai ébahie pour le reste de la soirée.