Vassilis Chapitre 4


Publié le Jeudi 15 Juin 2017

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— Je peux savoir ce... que vous faites ?

Le retour du maître des lieux. Ses mots se perdirent alors qu’il contemplait l’effet de la mini tornade Olivia sur son séjour. Tommy était à table. Je lui avais trouvé deux petites voitures avec lesquelles il faisait la course, se servant de ses couverts en plastique comme obstacles. Il ne leva pas même la tête lorsque son père entra. Par contre, je pouvais le jurer, cela provoqua le premier accident depuis qu’il avait commencé à jouer.

— Je fais la cuisine ! répondis-je tout naturellement.

— Vous savez que vous êtes chez moi ? Vous avez touché à mes affaires ?

— De rien, monsieur Vassilis, c’était avec plaisir. Vous savez que vous m’avez laissée en plan avec Tommy sur les bras ? Non, rassurez-vous, je n’ai pas touché au b.o.r. d.e.l. de votre chambre.

Il n’émit pas le moindre remerciement pour le nettoyage et le baby-sitting, je m’en doutais un peu à vrai dire. À la place, il s’installa face au petit bonhomme pile au moment où j’allais servir. Au fond, il tombait bien.

— Je me suis permis d’en faire pour moi aussi, je ne suis pas encore installée. Cela ne vous ennuie pas ? demandais-je plus timidement pour ce léger abus.

— Non, vous avez bien fait.

— Vous voulez le faire manger ?

— Pas la peine, souffla-t-il. Il ne voudra pas avec moi.

— Comment ça se fait ?

Il gratta sa barbe, celle qu’il tentait de tailler ce matin avec une précision chirurgicale. Celle-ci était courte et lui mangeait tout le bas de son visage. Une moustache venait compléter l’œuvre. Cela lui donnait un genre un peu mystérieux, séduisant même. J’imaginais qu’en homme de spectacle, c’était indispensable.

— Je crois qu’il me déteste.

— Je crois que vous devriez passer plus de temps avec lui.

— Je n’ai pas ce temps.

On a toujours le temps. Surtout lorsque l’on est entouré comme il l’est. Peu à peu, je commençais un peu à comprendre, mettant bout à bout tout ce que j’avais pu apprendre depuis ce matin. Je déposai une assiette purée, petits pois, jambon devant lui puis celle de Tom et la mienne.

— Vous devriez acheter des pommes de terre, ce serait meilleur que la purée en sachet.

— Vous n’aurez qu’à l’ajouter à la liste des courses.

Il se fit ironique pour le coup et j’ignorais de quelle liste il s‘agissait. Cela faisait une chose de plus dont je devrais m’informer et préférais le faire auprès de Chris. Lui au moins, était plus ouvert.

— C’est réellement pour le garder que vous m’avez embauchée ?

— À la base non. Nanny s’en occupait. Parfois Daisy.

— Mais plus personne ne veut, achevais-je tout en découpant la tranche dans la petite assiette.

Tommy se saisit de sa fourchette, mais ne toucha pas à son repas. Pourtant, il devait avoir aussi faim que moi. Je l’incitai donc à manger.

— Je veux bien m’occuper de lui. Je veux bien faire votre ménage aussi. À condition que vous fassiez un effort tout de même. Si j’ai bien compris, je suis là pour vous soulager un peu.

— Bien.

— Mais ! le coupais-je aussitôt. Je ne m’occupe pas des animaux ou de bricolage. Je suis nulle en bricolage. Ni des autres ménages. Et je voudrais une caravane plus grande.

— La vôtre ne vous convient pas ?

— Elle est très petite.

— Je suis navré, mais nous n’avons rien d’autre de libre. Ou alors, il vous faudra cohabiter avec quelqu’un, ce qui reviendrait au même.

Je soupirai. Tentative échouée, au moins j’aurais essayé.

— Que devrais-je faire d’autre pour vous ?

— Ici, tout le monde endosse plusieurs fonctions. Vous assisterez le spectacle de magie. Mais ça, nous verrons plus tard. C’est notre dernière soirée dans cette ville. Demain matin, nous démontons tout et devons faire une cinquantaine de kilomètres. Je vous expliquerai à ce moment-là. Plus tard peut-être, vous pourrez vous occuper un peu de la paperasse.

Il picora distraitement dans son assiette, laissant la moitié avant de se lever. D’avoir peu d’appétit devait être un trait de famille. Tommy termina de manger, j’en fis autant avant de nettoyer tout ça et de l’emmener avec moi afin de faire le tour du campement. Dès que je croisai un visage perplexe de me voir avec lui, j’allai me présenter.

— Bonjour ! Olivia. Je suis la nouvelle assistante d’Alex.

Les visages se détendaient alors rapidement, mais j’eus droit à plus d’un « bonne chance » ou « bon courage avec lui » en retour.