Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 39 - Nicolas


Nous étions prêts à les recevoir, arme au poing, concentrés sur les rues alentour, scrutant le moindre bruit de moteur ou de pneus. Ils arrivèrent comme prévu à minuit et quelques minutes. Sans se presser. Un crachotement dans notre système de communication avertit l’ensemble des troupes qu’ils étaient là.

Les meilleurs tireurs chargés de mettre hors d’état de nuire les premiers qui s’approcheraient étaient avec moi sur le toit. La première cible devait être de préférence Anton lui-même, histoire de démoraliser immédiatement ses hommes. Ce que nous n’avions pas tout à fait prévu étant qu’ils seraient accompagnés d’un tank. Où avaient-ils pu dégoter un engin pareil ? À moins d’en avoir reçu quelques-uns lors du renforcement de la coopération franco-malakavienne en 2015.

— Mon Général ? Il possède un tank de type Leclerc avec tourelle, un standard F1. Attendons vos instructions.

— Nous n’avons pas grand-chose en matériel antichar, juste un lance-roquette, mais avec seulement trois munitions.

— Ils ne doivent pas être au courant que vous disposez de cela n’est-ce pas ? Profitons de la surprise pour les accueillir comme il se doit.

Deux des hommes du roi Karl se mirent en place avec l’engin. J’étais stupéfait, c’était une antiquité !

— Ça fait combien de temps que vous avez utilisé ce truc ?

Chto vy skazhete ? fit-il, interrogateur.

— Non rien.

Tous ici n’étaient pas bilingues, cela allait être drôle au moment de donner des ordres. Ils armèrent et me signalèrent qu’ils étaient prêts quelques instants plus tard. Le Leclerc était face à nous à environ trois cents mètres et légèrement décalé sur la droite, je croisai les doigts. Les autres véhicules le suivaient. Il nous fallait attendre qu’ils s’approchent. Si avec des modèles récents, la distance était jouable, ce papy lance-roquette ne devait pas avoir de portée plus longue que 250 mètres. Et encore ! Sur cible fixe. Tout se jouait à vue de nez.

— Feu ! fis-je sans hurler afin de ne pas nous trahir.

Le missile siffla, embaumant l’air d’une odeur de fumée âcre. Je le suivais des yeux, il alla terminer sa course au pied d’un immeuble situé bien avant leur position. Manqué ! Les troupes stoppèrent net, les véhicules à l’arrière reculant avant d’emprunter des rues adjacentes, notre effet de surprise tombait à l’eau.

Mais il nous restait encore deux munitions, j’utilisai notre système de communication

— Notre premier essai est un échec mon général. Environ un tiers du convoi a quitté notre champ de vision. Ils tentent sans doute une approche sur deux fronts. Voir plus.

— Ordonnez une nouvelle salve et rejoignez-nous lieutenant.

— Entendu. Buddy ! fis-je ensuite vers mon ami. Reste ici, il faut que l’on stoppe ce char coûte que coûte, supervise les tirs. Ne restez pas en hauteur si jamais ils se préparent à tirer.

Il me salua et alla se positionner auprès des deux artilleurs alors que je rejoignais mes supérieurs en bas. Le prince Edward IV était également présent. Il tenait debout au moyen de béquilles et ses blessures devaient avoir été sérieuses vu sa mine encore pâle.

— Pas de risques inutiles Votre Majesté, restez à l’arrière.

— Justement lieutenant, je pense qu’ils arrivent par ce côté également.

Comme je le craignais, nous allions être pris en sandwich. Le blessé fut conduit à l’abri dans un bureau sans issues tandis que je cherchais son père ainsi que le roi de ce pays. Au-dehors, les troupes s’étaient mises en place. Idem de notre côté. Anton distilla ses conditions dans sa langue avant d’ordonner les premiers tirs. Je me mis à couvert derrière une large pilasse de béton. Les vitres volèrent en éclats, l’une des portes fut mouchetée des impacts de balles. Certaines étant parvenues à la percer par endroit, laissant la lueur du spot aveuglant déployé par nos ennemis dessiner de fins traits de lumière à travers la salle. Un homme tentant de la traverser tomba subitement à quelques pas de moi. Espérant une accalmie, je me précipitai vers lui et le tirai à l’abri. Sans trop le ménager, je dois dire.

— Mon général. Ils attaqueront par l’arrière également. Nous devons déployer des hommes de ce côté. Pourriez-vous demander à Sa Majesté Karl s’il existe une issue menant vers l’extérieur, des égouts par exemple.

La réponse se fit entendre quelques instants plus tard. Immédiatement couverte par une seconde salve, plus courte que la première. Anton beuglant de nouveau je ne sais quoi.

— Je disais lieutenant… oui. Évidemment, il y a des égouts, mais pas accessible depuis l’intérieur. Une grille se trouve dans la cour à l’arrière. Mais que comptez-vous faire ?

— N’oubliez pas ma spécialité mon général.

Discrétion, camouflage, infiltration. Bien que cela ne m‘avait pas beaucoup servi lors de nos missions diplomatiques.

— Je n’oublie pas, mais vous ne pourrez pas aller bien loin si nous sommes cernés.

— Je sais, mais ferai de mon mieux comme toujours. À tout à l’heure mon général. Oh… heu… et si jamais… Chloé est vraiment une chic fille, elle vous apprécie beaucoup et… enfin, faites tout pour la ramener à la maison quoi qu'il arrive.  Ne la laissez pas aux mains de ces malades.

— Entendu, me fit-il simplement.

Nos troupes se déployèrent des deux côtés de la bâtisse tandis que je me glissai à l’extérieur et me dissimulai dans un coin d’ombre. Une nouvelle salve, mais depuis l’intérieur cette fois fit rage. Couvrant ma présence.

À moi de jouer à présent.