Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 36 - Nicolas


J’insistai pour que Chloé nous accompagne. La laisser ici aux mains d’Anton ou de son fils, sans savoir lequel des deux était le pire pour elle, ne m’inspirait rien de bon. S’ils se rendaient compte de son implication, princesse de sang royal ou non, cela pouvait très mal finir. Le roi Karl refusa de nouveau, ses hommes déguisés en employés lui révélant qu’une attaque devait avoir lieu cette nuit dans le nord de la ville. Quelque chose me disait que d’ici à l’aube, certaines choses allaient se jouer.

— Princesse, regagnez votre chambre le plus vite possible. Avant que Anton ne s’aperçoive de notre disparition et surtout quoiqu’il arrive, ne la quittez pas.

— Mais je veux venir avec vous !

Ses grands yeux cherchaient mon approbation et l’envie de l’emmener s’estompa. Je devais la protéger, mais le palais était plus sûr que n’importe quel autre bâtiment dehors alors qu’un nouveau conflit grondait dans les rues, et je ne pouvais pas rester ici.  Il avait raison.

— Non, m’inclinai-je. Si nous sommes repris, ils peuvent tirer à vue. Sans compter cet assaut prévu, je ne veux pas que tu sois blessée. Ne retourne pas à cette soirée, reste à l’abri. Je tiens trop à toi pour prendre le risque, lui chuchotais-je à la fois sincère et espérant la rassurer.

Je l’abandonnai à contrecœur d’un long baiser avec ce même malaise que le jour où son père m’avait fait faux bond. Puis rejoignis au pas de course la troupe qui avait déjà pris le large. Désormais, je misais sur ces fiançailles à la noix pour que nul mal ne lui soit fait. J’espérais, bien que cela me coûtait de l’avouer, que ce Viktor tienne suffisamment à elle pour la défendre au besoin. Bon sang, j’étais en train de la confier à ce parvenu !

Un passage dissimulé dans une partie obscure des caves nous mena à l’arrière des jardins. Grâce à l’attaque programmée ainsi que la réception, il n’y avait personne dans cette partie du parc. Juste une caméra de surveillance perchée dans un arbre. Je contournai la zone balayée, profitant des angles morts. Puis grimpai le long du tronc pour atteindre la branche sur laquelle était fixée l’appareil et la débrancher. Cela avait du bon d’avoir été un gamin un peu turbulent et fuguant régulièrement dans les bois voisins. Ensuite, nous n’avions que peu de temps avant de déguerpir pour de bon. Le temps qu’ils s’aperçoivent de la panne et envoient quelqu’un, nous atteignîmes le mur d’enceinte.

L’on nous y attendait, mais il s‘agissait d’alliés.

En route, assis juste derrière le roi, je consultai ma montre, il était presque vingt-deux heures. Le temps pressait, il en fallut une de plus pour rejoindre le quartier désigné comme étant celui où se cachaient ses hommes. Je craignais qu’il ne s’agisse de fausses informations. Quoi de mieux de que nous mener dans un piège pour nous éliminer avec la très bonne raison que nous nous étions concrètement alliés à lui ?

Une camionnette banalisée aux vitres teintées se mit à nous suivre sur près de deux cents mètres avant qu’une seconde ne nous barre la route, faisant crisser ses pneus. La rue était calme, comme si tous avaient déserté les lieux. On n’entendait qu’un chien aboyer au loin. Nous ne possédions que deux ou trois armes prises sur les gardes rien de plus alors que les véhicules déchargèrent une bonne quinzaine d’hommes. Ils nous cernèrent rapidement de tous côtés. Pourtant, le roi ne se dégonfla pas, il sortit calmement et leva les mains, je l’imitai.

— Lieutenant Pike ? fit une voix que je reconnus comme venant d’entre les morts.

Je me retournai et soufflai de soulagement tout en baissant les bras devant ce même regard gris bleu que sa fille lorsque je devais lui annoncer des énormités.

— Votre Majesté ! Heureux de vous revoir enfin.

La tension retomba subitement, et nous fumes escortés jusqu’à une usine désaffectée où l’un des bureaux avait été transformés en quartier général d’urgence. L’immeuble ayant été choisi pour son intérieur spacieux, car il permettait d’y aller et venir sans être vu de l’intérieur tout en offrant un poste de surveillance sur le quartier depuis les toits. Dès que la nouvelle de l’assaut tomba, ce fut l’effervescence. L’un des gradés parlant peu notre langue nous fit distribuer des armes ainsi que des munitions, un autre des gilets pare-balles ou des plastrons de kevlar. J’allais enfin utiliser une bonne vieille AK-47. Lors de ma formation, j’avais pu en manier une, mais sinon nous n’utilisions que des armes françaises.

— Depuis deux mois, diverses petites actions nous permettent de récupérer du matériel militaire, médical ou de communication ici et là. Nous ne sommes pas encore tout à fait prêts, mais vus les évènements, il va falloir faire avec, m’informa Edward III.

— Mais comment diable vous êtes-vous retrouvé là ? Que s’est-il passé suite au crash ?

— Le pilote était heureusement très doué, il a pu se poser en catastrophe dans un champ en dehors de la ville. Hélas certains membres de l’équipage n’ont pas survécu au choc. Nous avons été tirés de la carlingue par une famille de cultivateurs avant que tout n’explose. Ils nous ont déguisés puis cachés un moment. Mon fils ayant été gravement blessé, nous n’avons pu rien faire durant un long moment. Ensuite, nous avons tenté de vous joindre sans être certains que la communication passerait. Le peuple connaissait cet endroit, nous avons fini par y échouer lorsque l’appel fut capté et que les troupes d’Anton ont débarqué.

— Et comment va le prince ?

— Il se déplace encore difficilement, mais cela pourrait être pire. A notre retour, il devra sans doute subir une opération à la jambe.

— Je suis désolé pour cet accident, mais vous ne m’avez pas vraiment laissé le choix.

— Je ne pouvais vous mettre dans la confidence lieutenant, votre assignation à notre sécurité ne mentionnait pas ce voyage éclair en France. C’est moi qui suis désolé. Je suis par contre étonné de vous revoir, je craignais qu’ils aient scellé votre sort devant le tribunal militaire à cause de cela.

— Remercions ce cher grand-père Chris, bien que ce fut pour des raisons pas très honnêtes qu’il a fait reculer  la date du procès.

— Qu’est-ce que ce vieux gâteux a encore inventé ?

— Il voulait épouser votre fille Majesté, m’a demandé de la compromettre afin qu’elle soit écartée et hériter seul de la couronne. Mais je n’ai pas suivi son plan, il doit être fou de joie à l’heure actuelle.

— Ma fille ?  Je m’occuperai de son humeur à mon retour, soyez rassuré.

— Il n’y a pas que cela, il est proche d’Anton. Je ne sais à quel point, mais je peux supposer qu’il souhaite la mort de quelqu’un ici, peut-être la vôtre.

— Que voulez-vous dire ?

— Que les tirs que votre avion a subis furent ordonnés en connaissance de cause. Vous disparaissez ainsi que l’héritier, la princesse se retrouvant ensuite sur le carreau et ne souhaitant pas participer ses intrigues ancestrales, ne restait que lui.

— Alors il tout a intérêt à vous faire disparaître vous aussi.

D’ou le fait qu’il n’ait pas bronché de me voir partir et que je fus arrêté sans sommation dès que l’on me prit à trop fouiner. En fait, je n’étais pas passé loin du peloton d‘exécution. On va devoir causer tous les deux lorsque je serai de retour… grand-père.