Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de la Belle: Chapitre 1


Séraphin.

Une nouvelle missive ce matin, mais aux allures officielles, cachetées d’un sceau de cire. Oh non, pour une fois, il ne s’agissait pas d’une mission plus ou moins discrète, cette fois le sceau appliqué était celui des Monllieu.

Bien que je me doutais de ce qui m’y serait annoncé. Mon frère… ou tout du moins… le fils légitime de l’homme qui m’avait adopté, devait convoler depuis un moment, mais n’en faisant qu’à sa tête repoussait les noces encore et encore. Alors, sans doute que cette fois, il ne put s’y soustraire et qu’il s’agissait d’une simple invitation. Bien que je fus étonné qu’il m’y convie, nos relations n’étant pas des meilleures puisque, malheur de sort, j’étais son aîné et malgré nos sangs différents, j’avais hérité d’une partie des rentes qui auraient pu lui revenir.

Mais au final, il n’en fut rien et cela semblait aussi anodin que cela pouvait être important. En fait, mon père comptait venir ici même à Paris afin de s’entretenir avec moi en personne.

Sans tarder, je donnai des ordres afin que soit préparée la chambre d’amis. Non pas que je comptais l’y installer, cette pièce en ce début d’automne serait bien trop froide et donc inconfortable pour lui. Il serait installé dans ma propre chambre au contraire, mais je me devais d’y déplacer quelques affaires de ce fait. Et de noter une fois de plus de faire faire des travaux d’aménagement dans le courant de l’année prochaine.

Père arriva le soir même et demanda à me parler à la discrétion de mon boudoir. Il avait l’air ennuyé. Même s’il s’agissait d’un travail, il avait pour habitude de prendre les choses avec sérieux, mais sans cette inquiétude. De ce fait, je m’attendais à tout. Surtout au plus désagréable.

– Fils… J’ai tenu à précéder l’arrivée d’une personne que j’envoie ici. Pour ce genre d’affaires, tu comprendras que je ne pouvais que t’en parler de vive voix.

– Je vous écoute. Mais, je vous en prie, asseyez-vous, le voyage a dû être long et éprouvant.

– Oui, il est vrai, mais… je préfère demeurer debout.

De mon côté, je pris place face à lui que de préférer l’aisance du fauteuil de mon bureau, il faisait quelques pas, visiblement nerveux.

– Tu es au courant que ton frère, Raphaël, devait épouser la fille de l’un de mes plus vieux amis, que ces noces étaient arrangées depuis l’enfance et que la chose aurait dû être réglée depuis bien deux années maintenant. Mais que son caractère borné ainsi que quelques autres raisons qui m’échappent l’aura contraint à repousser la date fatidique jusqu’à aujourd’hui.

– Alors il compte donc enfin se passer la corde au cou ? dis-je en souriant, l’air moqueur et l’imaginant lié à une sorte de mégère en jupons. Chose que, secrètement, je lui souhaitais de tout cœur au fond.

– Oui et non. À vrai dire, il a bien arrêté la date de ses noces. Mais me mettant dans un terrible embarras puisqu’il aura pratiquement renvoyé sa fiancée initiale aux quatre murs de son cloître. En fait, il souhaite épouser une demoiselle plus fortunée pour d’obscures raisons financières. Il a des projets m’a-t-il dit. Et me laisse donc ainsi avec une promesse non tenue ainsi qu’un réel dilemme.

Je me levai en hâte, me dirigeant vers les quelques boissons à dispositions sur une tablette et me servis un verre, lui tournant le dos. J’évitais ainsi de lui afficher ma déconvenue subite avant de pouvoir me reprendre et lui adresser un visage plus neutre. J’eus besoin d’un second verre pour y parvenir.

– Père… je n’ose imaginer ce que vous venez m’annoncer à présent, mais voyant votre air grave depuis tout à l’heure, cela ne me fait plus l’ombre d’un doute. Mais avez-vous imaginé les conséquences ? Tant pour elle que pour moi ? Car je me doute que cette personne que vous précédez est bien cette demoiselle n’est-ce pas ?

– Oui. Mademoiselle de Bont. Son père n’est pas fortuné, mais il fut l’un de mes meilleurs amis. Comme tu le sais, nos familles ont toujours été proches. Sans doute te souviens-tu de sa fille, Annabelle ?

– Oui certainement, il me semble qu’à notre dernière rencontre, elle commençait à marcher si je ne m’abuse, fis-je plein de sarcasmes.

– Séraphin…

– Pardon Père. C’était déplacé de ma part. J’en conviens.

Mais je n’étais pas bien loin de la vérité cela dit. Je me souvenais à peine d’un poupon aux joues roses vêtu de dentelles blanches qu’une nounou trop prudente nous empêchait mon frère et moi d’approcher. Mis à part cela, le peu que j’en su était qu’effectivement Raphaël deviendrait un jour son époux. Il en était vert et moi, fort amusé à l’époque. Ce fut d’ailleurs le seul caprice qu’on ne lui eut accordé, celui de refuser ces fiançailles imposées. Malgré cela, il y était parvenu et devait bien s’amuser de ma déconvenue à assumer son rôle désormais. Car c’était bien de cela qu’il s‘agissait, quoi d’autre ? Mon père venait simplement m’annoncer que ce serait à moi d’honorer cette promesse.

Une femme ! Une épouse ! Avec la vie que je menais ou plutôt celle que je devais mener. Mais quelle folie. Oh bien que cela ne m’empêcherait en rien de continuer à folâtrer, qui se souciait vraiment de l’épouse gardée à la maison lorsqu’il s’agissait de jeux libertins. Mais qui sait ce qu’elle en subirait, les rumeurs et les. Je lui souhaitais bien du courage. Surtout que de ce que j’en savais, elle fut rapidement mise en pension, presque au couvent. Et je doutais que l’on y apprenne comment faire face au venin des amantes de son époux entre deux leçons de latin. Sans compter les risques, autres que de lui siffler aux oreilles. Si je tombais, elle tomberait avec moi. Si l’un de mes ennemis avait le moindre doute sur mes activités, elle en serait la première cible.

– Père, avez-vous bien considéré tout le risque que cela incombe ? Mes activités ici à Paris comme vous l’aviez souhaité et comme je fus formé pour cela. Vous doutez vous à quel point la vie ici peut lui être néfaste, dangereuse même ?

– Oui mon fils. Mais il est également question d’honneur. Je ne doute en rien de toi et sais que tu feras au mieux pour la protéger. Fais-la entrer à la cour, rencontrer de ces dames qui auront les meilleures réputations afin qu’elle ne s’ennuie pas. Ou mieux ! Fais-lui rapidement un enfant.

– Père !

Pour peu, je me serais offusqué de cette idée. Engrosser cette pauvre jeune fille au plus vite !

– Oh ta réputation d’aimer les jeunes gens va en prendre un coup certes, mais nul ne douteras que tu auras accompli cela par intérêt ou par pur devoir conjugal.

– Père je défie quiconque de me prendre sur le fait avec l’un de ces jeunes gens comme vous l’entendez. Vous savez très bien comment je procède.

– Cela sera d’autant plus facile pour toi de lui donner un fils. Tu verras comme il est gratifiant de devenir père. Et comme elle sera ravie de pouponner.

J’en restais figé. Voulait-il qu’on en vienne à nous l’enlever un jour si jamais il m’arrivait malheur ? À le revendre à ce genre de type tel Joras le gras ? Mais je le voyais, tout ce qu’il me disait la devait bien lui coûter. Et plus que ce qu’il avançait, ce devait être cette promesse qui devait l’y pousser. Alors soit, je ferais selon sa volonté.

Dès lors je pris mes dispositions. Fit disparaître ce qu’elle ne devrait jamais trouver et informa le personnel de sa venue ainsi que des attitudes à adopter. Gaston plus particulièrement qui fut non seulement le seul à vivre sous ce toit — les autres vivant dans un immeuble à côté —, mais était dans la confidence. Je lui laissais d’ailleurs une lettre, adressée à la demoiselle afin de lui signaler moi-même ce que je souhaitais pour son emménagement. Là-dessus, je fis faire mes bagages et pris de la distance, allant loger dans l’une des chambres du tailleur. Puisque là aussi, l’on me connaissait déjà un peu. Son épouse plus particulièrement, qui fut malgré elle témoin d’une affaire en sa boutique. Elle m’avait prouvé alors qu’elle put garder un secret même si elle me considérait encore tel que ma réputation me précédait.

En fait, je fuyais sa venue purement et simplement. J’aurais pu me contenter de la chambre d’ami, mais ce n’était pas le froid qu’il y régnait qui en était la cause. Je pensais tout au contraire que je préférais que cette relation non souhaitée le demeure, que nous nous y plions certes, mais sans risquer le moindre attachement. Il en serait plus simple ainsi. Pour elle comme pour moi.