Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 28


Le prince Viktor était venu me chercher peu avant l’heure du dîner, me proposant son bras afin de m’y mener. Il avait également devancé Nicolas de peu, celui-ci arrivant face à nous alors que nous étions en route. Il me sembla qu’il prit très mal la chose. Mais malgré son statut de petit ami non officiel, aux yeux de tous, il était uniquement le descendant d’une des plus puissantes familles de Slandavie ainsi que gradé de son armée et garde du corps. Et je ne pouvais me montrer grossière avec mon hôte en évitant ses excès de galanterie.

Il vint s’asseoir avec nous. L’entrée fut servie que la chaise du roi Anton était toujours vide. Le prince jetant par moment un regard nerveux vers elle ou la porte demeurée ouverte.

— Votre père ne nous rejoindra pas ?

— Il a été retenu, fit-il retrouvant un sourire contrarié. Ceci est l’une de nos spécialités, je vous souhaite bon appétit.

J’eus comme l’impression qu’une fois de plus, il changeait de sujet de conversation à son avantage. Je fis mine d’apprécier le repas, du moins un peu exagérément, car il n’y avait rien à redire, puis demandai à ce que l’on félicite le cuisinier. Mais j’avais également une petite mission à accomplir, j’attendis le dessert pour cela.

— Pourrais-je contacter la reine mère après le dîner ?

— Heu... bien entendu, répondit le prince subitement embarrassé. Il n’y aura rien de plus facile.

Nicolas ne s’était pas trop mêlé de la conversation, me laissant faire. Je tâchai donc de me montrer polie, de m’intéresser tout en étant moi-même digne d’intérêt. Le pays possédait beaucoup de bons côtés, mais je ne pouvais m’ôter de la tête que celui qui les vantait avec fierté était tout de même le fils de celui ayant renversé le gouvernement et ce, dans la violence et le sang. Faisait-il lui-même partie des troupes ? Avait-il tué des gens ?

Le repas terminé, le prince Viktor proposa une promenade digestive. Je ne pus m’empêcher de regarder vers Nicolas qui soupira. C’était avec lui que j’espérais passer un tel moment, mais je n’osai m’y soustraire.

L’arrière du palais était surélevé par rapport au sol, ce qui avait permis aux architectes de construire une terrasse sur toute la largeur du bâtiment central. Les pelouses longeant étaient parsemées de massifs fleuris tandis qu’un chemin pavé disparaissait dans une jungle de buissons taillés. C’est vers cet endroit qu’il m’emmena, Nicolas sur nos pas, se devant d’assurer son rôle. Et quelques mètres derrière lui encore, deux gardes. Avant de nous y introduire, le prince se tourna vers eux, revoyant ses hommes.

— Lieutenant, je pense que nous n’aurons plus besoin de vos services pour ce soir.

— J’ai pour mission de m’assurer de la sécurité de la princesse à tout moment.

— Et j’ai pour mission de la divertir et de lui faire passer un agréable séjour. Elle ne risque rien ici et puisque je dois être plus éloquent, je demande à ce que nous ayons un moment d’intimité. Est-ce clair ?

De nouveau, les deux hommes se toisèrent assez froidement, bien plus qu’à l’aéroport. Je sentais Nicolas à deux doigts de refuser.

— Très bien, capitula-t-il froidement. Je vous souhaite une bonne nuit Votre Majesté, me fit-il dans un regard appuyé.

Fichée derrière, je fis quelques signes de la tête ouvrant grand les yeux, le suppliant de ne pas s’éloigner et du me remettre à sourire comme si de rien n’était lorsque Viktor revint vers moi. La diplomatie, dans ce cas, s’apparentait surtout à l’art de jouer les hypocrites.

L’allée menait à une autre bâtisse bien plus petite. Elle ne devait compter à vue de nez que trois ou quatre salles, mais elle bordait un lac ravissant. Mis à part quelques cygnes et canards flottants à demi endormis, il n’y avait que nous.

— C’est vraiment très joli, mais il se fait tard et… je suis navrée d’insister, mais pourrais-je contacter ma grand-mère à présent ? Je lui ai promis de l’appeler dès mon arrivée, mais le temps a passé tellement vite.

— Pas de problème princesse, suivez-moi.

Je pensais que nous allions rebrousser chemin, mais il m’indiqua le pavillon. L’intérieur était étrangement vide, excepté une pièce adjacente donnant sur les eaux claires. Ce devait être le bureau de l’ancien roi.

Viktor décrocha le combiné d’un appareil téléphonique ayant l'apparence d’un modèle des années 90. Je me rendis compte très vite que c’était un leurre, le cadran digital incrusté dans l’appareil étant, quant à lui, bien moderne.

— Ceci est une ligne spéciale que seul le souverain a le droit d’utiliser, n’allez pas le répéter surtout, plaisanta-t-il. Il permet de téléphoner en dehors du pays.

Il tapa un code en six chiffres que je tentai de retenir, c’était une date suivie d’un code, celle du jour de l’accident, mais également de la prise de pouvoir : 020716*18.

Je lui souris alors qu’il me tendit le combiné et composai le numéro appris par cœur.

— Allo ? Chloé Abberline Philips à l’appareil, puis-je parler à ma grand-mère, je vous prie.

Alors que l’on me fit patienter, Viktor enclencha le haut-parleur, amplifiant mon angoisse qu’un mot de trop ne soit prononcé.

— Grâce de Slandavie, j’écoute.

— Votre Majesté, bonsoir et navrée de vous donner de mes nouvelles aussi tard. Je voulais simplement vous rassurer. Nous avons été accueillis avec beaucoup de gentillesse et le palais est magnifique. Il… il a fait beau temps aujourd’hui, malgré qu’il y eut grand vent.

Viktor m’observa, surpris.

— Enfin, surtout à l’aéroport, ce devait être les avions, m’enfonçais-je. Tout va bien de votre côté ?

Oups ! Pas très protocolaire comme question, mais mère-grand ne me fit aucune remarque.

— Je suis très heureuse de voir que ton séjour se passe bien. Et je regrette que tu n’aies pu emmener ton chien avec vous.

— Mon chien ? fis-je n’y comprenant rien.

— Oui, Max. Nicolas est-il avec toi ?

— Non, mais il va bien, vous pourrez le confirmer à monsieur le Duc.

— Justement, c’est lui qui a hérité de la garde de Max et il y a un petit souci.

— Très bien, je le lui dirai.

De là à faire passer Max pour un toutou, ce n’était pas très gentil, mais ce devait être un message codé, Nicolas devait certainement joindre Maximilien au plus vite.