Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 26


Nicolas haussa des sourcils, tout aussi étonné que moi d’avoir affaire à un prince, du moins vu les évènements et non dû à son sang. Personne ne nous avait prévenus. Il était plutôt grand, les cheveux noirs mi-longs, des yeux très clairs, un air à la fois décontracté et classe avec sa courte barbe entretenue.

— J’ignorais que Sa Majesté Anton Ier avait un fils, fis-je incertaine.

— Tout comme j’ignorais que l’on allait nous envoyer la plus charmante princesse qui soit au monde, tenta-t-il de me flatter. Mais je vous en prie, rejoignons les véhicules.

Nous suivions leurs directives, le lieutenant rouspétant intérieurement lorsqu’il se vit forcé de rejoindre la première voiture et moi la seconde. Tout le reste des troupes militaires, qu’elles soient autochtones ou slandaviennes nous suivant, entassées dans un minibus.

— Je suis désolé pour cet accident concernant les membres de la famille royale, une perte tragique. Comment se porte la reine mère ?

— Elle se porte bien, je vous remercie, fis-je, embarrassée. À propos de cet accident justement, nous n’avons reçu que très peu d’informations.

— Hélas, l’appareil s’est écrasé suite à une panne moteur certainement. C’est très malheureux. L’avion était en flamme lorsque nos troupes ont tenté de les sauver et nous n’avons rien plus faire.

Une image de corps carbonisés, méconnaissables me donna la chair de poule. Heureusement que j’avais appris qu’il n’en était rien. Mais le prince ne semblait pas en savoir plus que moi.

— Et s’ils étaient encore vivants ? Quelque part.

— Impossible, fit-il coupant court à cet épineux sujet que je ne savais comment aborder. Ce sont bien leurs cendres que nous avons fait rapatrier. Cela dit, je serai ravi d’occuper vos pensées sur des choses moins tristes et de vous faire découvrir les merveilles de Malakavia. Vous n’aurez qu’à demander et je ferai venir mon escorte.

— C’est très aimable à vous, mais inutile de déranger vos hommes, j’ai déjà une escorte.

Me retrouver entourée d’inconnus ne m’inspirait guère. Surtout que ce Viktor ne cessait de me fixer, un large sourire ne le quittant pas. A force, je trouvais cela terriblement gênant. Je me reportai sur le paysage défilant par la vitre afin d’y échapper.

Je m’attendais à un palais aux tours surplombées de clochers à bulbes, mais celui-ci, situé en plein cœur de la ville ressemblait à un petit Versailles blanc, bleu et or dissimulé derrière de hautes grilles. L’entrée principale ornée de pilasses blanches et de statues était surplombée d’un vaste balcon à la rambarde dorée. L’on remarquait très vite que cet endroit avait été le théâtre d’un coup d‘État récent. L’un des héros de pierre y avait perdu la tête, un autre le bas de sa jambe et de multiples impacts de balle décoraient les piliers ainsi que cette partie de la façade.

L’intérieur était tout aussi incroyable, fait de marbre et de tapisseries. Une double porte que deux domestiques s’empressèrent de refermer à notre passage donnait sur une vaste salle vide au parquet ciré et aux larges fenêtres. Il devait s’y donner des bals féériques à une époque.

— Mon père s’excuse de ne pouvoir vous recevoir, mais il a quelques obligations auxquelles il ne peut déroger.

— Quand pourrons-nous lui parler ? demanda Nicolas.

Il semblait légèrement contrarié, mais gardait son visage d’homme de terrain depuis qu’il avait mis le nez hors de l’avion.

— Ce soir au diner sans doute. Messieurs, le personnel va vous mener à vos chambres. Suivez-moi, Votre Majesté, me fit-il ensuite m’offrant son bras.

Je jetai un regard vers Nicolas, manifestement nous allions être séparés. Pinçant les lèvres, il me fit un signe discret, m’assurant que cela allait bien se passer. Mais il n’avait pas l’air très enjoué.

Ma chambre était dans les mêmes tons que le reste du palais, claire et spacieuse. Un lit à baldaquin installé derrière une courte rambarde me rappelait celle des grands rois français. Tandis qu’un petit salon était accolé devant la cheminée aux multiples dorures. Je m’approchai de la fenêtre donnant sur l’arrière et ses jardins. Là aussi il y avait des hommes en uniformes, certains immobiles, d’autres effectuant des rondes. En fait, tout le palais était militarisé. Craignaient-ils un retournement de situation ? En Slandavie, nous n’avions aucune nouvelle de l’ancien roi déchu, et s’il était encore en vie, préparant sa revanche  ? Nous étions peut-être tombés bien mal.