Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 23


J’étais assise tout à côté de Nicolas, face à la reine mère dans une salle de briefing digne d’une grande entreprise. Les tables formant un carré parfait où s’étaient installés les participants. Quelques employés se hâtèrent de disposer des carafes d’eau, des verres ainsi que le nécessaire pour servir du thé ou du café. Nous étions parés pour un siège.

La plupart s’étonnèrent de voir le plus jeune représentant du clan Devraux, mais de savoir que ce fut la reine mère elle-même qui l’y avait autorisé cloua quelques becs. Tous étant présent lors de la cérémonie moins d’une heure plus tôt, ils portaient encore leur smoking ainsi que la fleur blanche à la boutonnière. J’avais pris le temps de me changer par contre, ne voulant plus entendre parler de ce mariage désormais. Le seul à venir vers nous, lui serrant la main fut un petit bonhomme à la longue moustache blanche.

— Que tu as bien grandi Nicolas, tu es devenu un homme. Et voici notre petite Chloé ! Heureux de vous rencontrer enfin.

— Enchantée. Monsieur ?

— Macintosh ! Je suis ravi de voir que vous vous entendez si bien.

Il lui fit l’accolade et m’adressa un clin d’œil avant de prendre place. J’avais passé tous mes étés chez lui depuis l’enfance et c’était la première fois que nous nous rencontrions. Il avait tout du papy gâteau dont je rêvais étant enfant.

— Macintosh a toujours été favorable à cette idée de voir les deux clans s’unir en un seul, me chuchota Nicolas  alors nous nous asseyons.

— Tu veux dire qu’il souhaitait nous voir mariés ?

— C’est exactement ça, me sourit-il tout en insistant de son regard azur.

Je sentis sa main effleurer la mienne, mais elle s’éloigna lorsque la reine Grâce prit la parole. Tous avaient bien saisi la bonne nouvelle concernant Edward III ainsi que l’héritier au trône, mais Nicolas se leva, devant leur clarifier ce qu’il nous avait appris dans la voiture ainsi que les possibilités pour les rapatrier. Il les laissa ensuite délibérer. Ce qui se fit dans un vacarme assez conséquent.

— Je vous en prie messieurs… messieurs… s’égosillait en vain ma grand-mère lorsqu’un sifflement puissant provenant de la porte d’entrée les fit tous taire.

— Mes excuses Votre Majesté, s’excusa Maximilien qui en était à l’origine.

Décidément, je parvenais de moins en moins à le situer par rapport à tout cela.

— Vous dites donc que cet Anton Pavel qui a mené cette rébellion en Malakavia risque de nous refuser l’accès au pays ? fit le ministre de la Culture.

— N’oubliez pas que l’accident qui faillit coûter la vie de nos souverains a été provoqué lors d’une attaque contre l’aéroport. Je ne pense pas qu’il souhaitait leur faire du tort puisqu’il y eut un changement de dernière minute, mais les faits sont là.  Il est responsable. Une telle action ne peut conduire qu’à un dangereux conflit.

— Les rapatrier peut également être source de conflit, l’interpella celui chargé de l’éducation. Nous ne sommes pas prêts pour une guerre. Nous n’avons plus mené de guerre depuis l’indépendance.

— Alors, envoyons un émissaire ! lança un autre.

— Un émissaire n’aura rien d‘officiel. Nous ne connaissons pas ce Pavel, il pourrait le faire disparaître ou le renvoyer, envoyons une mission diplomatique officielle. Qui vote pour ?

À vue de nez, une bonne moitié d’entre eux leva la main. Si grand-mère Grâce avait fait rassembler tout ce beau monde, elle se tenait digne et silencieuse. Je comprenais mieux les mots de Nicolas. Elle était la reine certes, mais elle n’avait pas tout pouvoir de décision. Elle se décida pourtant à prendre la parole.

— C’était à mon petit-fils qu’incombait cette fonction diplomatique. Je m’y engageais moi-même lors du règne de notre bien aimé feu Edward II, mon époux et j’irai en tant qu’ambassadrice. Le lieutenant Pike m’accompagnera. Il connaît déjà les lieux.

Je devais l’avouer, je lui trouvais en cet instant une classe folle.  De rejoindre un pays étranger en plein chaos afin de parlementer avec le révolutionnaire qui n’avait pas hésité à subtiliser le trône, il fallait être dotée d’un sacré courage. Mais ma main s‘empara de celle de Nicolas lorsqu’elle le nomma. Je me doutais pourtant que cela se finirait ainsi, mais ce fut plus fort que moi. Je craignais qu’il lui arrive quelque chose maintenant que nous étions libres de nous revoir sans le poids d’une trahison sur les épaules.

Les détails furent discutés ensuite. Si la mission diplomatique était acceptée, nul besoin d’entrer par la force, Nicolas aurait alors pour mission de retrouver les souverains par tous les moyens. Seul le problème d’en référer ou non à Anton Pavel, et donc d’éventuellement procéder en secret ne put faire l’unanimité. Certains penchant pour lui demander son aide afin de mettre en œuvre des recherches, les autres de l’éviter à tout prix justement. Tant que nous ne saurions si l’accident fut ou non programmé, il était difficile de statuer.

Ils en étaient encore à peser le pour et le contre que des cris nous parvinrent du couloir, la porte de la salle de réunion s’ouvrit en grand sur un grand-père Pike plutôt en colère. Il était suivit par ses partisans.

— Cette réunion est illégale ! cria-t-il. Depuis quand prend-t-on des décisions à huis clos, écartant une partie des membres du parlement !

Son regard se porta sur Nicolas qui le soutint, se levant comme pour lui tenir tête.

— Je demande à ce que les décisions prises soient revues !

— Si vous le souhaitez, Monsieur le Duc, l’interpella la reine. Mais hélas vous devrez demeurer debout, car toutes les places sont déjà prises, j’espère que cela ne vous ennuie pas.

Depuis tout à l’heure, je constatais de plus en plus et de mes yeux l’animosité régnant entre nos deux aïeuls, ma grand-mère faisant preuve d’un sens de l’humour que je ne lui aurais jamais deviné. Sur ce, le Duc exigea qu’une nouvelle réunion soit organisée le lendemain à l’aube, faisant perdre à tous un temps précieux.