Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 20


— Monsieur Pike ? Nicolas ? Monsieur Pike !

La voix de ce cher Maximilien nous parvint depuis les jardins, apparemment, quelqu’un manquait à la fête. Nicolas me poussa hors de vue, me pressant dans l’embrasure de la porte-fenêtre.

— Vous croyez qu’il nous a vus, chuchotais-je. S’il l’on nous surprend ici, cela va jaser.

— Cela leur ferait trop plaisir en effet.

Se rendait-il compte de son geste alors qu’il souhaitait simplement nous mettre à l’abri ? Son corps se pressait contre le mien, maintenu entre lui et les pierres de la façade. Nous nous tenions immobiles, silencieux le temps que le majordome passe son chemin, le bruit de ses pas s’éloignant. Je fixai son profil, sentant mon coeur s’emballer alors qu’il scrutait encore les derniers signes de vie et me plongeai dans ses yeux lorsqu’il se tourna vers moi. De tous, jusqu’à présent, il avait été le seul à me montrer du remords et surtout de la peine pour ce qui était arrivé à mon père et je commençais à comprendre pourquoi il s‘était laissé tenter à suivre les ordres de son aïeul. Il pouvait tout perdre. Et pourtant, il avait finalement désobéi. Pour m’éviter le déshonneur.

— Si le Duc vous laisse tomber, moi je ne le ferai pas.

— Je crains que vous n’ayez pas votre mot à dire. Vous serez reine, mais ne possédant aucun pouvoir de décision concernant ce genre de choses.

— Alors pourquoi me pousse-t-on à le devenir si je n’ai rien à dire ? Je ne me laisserai pas faire !

— J’admire votre courage par moment, sourit-il avant de redevenir plus sérieux. Vous n’avez pas encore bien idée du genre de monde dans lequel vous allez tomber. Ils ne vous écouteront pas.

— Ils écoutent bien la reine Grâce !

— Elle est seule à diriger et son statut n’a jamais été contredit. Vous comprenez la différence à présent ? Ils la respectent à cause du protocole, mais elle ne contrôle pas tout comme vous semblez le croire. Elle n’a jamais voulu de ce mariage, elle s’y est pliée tout comme vous. Et lorsque viendra votre tour, de vous deux ce sera le Duc qui aura le plus de pouvoir. Tant par son expérience que grâce au soutien de ses alliés. Vous devez avoir à tout casser cinq ou six députés de votre côté. Et encore, par affection envers votre père. Vous comprenez, c’est comme ça que ça fonctionne. Pourquoi croyez-vous que cette réception a lieu ? Pas pour fêter vos noces, mais pour s’arranger d’autres alliances et s’assurer des précédentes. D’ailleurs, ont-ils seulement relevé votre souhait de ne pas vous marier l’autre jour au parlement ? La décision était déjà prise et vous n’aviez plus rien à réclamer.

Il avait raison. Si depuis mon retour, je me sentais seule contre tous, son discours amplifiait ce sentiment. Je pourrai juste jouer les marionnettes, le rôle de la potiche souriante au côté d’un vieil époux. Et je craignais dès lors que même un refus, un « non » public demain devant le prêtre n’y changerait rien. En fait, à cet instant et malgré tout, je n’avais qu’un seul réel allié. Lui.

Nicolas posa son front contre le mien et je fermai les yeux, respirant profondément malgré l’affolement de mon cœur. Il y déposa un petit baiser, descendit le long de l’arête de mon nez et atterrit sur mes lèvres.

— Cette situation est complètement folle Nicolas. Nous ne devrions pas.

Pourtant, je ne souhaitais pas qu’il cesse. Bien qu’il joua maladroitement son rôle jusqu’à me le faire détester un moment, je ne pouvais nier qu’il m’avait toujours attirée.

— Vous avez raison, nous ne devrions pas, répondit-il faisant tout le contraire.

Le retour de Maximilien brisa ce moment, Nicolas soupirant, il me tira à l’intérieur, se précipita sur l’interrupteur afin de plonger la pièce dans l’obscurité et revint vers moi. J’ouvris les bras, désirant plus que tout me sentir de nouveau contre lui. Il était seul rempart qu’il me restait.

Si l’on nous avait découverts, ç’aurait été la victoire du Duc, une fiancée dans les bras de son petit-fils, le scandale dont il rêvait. Mais Nicolas fila avant l’aube, sans être vu. Encore une preuve qu’il ne jouait plus son jeu. Nous étions demeurés sages, blottis l’un contre l’autre laissant nos bouches se découvrir et chuchotant tels deux enfants cachés sous la couette. Loin de ce rôle du charmeur alcoolisé capable de m’entraîner directement dans son lit qu’il m’avait affiché la première fois, il se montra très tendre.