Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 19 - Nicolas


J’avais cru à une farce bien que venant de la part de grand-père, ç’aurait été peu probable. Une réception privée était donnée au palais, à sa demande. Et pratiquement sous les fenêtres de la reine mère. Joli pied de nez fait à la veille de la cérémonie. C’était censé être une sorte d’enterrement de vie de garçon, mais moins bon enfant que celles auxquelles j’avais pu assister lorsque certains de mes gars s’étaient mariés.

Il y avait tous les partisans du clan Devraux ainsi que les pique-assiettes habituels, espérant grappiller certains avantages en se montrant si proche du futur roi.

Pour une fois, je n’étais pas de service, mais je n’avais aucune envie de trainer avec ces gens-là. À fêter les noces arrangées et imposées de Chloé, comme si ce genre de choses avait quoi que ce soit de festif. Mais eux fêtaient l’arrivée de leur favori sur le trône avec tous les avantages. Quant aux conséquences, ils n’y songeaient même pas.

Je chopai une bouteille de champagne, une coupe et m’esquivai sur la terrasse menant aux jardins, ôtant et glissant mon nœud papillon dans l’une de mes poches. Après avoir traîné un moment au clair de lune, à arpenter lentement l’allée de gravier je remarquai une lumière à l’étage, une silhouette facilement reconnaissable penchée sur son vaste balcon en pierre. C’était Chloé.

Elle m’en voulait énormément et je la comprenais, mais je constatais également que si l’on s‘amusait bien d’un côté, elle se retrouvait une fois de plus seule face à son destin. J’approchai discrètement jusqu’à me tenir sous elle.

– Psss ! Juliette !

— Qui est là ? demanda-t-elle étonnée.

Je me montrai.

— J’aurais préféré le vrai Roméo, me lança-t-elle d’un air boudeur.

— Sans doute, mais vous n’êtes pas la vraie Juliette ! Puis-je monter ?

La façade était couverte de lierre, celui-ci étant maintenu par un grillage fixé dans les murailles. Je n’étais pas bien certain de leur solidité toutefois, mais j’étais prêt à prendre le risque.

– Vous pourriez vous rompre le cou, nous serions bien avancés.

– Vous oubliez bien vite que j’ai de l’entraînement derrière moi.

Et surtout le besoin d’avoir une dernière discussion avant ce moment fatidique, qu’elle comprenne ma position. Je n’espérais pas qu’elle me pardonne, ni d’avoir failli à ma mission en Malakavia, ni ce piège que j’étais censé lui tendre.

Je m’assurai de la solidité du support avant de me mettre à l’escalade, les mailles du treillage étant suffisamment larges pour y glisser la pointe du pied ainsi que mes doigts.

— Vous êtes fou ! Passez par la porte plutôt !

— Et tout le monde sera au courant en moins de dix minutes. C’est bien plus discret ainsi.

– Je m’en moque ! Redescendez avant de tomber ! Je vous assure que je préfère ça que vous voir blessé.

– Vraiment ? fis-je faisant mine de rater une prise.

Je me mis faussement en danger, glissant du pied et me maintenant d’une seule main. Elle ne put retenir un petit cri de peur et demeura dans cet état jusqu’à ce que je la rejoigne.

— Ainsi, vous seriez triste s’il m’arrivait quelque chose ? Vous ne m’en voulez plus ?

— Ne dites pas de bêtises ! Bien entendu que je vous en veux. Vous avez joué les charmeurs pour me tendre un piège.

— Mais suis-je allé jusque là ? Non Chloé ? Je ne voulais pas vous faire de tort, mais j’étais pris entre deux feux. Je devais le faire sinon…

— Sinon vous n’auriez pas eu votre avancement ? fit-elle tout en tentant de se montrer froide, ce qui ne lui ressemblait pas et échoua lamentablement.

— Vous n’avez pas l’air de comprendre ma situation. Je ne me cherche pas d’excuse, mais je veux que vous connaissiez la vraie raison. Je vous l’ai dit, j’étais affecté à la protection rapprochée de votre père et de votre demi-frère lorsque l’accident est arrivé. Je n’ai pas su réagir suffisamment tôt.

Elle me tourna le dos et je sentais s’éloigner de nouveau, sans la brusquer, je la retins par le bras.

— J’ai été mis à pied Chloé ! Je devais passer devant le tribunal militaire pour manquement grave à mes fonctions. En échange de ces photos, mon grand-père a fait jouer de son influence pour empêcher ça.

— Et vous avez finalement laissé tomber, fit-elle après un long silence, se retournant vers moi, sa mine se faisant inquiète. Vous risquez d’être mis en prison ?

— Je ne sais pas ce qu’il a prévu, mais je pourrais oui. Tout au mieux, je serai rendu à la vie civile. Mais servir mon pays c’est… c’est toute ma vie ! Je ne m’en imagine pas d’autre. Tout comme vous, j’étais face à un dilemme, un choix. Et j’ai choisi. J’ai refusé de jouer le jeu, j’assumerai mon erreur.

Elle se tu. Ses grands yeux me fixant, je remarquai qu’ils devenaient de plus en plus brillants.