Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse de Philippe - 7


Séraphin.

 

J’imaginais mal mettre aux arrêts la dulcinée de mon cher Philippe, ne comprenant que trop bien ce sentiment injuste que de la voir ferrée et emmenée, mais je devais le faire. Cette nuit-là, aucun bijou ne fut volé, mais la chambre de notre jolie pie fut fouillée de part en part. Et si l’on ne retrouva pas les biens en l’état, la plupart des pièces d’or et d’argent séparées de leur minerai étincelant furent découvertes sous son matelas. Elle avoua avoir revendu ce qui manquait à un receleur du Faubourg Saint-Antoine, celui-ci se chargeant de faire fondre le métal précieux. Il fut, lui aussi ainsi que quelques complices dans la foulée, mis aux arrêts.

Pourtant malgré que sa tentative fût vaine, Philippe ne quitta pas la capitale. Il n’apparut plus au Louvre, mais je n’avais pas pu me retenir de le surveiller quelques fois. Il s’en allait chaque jour, rendre visite à sa douce et revenait, bredouille sans avoir pu lui adresser le moindre mot. Elle s’y refusait.

Si je ne m’étais point gêné pour réparer ma faute envers Claire, je ne pouvais lui conseiller de tenter d’en faire de même. Entre la cellule d‘un couvert et celle du Châtelet, il y avait une grande marge a laquelle je ne m’y risquerais pas moi-même.

— Vous devriez songer à autre chose, Philippe. Une page de votre vie s’est tournée avec elle. Cette dame était loin d‘être idiote, elle savait ou ses activités la mèneraient et sachez que j’ai parlé de son mal à ses avocats. Mais cela ne lui sera d’aucun secours, je le crains.

— Je ne vous en veux point Séraphin. Je crois que dès le début, je savais que cela se terminerait de cette façon. Aujourd’hui, tout ce qu’il me reste est cette bague que m’a léguée ma mère et les habits et effets que j’ai avec moi.

— Serait-ce pour cela qu’elle a refusé votre demande ?

— Non, elle n’en sait rien, sourit-il tristement. Lorsque nous nous étions quittés, je possédais bien plus que cela et mon avenir s’annonçait sans nuages. Mais père, ayant pris connaissance de mes projets me promit de m’ôter de ses derniers vœux tout en oubliant qu’il possédât un fils. Je ne peux que le comprendre, quel fou comme vous le dites, irait à la poursuite d‘une voleuse compulsive afin de l’épouser ?

Déshérité, meurtri, je l’invitai donc à loger chez moi dans l’attente de jours meilleurs.

Ma gouvernante à la langue bien pendue s’en irait certainement affirmer que nous partagions le même lit, il n’en était rien. Nous ne faisions que nous enivrer certains soirs et nous confier quelques aventures. Et je devais admettre que j’appréciais de tels moments et m’y habituai bien vite. Les âmes ayant brièvement séjourné entre les murs de cette demeure n’y passaient jusque là que pour être effeuillées la plupart du temps. Excepté mon père lors de ses rares déplacements à Paris, bien entendu. Il m’était plus agréable d’y avoir un compagnon, devenant peu à peu un ami qu’un amant de passage.

Malgré sa présence, je devais malgré tout entretenir ma réputation et offrir mes services. J’amenai un soir un jeune jouvenceau, encore curieux des plaisirs de la chair, mais bien informé. Le fit boire de ma cuvée spéciale avant de l’interroger et le laisser s’endormir comme une masse une fois dévêtu. Suite à cela, je me rendis au salon.

— Tu ne dors pas ? demandais-je à mon invité, l’y trouvant devant l’âtre.

— Je vous ai entendus rentrer. Pourquoi fais-tu cela ?

— Pour le plaisir, feintais-je tout d’abord. Non. Pour le travail, je devais savoir à quoi s’occupent certaines personnes et il est bien placé pour me renseigner.

— Et tu ne peux y parvenir autrement ?

— La vie que je mène te dérange ? Je ne te l’ai jamais cachée pourtant, fis-je tout en me servant un verre.

— Que tu remplisses ton lit avec qui tu le souhaites et quelle qu’en soit la raison ne sont pas mes affaires. Ce que je ne comprends pas c’est que tu mentes.

— Je ne te mens pas, excepté pour ce qui est de mon travail. Je n’ai pas le droit de t’en parler à loisir.

— Tu te mens à toi-même Séraphin… Tes sourires sont faux, tes attitudes, même tes vêtements ne te ressemblent pas…

Je vidai mon verre devant ces paroles qui, au fond, glisseraient en moi bien plus vite que n’importe quel breuvage, m’inondant de leur effet pervers. De doutes et de vérité.

— Je sais…