Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse de Philippe - 6


Séraphin.

 

Il me fallait une aide féminine cette fois et je ne pouvais engager n’importe qui pour cela. Fort heureusement, parmi les courtisanes, il en fut une qui pourrait nous servir sans même être mise dans la confidence. Maintenant que je savais que cette donzelle amatrice de bijoux ne s’était pas juste réservée à la gent masculine, au grand désarroi de ce pauvre Philippe, j’imagine, je trouvai l’âme idéale. Douce demoiselle, très discrète sur ses amours saphiques et surtout parée de beaux atours. Elle vivait hors du palais et je l’invitai donc à se joindre à nous un beau soir, Philippe m’ayant promis de ne rien tenter sans mon signe. Notre pie voleuse ne se fit pas prier pour nous rejoindre. Nonchalamment, je la présentai à notre petite marquise tout en m’arrangeant pour faire avouer à cette dernière qu’elle aurait préféré une douce compagnie plutôt que la mienne. Lorsque les deux futures complices de chambre en virent à discuter et sourire derrière leurs mains, je lançai un regard au mien. Le petit poisson était ferré.

Il quitta la pièce et alla se poster là où nous l’avions tous deux prévu, à savoir dans la chambre de la future victime. Il devrait demeurer patient, mais le jeu en valait la chandelle. Je lui avais promis un moment avec notre voleuse afin de lui faire revenir la raison, à défaut de quoi, je me verrai contraint de prendre les dispositions adéquates.

Je n’en avais pas le droit certes et n’étais engagé que pour la surprendre et la livrer, mais il eut été dommage de voir pareille créature sous les verrous, me disais-je. Mais au fond, je comprenais la détresse de mon nouvel ami et laissai donc une chance. Mais une seule. Il l’avait compris.

Je devais avouer ne pas aimer toutes les facettes de mon emploi. Il y avait bien pire que de dérober quelques bijoux à des gens pouvant continuer à respirer et se nourrir sans cela. Mieux ! Qui auront tôt fait de se les faire remplacer et par plus beaux encore. Il y avait pire crime à mon sens, qui ceux qui ne blessent que le coffret à bijoux.

Je souris, m’éloignant en pensée du groupe auquel j’appartenais et songeais à ce fou de Philippe. Il agissait ainsi par amour, tout simplement. Pour sauver sa belle malgré elle. Un bien beau sentiment, mais si cruel lorsque l’on s’y brûle. Je m’y étais déjà brûlé les ailes et ne souhaitait depuis, plus me lier à personne. Ni d’amour ni d‘amitié. Un autre sentiment, plus amer l’ayant remplacé, celui dont il est simple et compliqué à la fois de se défaire, le regret.

Oui, il est vrai que je regrettais bien des choses. Notamment de n’avoir pas choisi ma voie, mais si le comte mon père ne m’avait tiré des mains de Joras le gras, je ne serais plus la pour me morfondre. Cette vie confortable, aventureuse et remplie de tant d’apparences que l’on m’envie j’en suis sur, ne me convenait pas. Que serait devenu le petit Alexandre de rien du tout que j’étais ? Un gamin des rues, un voleur lui aussi ? Sans doute. Me serais-je enrôlé dans l’armée dès que j’aurais poussé d’assez de centimètres pour le faire ? Ou battre la campagne. Me serais-je marié, tombé amoureux et épousé une fille de femme, une serveuse de taverne, une couturière ?

Je vidai mon verre d’une traite, chassant ces questions. Je n’étais pas à plaindre, l’argent, le froid, la nourriture ne constituaient pas de problème pour moi. Seul le rôle que l’on m’avait poussé à adopter l’était. Car ça, ce n’était pas moi. Qui étais-je vraiment ? Au fond.

— Séraphin ? me rappela une voix féminine, sa main sur mon bras, le palpant avec grâce et familiarité. Vous sembliez si loin subitement.

— Que nenni ! Je songeais au prochain conte dont je vous abreuverai chère compagnie.

Je repris mes grands airs feints, ma voix forcée, mon rôle.

 

Peu avant minuit, les donzelles quittèrent le salon, bras dessus bras dessous. J’accompagnerai certainement leurs ébats en pensées grâce à certaines histoires axées sur les plaisirs saphiques que je leur avais servis intentionnellement. M’assurant ainsi ne pas détourner leurs intentions.

Il se faisait tard. Le groupe se disloqua, quant à moi je terminai ma coupe et pris discrètement les mêmes pas que ces demoiselles. Le carrosse de la marquise les attendait dehors, et je savais déjà dans quelle auberge elles s’arrêteraient pour la nuit. Heureusement, le temps était au sec et j’attendis que Philippe entre en scène. Hélas, le bougre échoua.