Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de Philippe - 5


Séraphin.

 

Bien entendu, j’allais moi aussi voir ce fameux joaillier. Si ma bourse ne pouvait acheter des informations, quelques menaces le pourraient. Enfin je tenais une piste, mais très maigre. Il avait reçu la visite d’un personnage dont il n’avait pu voir les traits. Celui-ci ne venant qu’à la nuit tombée, il lui avait vendu par deux fois des pierres précieuses, mais pas de bijoux. Je pris note du type de pierres, les comparants plus tard avec les descriptions des objets dérobés. Et si le voleur dessertissait ses trésors ? C’était bien habile de sa part, ainsi impossible de reconnaître les colliers et autres bracelets. Mais quel gâchis !

Je devais ensuite en informer mon commanditaire. Si le précédent vol m’avait valu quelques remarques, je devais l’avertir qu’il devait avoir un autre délit afin que je puisse confondre le voleur. Mais cette fois, j’allais prendre les choses en main, cette fois je saurais par avance qui en serait la victime. Et pour réussir, il me fallait des complices.

J’avais tenté de confondre Saint Josse en lui dévoilant qui il était, mais je m’étais trompé. Par contre, ses aveux pourraient m’être utiles. J’allai le voir chez lui, lui proposant de m’aider à trouver le coupable et le prendre la main dans le sac. Il refusa.

— Je pensais sincèrement que c’était ce que vous souhaitiez. Le faire mettre aux arrêts, récupérer votre bien.

— C’est plus compliqué que cela Monsieur de Monllieu. Et vous vous trompez sur toute la ligne depuis le début, mon souhait n’est pas de la faire mettre en prison.

— Pardonnez-moi, mais vous avez bien dit « la » faire mettre en prison. Le voleur serait donc une femme. Oh diantre ! Laissez-moi deviner, cette magnifique donzelle en habit bordeaux, aux cheveux de jais ? Si je m’attendais à cela.

Bien sûr ! Il s‘agissait d’une femme ! Aucun homme ne fut vu en compagnie des victimes, mais qui aurait songé à une belle et douce courtisane, une amie, une amante qui sait, mais insoupçonnable.

— Je vous en ai déjà trop dit ! Partez d’ici, laissez-la en paix, je m’en occupe.

— Je ne puis Monsieur, hélas. Et si d’aventure elle ne souhaite cesser ses activités, comment allez-vous l’en empêcher ?

— Je compte lui parler, tenter de lui faire entendre raison. J’ai pour cela la plus convaincante des propositions, du moins je l’espère.

Il se dirigea là où il avait dissimulé cette fameuse bague de rubis et je commençais à deviner bien que l’histoire en elle-même fut encore gorgée de zones d’ombre.

— Vous allez la demander en mariage ? Je ne comprends pas. Vous a-t-elle volé oui ou non ?

— Elle a dérobé des biens appartenant à ma mère lors d’un séjour sur nos terres. C’est ainsi que j’ai su qu’elle ne pouvait s’en empêcher. Elle ne vole pas par nécessité, mais par… je ne sais comment vous l’expliquer. C’est comme une maladie, un besoin qui l’obsède, qui l’y pousse. Elle ne peut s’en passer.

— Vous me mettez dans l’embarras, je dois l’avouer. Elle devrait alors voir un apothicaire. Du moins si l’on y peut quelque chose. Mais je me vois mal annoncer cela.

— Alors, n’en faites rien ! Voyez ! Je vous croyais excentrique et voilà que vous jouez aux enquêteurs. Vous-même n’êtes pas ce que vous paraissez être et elle non plus. Vous êtes le plus amène à la comprendre.

Il me posait tout de même un léger cas de conscience, car je devrais alors la laisser m’échapper, ce qui m’était impossible.

— Bien alors nous allons passer un marché. Si nous lui mettons la main dessus, je vous laisserai faire votre demande, tâchez de la faire revenir dans le droit chemin. Dans le cas contraire et si elle s’obstine à voler, je me verrai forcé de la faire arrêter. Ah… soupirais-je. J’aurai sincèrement préféré que ce soit un homme, je n’aime pas faire de tort aux jolies dames.