Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers


En savoir plus

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode




Ellipse de Philippe - 3


Séraphin.

 

J’avais pu visiter certaines des chambres ou les vols avaient été commis. Rassurez-vous, sans être dans l’obligation de m’allonger pour autant. Les châssis étaient solides, nulle trace de bris de vitre ou de serrure forcée. Étrange. Mais ce manque d’indices indiquait clairement que le voleur n’avait eu aucun mal à y entrer, tel que moi-même je le fis. Sans doute y avait-il été convié bien qu’aucune ne m’avoua avoir laissé un homme se glisser dans leurs appartements. Soit il y avait là quelques mensonges, soit il ne s’agissait pas d’un séducteur revenant ensuite discrètement. Un membre de la famille, une connaissance commune à toutes ces dames ? Je me penchai là dessus et dressai quelques listes de noms, mais rien n’y fit. Aucun ne coïncidait suffisamment. Qui plus est, ce travail avait certainement déjà été fait par les autorités.

Je me posai alors la question d’usage. Pourquoi ces vols, exclusivement des bijoux alors que des fortunes se trouvaient elles aussi dans les chambres ? Pour les revendre ? Ils seraient rapidement reconnus, des gens de cette qualité n’achetant que des modèles uniques. Quel affront de se retrouver en possession de la copie d’un bijou porté par une autre ce serait sinon. Alors qu’en faisait-il ? Car vu leur valeur, ils pourraient être retrouvés facilement. Les plus grands bijoutiers, les plus riches en fait, avaient été prévenus. Mais c’était une piste à ne pas négliger malgré tout.

Autre question, puisqu’il s’agissait de quelqu’un potentiellement proche des victimes, il devait faire partie du grand monde, le côtoyer ou être employé à le fréquenter, mais on laisse rarement un domestique seul avec ses bijoux. Et tous avaient été soumis aux fouilles, tant de leur personne que de leur logis. Je me penchai donc sur une personne de rang. Tel que j’avais soupçonné Philippe, qui d’autre était encore inconnu à la cour il y a quelques semaines de cela ? Une soirée de banco était prévue pour bientôt, je m’y rendrai et passerai en revue les visages afin de me rafraîchir la mémoire.

 

Il était près de vingt-deux heures, les mises avaient été lancées et chacun prenait part aux jeux. Que ce soit en tant que participant, muse ou bien même spectateur. Quelques pique-assiettes également étaient de la partie, des nobles de nom ayant fait mauvaise fortune. Ces soirées étaient idéales pour y trouver quelques mécènes. Et enfin, il y avait Philippe, fidèle au poste et n’ayant rien changé à son attitude.

Je scrutai les présents, saluai et plaisantai avec de ceux qui se disaient mes amis. La plupart des visages m’étaient familiers, hormis un ou deux cousins de province venus en visite. Quelques dames ayant sorti leurs précieux atours, la soirée était propice à la chasse. Non seulement au beau parti, à la compagnie d’une nuit, mais également à repérer les plus belles et les plus chères parures.

Et notre mystérieux solitaire, qu’observait-il ce soir ?

Un groupe de dames charmantes s’amusaient comme il se devait. Parmi elles, une dont le nom m’était encore inconnu portait une robe bordeaux et or dénudant ses épaules. Elle faisait partie du groupe écoutant mes histoires l’autre soir, mais ne s’était pas présentée. Elle se sépara de ses amies afin d’aller se rafraîchir d’une coupe et je le vis bouger dans sa direction. C’était une première, lui d’habitude immobile des heures durant. M’étais-je, après tout, trompé et que ma première intuition fut la bonne ?

Elle fut rejointe par la toute jeune sœur de Lonrille, arrivée récemment, elles discutèrent un moment avant de reposer leurs verres et de se diriger vers la sortie. Philippe à leur suite. Ainsi, il avait trouvé sa proie. Je les suivis moi aussi.

Ces demoiselles se dirigeaient vers l’aile réservée aux dames de compagnie et de s’y trouver, à moins d’y être convié ne se faisait pas. Cela ne laissait aucun de doute, Philippe les suivait bel et bien. Elles entrèrent, refermant derrière elles et je me tins dans l’embrasure d’une porte à l’observer. Il demeura prostré là un instant, colla son oreille contre l’un des battants et trépigna. Pour un voleur, il était fort peu discret en fait. À quoi jouait-il ?

Je le vis lever la main, prêt à toquer, mais il se ravisa. Son expression était celle d’un homme meurtri subitement et je comprenais de moins en moins son état. Il abandonna et revint sur ses pas, faillit passer devant moi sans me voir alors que pourtant, à ma hauteur, j’étais bien visible. Cet homme était tourmenté. Par l’une de ces femmes sans doute. À moins de ressentir des remords.

— Bonsoir, Monsieur de Saint Josse, l’alpaguais-je, le surprenant.

— Encore vous monsieur ! Ne vous avais-je pas fait comprendre qu’il ne fallait plus m’importuner ?

— Que voulez-vous, je suis curieux de nature. Cherchez-vous une demoiselle à combler par le plus grand des hasards ? Vous inviter à leur porte sans y être convié n’est pas la solution la plus valable, vous savez. Souhaitez-vous que je vous présente ?

— Vous vous trompez, je ne cherche rien de cela.

Il tenta de passer son chemin, mais je le retins. Le regard qu’il me lança m’intimant l’ordre de le lâcher alors que je gardai ma main sur son bras.

— Vous jouez à un jeu dangereux monsieur, ce que vous vous apprêtez à faire peut vous conduire au cachot et pour longtemps.

— Je ne pense pas non, maintenant, une dernière fois, veuillez vous occuper de vos affaires.

Justement, c’était tout à fait ce que j’étais en train de faire.