Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse de Philippe - 2


Séraphin.

 

Cette soirée se termina donc sous les draps et forcément très tard. Je rentrai ensuite au logis et y retrouvai mon employé, Gaston. Ce dernier me rappelant un rendez-vous prévu au matin. Je n’eus que le temps de fermer l’œil, songeant à cet homme perturbé et je le fus tout autant dans mes songes.

— Monsieur de Monllieu, nous avons à vous proposer une affaire peu conventionnelle, débuta mon commanditaire après de brèves salutations.

— Tant mieux, je commençai à me rouiller quelque peu. Je vous écoute.

— Il s‘agit d’une affaire de vol. Sans doute en avez-vous entendu parler, mais cela fait cinq fois que des biens, des bijoux de grande valeur pour être précis, sont dérobés. Dont deux fois entre les murs mêmes du Louvre. Vous comprenez que cela ne peut demeurer sans suite et l’enquête piétine.

J’en avais entendu parler en effet et je reçus dans mes mains la liste des victimes ainsi que les moments auxquels ces larcins eurent lieu. Toutes furent évidemment des femmes puisque ce furent essentiellement des parures de cou, des boucles d’oreilles ou des bracelets qui disparurent. Quelques bagues également, mais peu. Le tout premier délit ayant eu lieu trois semaines auparavant.

Trois semaines… Étrangement, cela me fit songer à ce nouveau venu à la cour. Et lorsque l’arrivée d’un nouveau visage coïncide avec de nouvelles actions, il y a de quoi s’interroger. Surtout que malgré son entêtement à demeurer seul, il n’avait d’yeux que pour ces dames dont l’une portait une parure bien intéressante hier soir. Je devais en avoir le cœur net et bien avant de songer à accuser ce cher homme mystérieux, m’assurer de ses intentions. Mais s’il s‘agissait de notre voleur, je l’imaginais très bien séduire ces femmes afin de leur dérober des richesses une fois épuisées d’amour. Ou simplement avoir étudié les lieux du délit de cette façon. À sa place, j’aurais d’ailleurs procédé ainsi. Et qu’il ne se mêle aux conversations, plutôt que de l’innocenter, le rendait encore plus coupable. Qui irait affirmer ensuite l’avoir vu avec la victime ? La victime elle-même ? Jamais ! L’on se montre à peine et demeure toujours discret sur le nom de ses amants même si tous savent qui ils sont.

Il me fallait donc interroger non seulement ces dames délestées, mais également le retrouver. J’en rencontrai deux dans la journée et vint, au cours d’une conversation banale à leur demander si elles n’avaient aperçu ce gentilhomme ténébreux ou même connaissait son nom. Car pour ce qui était du vol, elles s’en plaignirent toutes deux spontanément. Ce dont je fus certain, c’était qu’effectivement, il faisait sensation auprès de la gent féminine, mais ne se dévoila à aucune d’elles. Elles auraient pu me mentir, mais le regard d’une femme honorée puis trahie ne trompe point. Non, il n’y avait pas touché. Pour ce qui était d’être un amant potentiel, je me trompais donc lourdement. Soit ! Même à titre privé, je souhaitais en connaître d’avantage sur cet homme, cela me poursuivrait que de rester dans l’ignorance, moi qui me vante de tout savoir.

Il me fallut patienter jusqu’au soir avant de le retrouver, scrutant les lieux sans s’approcher de quiconque, une coupe à la main afin de donner le change. Mais je n’étais pas dupe. Je me saisis donc d’une bouteille de vin à peine entamée, d’une grappe de raisin blanc et me dirigeai vers lui avec assurance.

— Quelques fruits ?

— Je n’ai besoin de rien je vous remercie, fit-il d’un ton révélant son désir de le laisser en paix plutôt que d’engager la conversation.

— Allons, cela fait une demi-heure que je vous regarde et vous n’avez touché à rien, vous allez finir par tomber d’inanition et vous faire remarquer.

— Je me porte bien, souffla-t-il.

— Et ne souhaitez point être au centre des attentions, je me trompe ?

— C’est exact, je préfère la tranquillité. Maintenant, laissez-moi monsieur.

Il s’éloigna, mais je ne m’avouai pas vaincu. Je croquai quelques raisins, déposai mes munitions au coin d’une table et le suivi. À peine m’approchais-je de lui qu’il se tourna, excédé.

— Que me voulez-vous à la fin ?

— Simplement que nous discutions un peu ?

— N’y a-t-il pas assez de précieux et de courtisanes ici pour calmer vos ardeurs ?

Mais c’est qu’il était agressif ce cher homme. Ce qui le rendait plus intéressant et plus coupable encore.

— Certes, mais j’en ai fait le tour bien des fois. Ne me pensez-vous pas capable de simplement converser sans arrières pensées. Je me présente, Séraphin de Monllieu.

Il hésita un instant puis, me prouvant qu’il fut bien né, ne put se dérober à la convention de se présenter lui-même.

— Philippe de Saint Josse. Ne cherchez point, ma famille n’est native ni de Paris ni de sa région.

— Moi non plus et pourtant me voici, plaisantais-je. Alors qu’est-ce qui vous amène en ces lieux ? L’envie de vous faire présenter au roi ? De prendre épouse ? Si tel est le cas, je ne vous conseille point celles qui se tiennent fort tard en ces lieux. Préférez la fraîcheur matinale.

— Rien de tout cela et rien que ne puisse vous intéresser.

— Ah mais tout m’intéresse mon cher.

— Veuillez m’excuser.

Encore une fois, il s‘échappa, mais pour de bon. Son regard fut comme attiré par l’une des issues et il s’y dirigea sans tarder. Y avait-il un rendez-vous là-dessous ? Cherchait-il quelqu’un finalement ? Un second mystère qu’il me tardait de résoudre sans oublier le premier.