Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Ellipse de Philippe - 1


Séraphin, 22 ans.

 

— Et à cela, savez-vous ce qu’elle lui a répondu ?

— Non, dites-nous Séraphin ! me supplia presque l’une de ces demoiselles, une adorable blonde aux lèvres vermeilles qui, depuis tout à l’heure, était pendue aux miennes.

— Pardonnez-moi, monsieur, repris-je donc mon histoire. Mais il me semble que ce que vous tenez là est mon jupon. Veuillez me le rendre !

Je partis en un fou rire se voulant à la fois sincère et haut perché, terminant ainsi la joyeuse histoire que je servais depuis tout à l’heure au petit groupe venu s’agglutiner dans l’un des salons du palais. Une aventure quelque peu grivoise, bien entendu, qui fit rougir ces dames par convention et rire ces messieurs dont l’imagination débordait à les en voir. Quoi de mieux afin de parfaire l’ambiance tendancieuse qui s’annonçait depuis que les pendules annoncèrent qu’il fut minuit passé.

— Séraphin, racontez-nous en une autre, minauda la donzelle aux boucles d’or.

Depuis tout à l’heure, elle se tenait à mon côté alors que j’étais confortablement installé dans un divan, dos contre l’accoudoir. L’une de mes jambes étant passée par-dessus les siennes et je sentais sa main qui, discrètement remontait dangereusement vers mes attributs masculins afin de me plaire.

— À une seule condition, que vous me payiez d’un baiser.

Elle fit mine d’être outrée d’une telle demande, jouant bien mal la comédie tout en sauvant ainsi les apparences. Mais ne mit pas bien longtemps à accepter. Elle se libéra de ma cuisse, se releva tout en gardant un genou sur le canapé et m’offrit donc sa bouche. Se faisant plus gourmande que réservée. Je profitai alors de l’occasion afin de convier nos amis au spectacle. Soulevant ainsi doucement ses jupes tandis qu’elle se tenait penchée vers moi. Elle me stoppa avant que sa chair tendre et claire ne soit ainsi complètement dévoilée, me grondant pour mon impudence. Comme si aucun ici n’avait déjà eu le privilège d’admirer ses arrières. Mais ce n’était qu’un jeu de plus destiné à échauffer l’assistance, attisant le feu de leurs joues et de leurs cuisses par de courts contes coquins et autres farces du même goût. Je devais avouer que j’étais assez apprécié pour cela.

Le petit groupe libertin que nous formions dans ce coin de salon était composé de sept personnes, un chiffre somme tout peu enclin à ce que chacune trouve son chacun pour la nuit, lorsque nous aurons rejoint d’autres lieux plus intimes.

Je tins donc parole, entamant une nouvelle histoire dans laquelle une jeune fille tout aussi naïve, belle et prude, se retrouvait en présence d’un jeune et splendide jardinier gâté par dame nature cette fois. Et ce fut au travers des gloussements et des rires que mon regard fut attiré par quelqu’un. Il se tenait près d’une fenêtre, tourné dans notre direction depuis un bon moment, mais se bornant à ne point participer. La coupe qu’il tenait en main n’ayant jamais atteint ses lèvres. Il ne nous quittait pas des yeux.

Je m’interrompis, le hélant sans gène et très gracieusement.

— Holà bel Apollon, venez donc vous joindre à nous et faire quelques heureuses. Il nous manque justement un représentant du sexe fort.

Il ne sembla ni intéressé ni embarrassé, mais agacé, tourna la tête et préféra ignorer mon appel plutôt qu’y répondre. Quel dommage, l’une de ces dames se retrouverait sans cavalier ce soir s’il ne se décidait pas. Mais soit, s’il n’était pas d’humeur ou bien même trop fidèle, c’était son droit et je me dévouerais à en combler deux plutôt qu’une seule. Son charme et son air mystérieux ne laissèrent personne indifférent autour de moi.

Cela faisait quelques semaines qu’il venait régulièrement au palais, mais sans jamais se joindre à quiconque, tel un observateur solitaire. Pourtant sa mine ne supposait pas qu’il fut timide. Il était plutôt beau, gardant une posture droite, signe d’une bonne éducation, mais la façon dont il se tenait sur ses jambes indiquait qu’il fut également un cavalier aguerri. Le menton carré, les prunelles sombres. Un visage à la fois masculin et pourtant si tendre encadré par de longs cheveux bouclés, blonds et maintenus en catogan. Mis à part sa mine, il avait tout pour plaire, mais semblait bien plus souffrir que de s’amuser. Ma curiosité piquée au vif, il me fallait savoir à qui j’avais à faire.