Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 11


Si je comprenais bien, je n’aurais rien de mieux à faire que de profiter de mon séjour. N’aurait-il pas mieux valu que l’on me forme à ma future fonction plutôt que de m’envoyer en vacances ? Je devais avouer que je me voyais plutôt accompagnée de précepteurs et d’experts, apprenant l’Histoire du pays, le protocole ainsi que ce en quoi consistent mes attributions.

Les garçons avaient investi la piscine, improvisant une partie de water-polo à deux. Nicolas ne se joignant pas à ses comparses, se prélassait dans le jacuzzi, les bras longeant les bords, le corps en arrière, prenant le soleil. Une bouteille de vin l’accompagnait. Il finirait par vider la cave d’ici la fin de son séjour à cette allure.

J’avais finalement déniché une sorte de chemise brodée au col et aux manches, que je portais par-dessus un habit de bain. Voulant me joindre à eux et ne découvrant que des maillots deux pièces dans ma penderie. J’optai pour le plus sobre, noir et me couvrant les fesses, lui ! Seul bémol, il s’agissait d’un modèle ne tenant qu’au moyen de nœuds. Si jamais, je me prenais l’une des boucles dans quoi que ce soit qui dépasse, cela pouvait être catastrophique. Mais je n’allais pas demeurer enfermée et tant qu’à faire, autant profiter du soleil et m’instruire à la fois, j’emportai l’un des bouquins que Max m’avait fournis.

D’ailleurs, je ne l’avais pas encore revu celui-là, je me demandais bien où il pouvait être.

Je m’installai sur l’un des transats longeant le bassin et repris ma lecture du début. Chapitre I, de la guerre à l’indépendance. Il y était mentionné les noms des familles Devraux et Philips. Elles étaient proches et unies à l’origine et s’étaient battues côte à côte afin que le pays se détache de l’Empire britannique. Ce qui ne se fit pas en une seule fois. J’observai Nicolas. Nous faisions partie tous deux de la branche la plus récente de ces deux noms. Lui étant dans l’armée et moi, prochainement sur le trône. Les Devraux avaient prêté allégeance au souverain issu des Philips et promis de le protéger. Au fond, même après plus de trois cents ans, rien n’avait changé. La Slandavie était un pays assez conservateur. Si j’avais été un homme, nous nous serions peut-être bien mieux entendus que nos prédécesseurs. Mais j’étais née affublée d’un sexe féminin et pour l’instant je devais surtout me convaincre de cesser de loucher dans sa direction, ce n’était vraiment pas de chance qu’il soit aussi craquant.

Lui aussi se mit à m’observer, verre en main, il le vida aussi aisément qu’une limonade. Il insistait tellement que j’eus l’impression qu’il me déshabillait du regard, à tel point que ses yeux azur firent baisser les miens. Quelque chose me disait que l’alcool devait lui chauffer facilement les sangs, heureusement, nous n’étions pas seuls cette fois. Il ne pouvait rien tenter.

– Messieurs, rompez, ne revenez que dans deux heures.

– Heu bien mon lieutenant.

Ou pas ! Ils obéirent et disparurent rapidement, laissant le ballon flotter sur place à la surface de l’eau. À présent mes doutes se confirmaient. Il s’approcha et emporta une bombe aérosol posée sur une table à l’ombre en passant. Puis prit place sur l’assise à côté de moi. Seigneur, il était encore moins vêtu que la dernière fois, portant un véritable slip de bain qui lui allait à merveille. Regarde ailleurs Chloé, non pas le nombril, plus haut. Son torse, non plus, trop dangereux, terriblement tentant de s’imaginer s’y lover. Ses yeux ? Décidément, je préférai me reporter son mon livre, bien moins provocateur.

– Votre père avait les cheveux roux et était sensible au soleil, vous avez hérité de ses particularités on dirait.

– Oui, mais… je suis châtain.

– Avec de très jolis reflets, vous ne devriez pas vous exposer sans protection avec une peau pareille.

Je posai mon livre et tendis la main vers l’huile solaire en spray qu’il me tendait, mais au moment de l’effleurer, il l’ôta de ma portée.

– Enlevez votre chemise, je vais vous aider.

– Je peux le faire moi même.

– Je ne vais pas vous manger.

Je n’en étais pas si sûre, son regard était tout comme celui de cette nuit, il se faisait charmeur. Sa voix également était descendue dans une tonalité plus basse, plus sensuelle. À croire qu’il le faisait exprès pour me faire craquer. Tout dans son attitude m’indiquait qu’au contraire, je risquais de me faire dévorer toute crue.

– Tu ne voudrais tout de même pas attraper un énorme et douloureux coup de soleil n’est-ce pas ?

– Non. Mais pas de blague hein, vous ne faites juste que vaporiser.

– Tu penses qu’il est inconvenant pour nous deux de se laisser aller ? Parce que tu vas épouser mon grand-père ?

– Pour moins que cela à vrai dire, je vous… je vous connais à peine.

– Il s’en fiche, fit-il détournant les yeux avant de les plonger de nouveau dans les miens, me troublant de nouveau. Ce qui compte pour lui, c’est l’accession au pouvoir, rien de plus. Ce qui compte pour moi, c’est toi.

Je déglutis à ses mots. Pourquoi insister ? Cela nous aurait mis dans l’embarras, rien de plus.

– Pourquoi n’allez-vous pas plutôt draguer sur la plage, ce serait plus simple pour tout le monde. J’aimerais lire tranquillement s’il vous plaît, chevrotais-je.

Mais plutôt que de le convaincre de s’éloigner, il ne fit que se rapprocher. Il avait mentionné une histoire de chèvre et de loup la veille, je me sentais exactement comme dans cette situation. Il n’avait rien de commun avait les autres garçons que j’avais pu fréquenter. À croire que les slandaviens possédaient un charme particulier, mélange entre le flegme et la classe anglaise, et l’art de séduire à la française. Tout comme leur cuisine.

Nos noms, d’ailleurs n’étaient-ils pas originaires de ces deux nations ?

– Je veux juste vous empêcher d’attraper un coup de soleil, fit-il subitement plus innocemment.

– Vous avez bu de nouveau et je ne vous fais pas confiance lorsque vous êtes seul et saoul à la fois.

– Je suis loin d’être tout à fait saoul ! s’amusa-t-il sans parvenir à me convaincre. C’est à cause de cette nuit ?

– Exactement.

– Alors que dois-je donc faire pour vous séduire, délicieuse princesse ?

– Mais rien du tout ! Enfin je voulais dire que cela ne mènera à rien ! me repris-je, songeant que cela pouvait porter à confusion. Vous veillez sur moi et je vous en suis reconnaissante, mais restons en là, s’il vous plaît.

Constatant que cela n’avait aucun effet, je préférai finalement envisager de prendre ma lecture dans ma chambre, parfois le repli était nécessaire face à la menace.