Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 10


Je me retournais dans mon lit depuis un moment, le confort de cette chambre ne parvenant pas à dissoudre la gêne que je ressentais depuis cette nuit. Ce baiser presque volé, cet homme…

Un vaste lit à baldaquin, très haut dont les colonnes étaient faites de bois précieux sculpté. Un mobilier d’aspect tout aussi ancien, je me serais crue dans un palais de Venise, au temps de Casanova. Je n’en étais pas loin, nous étions effectivement à Venice, mais en Californie et je venais manifestement de rencontrer le Don Juan de service. À mon grand désarroi, son charme avait eu de l’effet sur moi.

Je récapitulai, j’en avais besoin. Cela en faisait trop d’un coup. Pire maintenant que je savais que mon père avait souhaité me voir et était mort à cause de cela.

Je pris une douche qui ne parvint pas à me détendre et trainai des pieds jusqu’à la penderie, couverte d’une large serviette. Qu’allais-je faire ici ? M’avait-on prévu quelque chose ou étais-je libre d’aller et venir ? En qualité de princesse, cela m’aurait étonnée. En avais-je seulement l’envie ?

Je fouillais parmi les vêtements suspendus. Robe, robe courte, encore une robe courte et… des jupes aussi, mais… où étaient mes vêtements ? Mes jeans, mes sweets. Me serais-je trompée de chambre ! Décidément, je collectionnais les gaffes. J’entrouvris la porte de ma chambre, scrutant la moindre allée et venue jusqu’à croiser une femme de chambre.

– Psssss !

– Oui Majesté, fit-elle, étonnée de me voir l’appeler.

– Je crois que je me suis trompée de chambre… pourriez-vous m’indiquer où se trouve la bonne ?

– Je ne comprends pas, c’est bien votre chambre, je vous assure. Mariza et moi-même avons rangé vos affaires nous-mêmes. Il vous manque quelque chose ?

– Oui ! Tout ! Ce ne sont pas mes affaires !

Je la fis entrer et vérifier, mais elle se tourna vers moi.

– C’est bien le contenu de vos valises lorsqu’elles sont arrivées il y a deux jours. Je vous assure, tout est là !

Mes valises ? Deux jours ? Mais elles étaient arrivées en même temps que moi hier soir ! Durant un moment, je tâchai de lui expliquer qu’il y avait une erreur, ce ne devait pas être mes bagages, mais elle insista elle aussi, se référant aux ordres qu’elle avait reçus. Et bien entendu, pas de traces de mes véritables vêtements. Ma grand-mère n’avait tout de même pas choisi ma garde-robe elle-même ! La bonne prit congé et je revins sur ce choix douteux.

Non, ce n’était pas elle ou alors elle possédait un sens de l’humour rudement bien caché. Elle m’aurait habillée de noir et des pieds à la tête la connaissant, mais certainement pas de robes aux épaules nues, à bretelles ou aussi courtes que le plus long de mes t-shirts !

Ils allaient me manquer d’ailleurs.

Je comptais me faire discrète afin de petit-déjeuner, mais ce fut un royal échec. En bas, Nicolas ainsi que les deux garçons de la piscine étaient déjà attablés. La vaste cuisine disposait d’un coin dinatoire assez grand pour accueillir toute une famille et il y régnait une ambiance assez bon enfant. Je pouvais les entendre se chamailler et rire depuis le bas des escaliers. Ils se levèrent d’un bond à mon arrivée, cessant leurs plaisanteries et se tenaient droit comme des i. Cela devenait plus clair, il s‘agissait de militaires eux aussi. Nicolas se leva à son tour sans être aussi solennel. Si toutes mes apparitions, une fois reine devaient se faire cette manière, cela me refroidissait encore plus de le devenir. Il m’observa de la tête aux genoux et afficha un léger sourire en coin. Je n’avais pas eu le choix et dû m’habiller avec ce que je trouvai. À savoir une robe claire stoppant à mi-cuisses. À croire que j’étais victime d’une mauvaise plaisanterie, il n’y avait que des tenues de ce genre. Les seules un peu plus habillées étaient réservées pour des soirées, je ne pouvais pas mettre ça non plus. Et que dire des sous-vêtements ! Ni culotte ni slip. Que des strings, ce qui était loin de ce que je portais habituellement. J’avais l’impression d’être nue dessous.

– Heu… repos messieurs, plaisantais-je.

Mais ils ne bougèrent que lorsque leur supérieur les y invita. Immédiatement l’ambiance se fit de nouveau conviviale.

– Vous arrivez à temps Votre Majesté, sinon le lieutenant ne vous aurait rien laissé, taquina l’un.

– Il a un solide appétit. En une journée, il pourrait ruiner toutes les réserves d’une semaine.

– Et pour une escouade de trente personnes ! rirent-ils de concert.

– Ça suffit ! Vous bouffez autant que moi ! se défendit l’accusé s’armant d’une boulette de mie de pain.

Celle-ci alla s’écraser sur le visage de l’un d’eux. J’avais subitement du mal à croire qu’ils étaient bien dans l’armée ces trois-là. Ils avaient plutôt l’air de trois fêtards.

– Voici Ritchie et Buddy, les présenta-t-il.

– Chloé, enchantée, leur souriais-je.

Ils observèrent leur chef.

– Vous pouvez l’appeler par son prénom. Et puis, on se fera moins remarquer comme ça. Bien dormi ? me demanda-t-il ensuite, juste avant de se rincer le palais d’une bonne gorgée de café.

Je notai qu’aucun ne buvait de thé, pourtant la boisson nationale de Slandavie. Quant à Nicolas, il ne semblait pas affecté par ce qui avait failli se produire cette nuit. J’en étais encore à éviter de trop croiser ses yeux pour ma part et m’assis à sa gauche afin de les éviter.

La cuisinière s’affairait tout à côté, elle vint à table, posant une assiette d’œufs brouillés, bacon et saucisse bien fournie devant Nicolas. Apparemment, il avait bel et bien un solide appétit.

– Que souhaitez-vous, votre majesté ? me demanda-t-elle ensuite.

– La même chose !

À le voir se jeter dessus de bon cœur, j’en mourrais d’envie. De ses œufs brouillés bien entendu ! J’entendis les murmures des deux autres et le « ils vont bien s’entendre ces deux-là » ne m’échappa pas.

– Je peux vous faire des pancakes si vous préférez.

– Ça ira, je vous remercie.

– Alors moi, je les prends, s’empressa de la héler Nicolas.

– Vous êtes tous ici en vacances ou pour me surveiller, quelque chose comme ça ?

– Quelque chose comme ça, répondit-il entre deux bouchées. Nous devons vous escorter pour vos sorties.

– Et avons-nous un emploi du temps ou un planning de prévu ?

– Plage, bar, piscine, bronzette… citèrent les deux amis.

– Shopping ? avançais-je timidement.

– Il vous manque quelque chose ?

– Oui, tout ! Mes bagages semblent s’être volatilisés et ma penderie est remplie de vêtements qui ne sont pas à moi.

– Pourtant, ils sont à vous, cadeau du grand-père.

Il possédait de drôles de goûts son grand-père, j’imaginais déjà le pire lorsque nous serons mariés.