Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 8


Cette bouteille ne devait pas être la première qu’il vidait de la soirée, son attitude un peu trop nonchalante pour un militaire, son regard azur aux paupières légèrement gonflées de fatigue, ses pupilles dilatées. Il était saoul ou pratiquement. Malgré son état, il lança une nouvelle tournée que nous entamions de suite, l’un comme l’autre.

– Vous avez des hobbies ? fis-je afin de couper court au silence malsain qui s’immisçait.

– Je n’ai pas beaucoup de temps pour ça. J’ai pratiqué le polo et l’équitation, la boxe, un peu d‘escrime avant de m’engager. Et vous ?

– Danse classique, mais j’ai arrêté depuis mon entrée à la FAC. De l’équitation également, surtout dans les plaines écossaises.

– Ah oui, au manoir de ce cher Macintosh, sourit-il.

– Vous connaissez ?

– Nous y passions les vacances avec mes parents, c’était il y a longtemps.

N’ayant pas encore entendu parler de ceux-ci, j’évitai la question fatidique de savoir s’ils se portaient bien. Il y répondit lui-même sans que je n’aie à m’en informer. Ils étaient morts alors qu’il n’avait que sept ans. Sur certains points, nous étions pratiquement à égalité. Plus de proches excepté des grands-parents à cheval sur la politique intérieure et l’impression de ne pas pouvoir contrôler sa vie. Enfin... jusqu’à présent j’avais pu suivre le cursus de mon choix malgré les faibles débouchés, confiante que je vivrai confortablement même sans travail tandis que Nicolas semblait avoir décidé lui-même d’entamer une carrière militaire. Mais j’avais l’impression qu’il se trouvait ici contre son gré. En tout cas, il ne passait pas son temps à s’ennuyer vu les filles qu’ils avaient ramenées tout à l’heure. Étrange d‘ailleurs qu’il fut le seul des trois à ne pas avoir été en charmante compagnie.

Il se servit le dernier verre et le tenait plutôt bizarrement après l’avoir de nouveau vidé cul sec. Il le posa maladroitement, le verre tomba et se brisa. Il devait être en cristal et valoir cher, mais il ne s’en soucia pas. Apparemment, c’était celui de trop, il avait son compte.

– À ton tour à présent. Bien que je sache pas mal de choses déjà.

Il se rapprocha jusqu’à passer son bras derrière mes épaules, je frissonnai malgré la tiédeur de l’eau ainsi que des températures pourtant agréables en cette saison. Embarrassée de ce contact et de la chaleur qui émanait de lui, amplifiant la mienne je serrai mes bras autour de ma poitrine, songeant à dissimuler ce qui aurait pu attirer son regard. Je me reculai un peu, souhaitant me soustraire à une possible étreinte. Son tutoiement placé avec tant de naturel me troublait.

– Ah ? L’on parle souvent de moi de votre côté ? fis-je, tentant de masquer mon trouble.

Mais ma voix cassée par une émotion qui s’intensifiait ressemblait plus à quelques notes jouées sur un piano désaccordé. Sous les paumes maintenues pressées contre mes seins, je sentis mes mamelons durcir. Malgré mon appréhension, je devais bien admettre qu’il me faisait de l’effet. Où était-ce le vin ? Je ne pouvais succomber, la situation était bien trop compliquée. Que ce soit son grand-père ou un autre, que je le souhaite ou non, j’allais me marier ! Je tentai de le repousser, une main sur son torse. Mes doigts se perdirent dans son épaisse forêt blonde et plutôt que de le repousser, j’en vins à palper l’un des ses pectoraux.

Ce n’était pas malin et plus fort que moi. Assuré de l’effet qu’il produisait, Nicolas progressa un peu plus.

– Surtout ces derniers temps. Je sais par exemple que tu as vingt-et-un ans depuis ce 17 février, que tu viens de terminer des études en Arts plastiques et Histoire de l’Art. Pour le reste, 170 centimètres, 96-61-95. Le résultat est plutôt pas mal.

– Vous connaissez mes mensurations par cœur ? me figeais-je alors qu’il se penchait vraiment cette fois.

Je tentai de le bloquer, mais son poids me fit plier le bras tout en douceur. Sa main brûlante se posa à ma taille et avant que je ne comprenne vraiment ce qui lui prenait son visage fut contre le mien. Ses doigts descendirent jusqu’à ma hanche, laissant derrière eux une sensation de chatouillis et stoppèrent sur la dentelle bordant mes dessous. Derrière l’odeur du vin que nous avions bu, flottait comme un arôme de rhum. Éveillant le souvenir de cette pâtisserie si appétissante à laquelle j’avais toujours un peu de mal à résister. Ses lèvres frôlèrent ma joue, s’y posèrent plus franchement avant de cheminer à coup de petits baisers jusqu’au coin de ma bouche.

J’y goûtai un instant. Enivrée non seulement par le vin, mais par sa présence, son odeur. À deux doigts d’y répondre, l’image du vieillard de mon rêve rappelant qui il était et ce qui allait me tomber dessus d’ici à deux mois me refroidit instantanément. Je le repoussai plus franchement tout en me reculant.

– Désolée, ce n’est pas une bonne idée. Je… je vais bientôt être votre grand-mère, c’est complètement fou comme situation, vous vous rendez compte ? tentais-je dans un rire forcé.

Sans compter le scandale si l’un des employés venait à nous surprendre. Je voyais d’ici les gros titres, Chloé princesse de Slandavie flirte avec son futur beau-petit-fils. Dit de cette façon, c’était absolument ignoble. Mais le pire, c’est que l’espace d’une seconde, j’en avais eu terriblement envie et me serais bien laissée tenter. Je me levai précipitamment, cherchant le morceau de soie censée me couvrir et qui trouvait un malin plaisir à se cacher. Pourtant, je l’avais laissé là !

Je fis un tour sur moi-même, le cherchant. Dissimulant bien mal le creux de mes seins comme s’il s’agissait de la seule partie visible de mon corps. En cet instant, il avait vue sur pratiquement tout le reste. Ou le devinait sans mal grâce au tissu trempé et me collant à la peau, épousant le moindre de mes petits secrets. Je devais avoir l’air ridicule. Sans dire un mot, il se pencha en dehors du bassin et attrapa le kimono qu’il me tendit.

– Merci.

Je le tins devant moi alors qu’il se levait à son tour.

– Je vais aller dormir. Bonne nuit Chloé.