Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 7


Il s‘approcha encore et je me sentis rougir, baissai les yeux et me retrouvai de nouveau à fixer le bas de son ventre. Fausse bonne idée, remontons vers les yeux, ce sera moins équivoque surtout qu’il l’avait remarqué et s’était mis à sourire. Il se tint si près que lorsque je voulus lui tendre la main afin de me présenter, je ne pus tendre le bras, gardant ma paume ouverte vers lui, je le touchais presque du bout des doigts.

– Bonsoir, je… je suis Chloé Abberline. Abberline Philips, bégayais-je.

– Je sais qui vous êtes.

Il ne me sera pas la main, au lieu de cela et malgré que nous fûmes trop proches, il s’en saisit délicatement et la porta à sa bouche.

– Nicolas Christopher James Pike, enchanté.

Ça alors, c’était un membre de la famille Devraux, enfin… Pike... bref ! Du duc !

– Vous aussi l’on vous a affublé des noms de vos prédécesseurs ?

– C’est ça oui, sourit-il, amusé.

– Et vous n’êtes pas le duc ?

– Son petit fils.

Un petit fils terriblement craquant et qui ne devait pas avoir plus de deux ou trois ans de plus que moi, pourquoi me faisait-on épouser son grand-père s’il existait un descendant aussi jeune ? Je ne comprenais décidément rien à la politique. Mais qu’il soit avenant ne faisait pas tout, j’en étais au même point.

– Je suis navré si l’on vous a réveillée, je croyais que vous ne viendriez que demain, fit-il s’éloignant subitement de quelques pas.

– Et moi de vous avoir interrompu. Je pensais qu’il s’agissait de votre grand-père, j’aurais voulu en apprendre plus.

– Je peux vous renseigner. Que portez-vous là dessous ?

– Dessous quoi ? m’empourprai-je. Heu… mes sous-vêtements, pourquoi ?

– Ca ira, installons-nous dans le jacuzzi, après ces heures de voyage, vous verrez cela va vous faire du bien.

– En sous-vêtements ?

– Je le suis moi-même, quelle différence ? fit-il ouvrant les bras afin que je le constate moi-même, ce que j’évitai de nouveau.

Il y en avait beaucoup de différence. C’était… intime ! Mais lui ne semblait pas du tout le voir sous cet angle. Il me laissa en plan après m’avoir proposé de m’installer à mon aise.

J’étais tout sauf à l’aise justement, j’observai autour de moi, m’assurant qu’il n’y avait personne d’autre et m’approchai du jacuzzi. L’eau était claire, peu encline à préserver mon intimité. Plongeant un bout d’orteil, je pus constater que la température de l’eau était idéale, et la tentation de s’y plonger avec la tiédeur de la nuit l’emporta. Sans trainer, j’ôtai mon kimono et m’y plongeai avant qu’il ne revienne. C’était une étrange sensation, comme de prendre un bain tout habillé. Une impression de braver un interdit, mais sans les conséquences. Il revint avec une bouteille de vin et deux verres qu’il déposa sur le rebord en pierre avant de me rejoindre. D’un réflexe, je barrai le creux de ma poitrine d’un bras et ramenai mes jambes.

– Détendez-vous, je ne vais pas vous manger. Alors, que voulez-vous savoir ? fit-il tout en servant les verres.

– He bien je…, fis-je subitement à court de questions vu la situation et tâchant de m’en tenir à son visage plutôt qu’à son torse. Votre grand-père à vraiment soixante-huit ans ?

– Non, il les aura à la fin de cette année. C’est tout ce qui vous inquiète ?

– Qui a dit que j’étais inquiète ?

– Votre posture. Laissez vous aller contre le rebord. Autant profiter de ce luxe lorsque l’on en a l’occasion non ?

Il étendit ses bras, longeant les bords du petit bassin et pencha la tête en arrière, faisant bomber ses pectoraux. Soit il faisait exprès de prendre des postures sexy soit il ne se rendait pas compte de l’effet qu’il produisait sur mon pauvre petit cœur.

– Disons que je ne m’attendais pas à ce l’on m’annonce ce mariage, encore moins avec un inconnu de cet âge.

– Vous ne l’avez jamais vu ?

Je fis non de la tête.

– Hé bien grand père Chris, c’est à peu près moi dans quarante-cinq ans. Nous sommes très proches physiquement.

– S’il vous ressemble, j’ai déjà moins de soucis à me faire sur son physique.

– Dois-je sous-entendre que vous me trouvez à votre goût ? se fit-il sérieux avant d’exploser de rire devant mon air cramoisi.

Je préférais me noyer dans mon verre que d’y répondre et fut étonnée par la douceur du vin qu’il nous avait servi, il était si fruité qu’il glissait tout seul du palais à la gorge, laissant une agréable sensation. Habituellement, je les trouvais aigres ou secs, mais pas celui-ci. De vivre en France m’avait initiée à l’un des péchés capitaux, celui de la gourmandise. À peine vide, il me servit de nouveau, je ne me fis pas prier pour renouveler l’expérience.

– Pourquoi votre grand-père tient absolument à ce mariage ? Il n’y a pas un autre moyen ?

– Pas tant que les deux clans convoitent le trône. C’est le seul moyen de contenter nos deux familles. Bien que la reine mère soit verte de rage puisque ce sera le nom de Pike qui dominera le sien.

– Et… excusez-moi pour cette question, mais… pourquoi pas vous plutôt que votre grand-père ?

– On me l’a proposé, j’ai refusé.

– Ah…

– Cette idée a déjà été soumise il y a trois ans. À ce moment-là non seulement cela n’aurait pas eu d’utilité, mais je n’étais et ne suis toujours pas plus disposé à laisser ma carrière de côté.

Trois ans… avant que je ne rentre en Fac. Personne ne m’avait averti.

– Et vous faites quoi ?

– Je suis officier dans l’armée terrestre de Slandavie. En ce moment, je bénéficie d’une sorte de congé sans solde, c’est exceptionnel vu les évènements.

Cela eu l’air de l’affecter subitement, il baissa les yeux, se fit lointain puis vida son verre d’une traite. J’eus comme l’impression qu’il ne me disait pas tout ou que cela l’ennuyait fortement d’être revenu à la vie civile.

– J’ignorais que la Slandavie possédait une armée.

– Pas dans le but de déclarer de guerre rassurez-vous. La Slandavie s’est toujours montrée neutre et pacifique depuis les conflits qui la menèrent à l’indépendance. Mais un pays sans forces défensives, c’est comme une brebis laissée seule en pleine nature. Cela ne peut qu’inciter le loup à attaquer.

– Vous en avez connu des loups ? Enfin… vous êtes déjà parti en mission ?

– Oui, des missions diplomatiques essentiellement.

Il se rembrunit un peu plus, à croire que je touchais un point sensible.

– Cela s’est mal passé ?

– Disons que… que parfois l’on ne peut rien faire pour empêcher un malheur. Nos forces sont présentes dans les cas de sorties officielles de nos ambassadeurs en visite dans des pays à risque. Le prince Edward IV était l’un de nos ambassadeurs, le roi avait tenu à l’accompagner cette fois.

– Vous étiez avec mon père lorsque…

– Oui. Non. Nous devions les escorter, mais ils avaient pris un avion plus tôt que prévu. Pour je ne sais quelle raison, Notre Souverain voulait se rendre à Paris. Il a contré mes ordres et je n’ai rien pu faire. J’aurais dû rester sur place a tenter d’au moins retrouver une trace de l’appareil, mais l’on me rappela subitement. À cette heure, je devrais être là-bas, pas ici.

Ou mort avec eux, pensais-je tristement.

Il voulait venir à Paris, le jour de l’annonce des résultats ? Était-ce pour me voir ? Passer enfin quelques heures avec moi ? J’avais décidément un don inné pour ruiner l’ambiance.