Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 4


Le lendemain, après une douche et l’obligation de repasser ma robe noire, n’ayant rien d’autre à me mettre, je me sentais prête à affronter le parlement. Après tout, je n’y mettrai les pieds qu’une seule fois, pour leur dire « non merci, mais je refuse de causer un désastre et préfère laisser ma place quoi qu’en dise la reine mère ». Plus facile de se l’imaginer que d’affronter ce genre de situation. Sans compter qu’elle me fera peut-être couper les vivres pour ça… je me freinais subitement, la main sur la poignée.

Jusqu’à présent, je ne m’étais souciée de rien, juste de mes études, mes loisirs et de trouver de quoi m’occuper au manoir Macintosh lors des vacances. Au début, je passais mon temps entre l’équitation et la danse classique, mais depuis la Fac, j’avais dû laisser cela de côté. Je sortais avec des amis, j’allais au musée ou au cinéma, mais jamais… jamais je ne m’étais préoccupée comme eux de ce que je ferai pour m’en sortir ensuite. Et si elle me retirait le droit à mes rentes ? Je me voyais mal aller pointer au bureau de chômage slandavien. Ou de Paris ou de Londres ?

Trois coups à la porte me sortirent de mes questions d’un sursaut. Je m’écartai et autorisai mon visiteur à entrer.

C’était Maximilien, il me fit une révérence trop prononcée, l’extrémité de sa cravate touchant par terre.

– Bonjour, mademoiselle, je suis chargé par votre aïeule de veiller sur vous et répondre à toutes vos questions. Je dois également, d’après ce que j’ai pu comprendre, vous trouver de quoi vous vêtir. J’ai donc fait apporter deux ou trois babioles.

D’un signe de la main vers l’extérieur il fit entrer deux femmes de chambre portant des sacs de shopping qu’elles déposèrent devant le lit avant de disparaître.

– Je vous laisse vous préparer.

– Attendez ! fis-je avant qu’il ne parte. Je voudrais me rendre au parlement, c’est aujourd’hui que doit avoir lieu une réunion avec la famille heu… Pike, pour ce qui est de la couronne.

– En effet.

– Pouvez-vous me trouver un chauffeur ? tentais-je.

– Il leur est interdit de vous y conduire mademoiselle. Vous ne devez quitter le palais sans escorte et rien n’a été prévu. De plus, vous n’avez pas même déjeuné, vous allez vous trouver mal !

– Mais vous êtes à mon service n’est-ce pas ?

– C’est cela.

– Vous pourriez me servir d’escorte… et de chauffeur ? S’il vous plait, c’est très important !

Il hésita, s’éloigna de la porte et chuchota.

– Je ne pense pas avoir le droit moi non plus de vous mener à l’extérieur. Cela dit, je n’ai pas expressément reçu cet ordre. Préparez-vous, je vous attends près de l’entrée des fournisseurs.

J’avais un peu de mal à croire qu’il irait à l’encontre de ce que désirait la reine mère, mais je ne me fis pas prier. J’enfilai ce qui me fut apporté et le rejoignis en bas. J’avais l’impression d’être âgée de trente ans et non vingt-et-un dans cette robe cintrée crème et escarpins assortis. Mais tant pis, j’étais présentable.

Durant le trajet, je m’interrogeais sur la manière de présenter les choses, m’entrainant à voix haute puis soupirai.

– Vous ne devriez pas rechercher la difficulté, mademoiselle. Parlez-leur simplement et tout se passera bien.

– Et tout se passera bien, répétais-je pour m’en convaincre.

Le bâtiment abritant le parlement était en béton et pierre brute. Des colonnades garnissaient la façade et les portes étaient si hautes qu’elles auraient aisément pu laisser passer un géant de près de trois mètres.

Si la porte principale était ouverte, deux gardes nous barrèrent l’accès à la cour intérieure, croisant d’immenses hallebardes devant nous. Maximilien dut me présenter sous mon nom complet et pompeux pour qu’ils nous laissent passer.

– Sa Majesté la princesse Chloë Grace Bethany Abberline Philips souhaite s’entretenir avec ces messieurs du parlement. Selon les lois en vigueur, vu son rang, elle a parfaitement le droit d’assister aux réunions. Laissez-nous passer, je vous prie.

– Nous n’avons reçu aucun ordre concernant cette personne pour la séance d’aujourd’hui.

– Nous parlons tout de même de la princesse ! Future reine de Slandavie, êtes-vous vraiment certains de refuser qu’elle s’adresse à l’assemblée ?

Le garde devint blême, me jeta un coup d’œil sans bouger le moindre cil, tendu comme un i devant la porte. Finalement, ils redressèrent leurs armes, firent tous deux un long pas glissé de côté et nous laissèrent passer.

Enfin j’arrivai dans la grande salle. Un peu trop vite à mon goût tout à coup. Devant tous ces gens qui se tournèrent subitement vers moi, j’en oubliai presque pourquoi j’étais là. Parmi eux, il me sembla en voir un se reculer et se dissimuler derrière l’un de ses confrères. Je ne pus m’empêcher de l’observer lorsque je passai devant. Grand, des cheveux châtain presque blonds et d’immenses yeux bleus qui me fixaient plus intensément encore que les autres. De tous, il était également le plus jeune.

Je regardai de nouveau devant moi, ayant buté dans un pli de l’épais tapis brodé. Cela ressemblait à un tribunal, le banc des accusés et des avocats en moins. Mais la sentence me tomberait dessus malgré tout suite à cela.

J’irai vivre chez Sonia le temps de trouver un travail, me dis-je. C’est ça, chez Sonia. Puis un appart en dehors de Paris, les loyers sont bien trop chers sinon et…

– Veuillez vous présenter, noms et titres et énoncer la raison de votre présence ! somma la voix de celui positionné tel le juge de cette assemblée.

– Chloe Abberline… enfin, je voulais dire Chloë Grace Bethany Abberline Philips, princesse de Slandavie monsieur le… le...

– Monsieur le président, me souffla Max.

– Merci, répondis-je à voix basse avant de me tourner vers l’intéressé. Monsieur le président. Je voudrais vous entretenir de ma position concernant la succession au trône.

Un brouhaha envahit immédiatement la salle, tandis que le juge-président frappa de son maillet pour les faire taire.

– Silence ! Veuillez prendre place.

Il m’indiqua et me céda sa place, j’avançai timidement. La salle était plus petite et bien moins remplie qu’en France, mais leurs visages tout aussi sérieux. Et parmi eux, ma grand-mère, la plus terrible de tous. Bien qu’elle se tint dignement, le menton levé, son visage crispé me promettait silencieusement

– Bonjour, bégayais-je. Je serai brève. Je heum… je ne souhaite pas monter sur le trône. C’est tout, merci à vous.

Au bord de l’affolement, envahie de palpitations et l’estomac criant famine, je me préparai à descendre et repartir. Le président me retint.

– Votre Majesté, cela a déjà été voté et décidé à la quasi-unanimité, vous arrivez bien tard.

– Qu… qu’est-ce qui a été décidé ?

– Hé bien que vous épouserez le Duc de Pike, second héritier au trône. Ainsi la Slandavie coupera court à cette mésentente couvant depuis des siècles entre les deux familles fondatrices.

– Me… me marier ? Avec le… le duc ? répétais-je.

Mes oreilles bourdonnèrent, tout se mit à tourner. Moi me marier ? Avec un duc ? Un homme que je ne connaissais même pas. Cette fois, je cédai à la panique et observai l’assistance. Lequel était-ce ? Avec qui la reine allait-elle m’enchainer à vie ? Je me sentais défaillir et me tint à la rambarde un instant. L’un des membres sauta par dessus le garde fou les séparant du centre de la salle et se précipita juste à temps pour m’empêcher de heurter le sol. Je ne vis que deux grands yeux d’un bleu profond au-dessus de moi avant de défaillir complètement.