Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Princesse Chloé

Chapitre 2


Personne n’avait envisagé qu’une si grande perte frapperait la régence du pays, ce devait être l’effervescence au palais ainsi qu’au parlement. Le deuil national dans tout le royaume, la peine dans le cœur de chacun. Car Edward III était un homme bon et généreux.

La Slandavie était un état dont on avait tendance à oublier l’existence. Niché à la pointe sud-ouest des côtes britanniques, d’une superficie de 150 km² seulement pour 35.000 habitants, il était parmi les plus petits au monde. Ses paysages naturels rappelaient ceux des contes, garnis de forêts et de plaines, de champs cultivés et de villes d’aspect médiéval. Lorsque l’on entrait en Slandavie, l’on avait l’impression de changer d’époque.

J’espérais y vivre un jour, mais étant née d’une relation hors mariage qui fit scandale lorsque ma mère vendit notre histoire à la presse, l’on évita de m’y faire séjourner. Je fus tout d’abord envoyée à Londres, auprès d’une nourrice puis entrai dans un internat suisse de renom accueillant les chères têtes blondes des personnages les plus influents d’Europe. Leur garantissant à la fois discrétion et enseignement de qualité en plus de les ôter des pieds de leurs géniteurs.

Si j’étais née Abberline, le nom de ma mère, je fus alors baptisée de celui de mon père allongé des prénoms des mes grand-mère et arrière-grand mère paternelles. Tous les étés et congés scolaires, je logeais dans l’une des propriétés écossaises d’un ami de la famille royale, Monsieur Macintosh, et ce, sans jamais avoir aperçu le bonhomme en question.

La nouvelle m’avait affectée, je demeurais sans voix tout le long du trajet, les yeux rivés sur mes genoux. Les doigts ainsi que l’estomac noués. Nous arrivâmes en vue de l’aéroport, perplexe j’interrogeais l’homme venu me chercher.

– Nous nous rendons directement au palais, vos bagages ainsi que vos affaires vont suivre, ne vous inquiétez pas.

– Je ne me rends pas au manoir des Macintosh ?

– Non, cela ne sera plus utile. Sa Majesté la reine vous attend.

– La Reine-Mère Grâce ? émis-je espérant que ce ne soit pas l’épouse de mon père.

– Bien entendu, il est hors de question que la reine Marie veuille vous voir, surtout après une telle tragédie. Elle s’en retournera d’ailleurs dans sa famille après les obsèques.

– Bien.

Elle ne m’avait jamais apprécié et, dans le fond, je comprenais. J’étais la preuve vivante des nuits d’adultère entre son époux et une jeune serveuse qui n’aurait même pas dû se trouver sur sa route, remplaçant une amie lors d’un banquet. Elle fit faire pas moins de trois tests de paternité, espérant que si le moindre d’entre eux s’avérait négatif, je ne sois considérée que comme une maladroite tentative de soudoiement. Par contre, c’était à la reine Grâce que je devais d’avoir été séparée de ma mère.

Droite, juste, austère, effrayante. La reine mère se tenait assise sur un fauteuil ancien. La proximité avec l’Angleterre et des côtes françaises avait dû déteindre sur la culture slandavienne, elle buvait le thé dans le petit salon de style Louis XV aux teintes beiges et rose poudré. Et qui n’avait de petit que le nom puisque l’on aurait pu y glisser deux fois mon studio d’étudiante au complet.

Comme l’exigeait le protocole, je m’avançais. Son regard inquisiteur me fit baisser les yeux alors que je me tenais face à elle. Par manque d’habitude, je lui servis une révérence assez gauche et attendis qu’elle prenne la parole la première. Elle portait déjà la robe de deuil tandis que j’étais toujours parée de mes jeans ainsi qu’un chemisier bleu pâle, elle fit la grimace.

– Allez vous changer Chloé, votre tenue est inconvenante.

– Mes bagages ne sont pas encore arrivés, madame… Votre Majesté. Et rien ne m’y préparait, je… je suis désolée.

Je n’avais pas la tenue adéquate ni n’avait eu le temps de me changer de toute manière. Elle fit tinter une clochette posée à côté de la théière, deux femmes de chambre apparurent.

– Trouvez quelque chose qui sied mieux à un jour de deuil, elle ne réapparaîtra devant moi que décemment vêtue.

Je lui servis une seconde courbette, n’insistant pas. Je comprenais qu’elle soit attristée de la perte de son fils et de son petit-fils, mais elle avait surtout l’air en colère contre moi que réellement au bord des larmes. Je fus donc assignée dans une chambre d’invités ou le luxe n’était pas une option, à patienter le temps qu’un coursier s’empresse de me trouver une robe, des bas et des chaussures noires dans une boutique proche.

Le palais était construit à flanc de roche, surplombant la ville. S’il avait des allures modernes aujourd’hui, il fut un temps où il était constitué de larges pierres grises, de tours et d’un pont-levis. Il était désormais affublé d’une véranda, de doubles vitrages et d’un parc à la française remplaçant les douves ainsi qu’une partie des remparts.

Une heure plus tard, j’étais enfin présentable pour recevoir le coup de grâce de Sa Majesté. Sans jeu de mots.