Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 30


La neige n’en finissait pas de tomber et de recouvrir ce décor digne d’une carte postale, un bout de campagne anglaise figée dans le froid et couverte de flocon cotonneux. Depuis l’intérieur, ou un bon feu faisait luire l’intérieur du salon, j’en percevais toute la beauté et mon petit côté romantique ne tarda pas à s’éveiller.

Peut-être est-ce pour cela qu’il m’avait invitée ici, chez ses parents le temps d’un week-end. Il avait raison, c’était des gens charmants, simples et accueillants. C’était un peu comme si nous fêtions Noël en retard. Le sapin perdant déjà quelques épines trônait encore fièrement entre l’entrée et l’escalier en bois brut, quelques cadeaux à ses pieds. Même James s’était libéré de ses contraintes scolaires et joint à nous. Quant à moi, je me remettais de mes émotions.

Thomas était passé près de la mort, il ne fut touché que sommairement au bras et s’en sortit avec quelques points de suture. Mary, ou plutôt Mallory désormais, écoperait d’un long séjour en prison. Entre l’affaire de drogue, usurpation d’identité, enlèvement et tentative de meurtre, aucun avocat ne pourrait rien pour elle.

Cependant Thomas craignait qu’elle ne plaide la folie. Et ça, tous y croiraient certainement.

James avait rencontré quelqu’un. Une étudiante tout aussi prévenante et patiente que lui. Hélas, elle n’avait pas pu venir. Il fallait la comprendre, entre elle et Thomas, ce n’était pas l’amour fou, surtout depuis qu’il lui avait sorti tout un dossier comprenant quelques petits travers plus ou moins embarrassants, mais sans réelle gravité au fond.

– Ne me dis pas que tu rêves de sortir faire un bonhomme de neige à cette heure, je ne suis pas certain de pouvoir assumer.

– Non, j’admirais simplement la vue, souriais-je. Quelle heure est-il ?

– Pas encore l’heure, mais qu’importe. Tu sais, les traditions et moi…

Je me tournai vers Thomas, il tenait un petit sac en papier orné d’un énorme ruban qu’il tendit vers moi.

– Qu’est-ce que c’est ?

J’ouvris et y plongeai la main, en sortant une écharpe fine d’un joli bleu céruléen. Finalement, il avait admis qu’il s’agissait bien de ma couleur préférée, du moins désormais.

– Merci. Thomas, je peux te poser une question ?

– Mmm ?

– Pourquoi me tutoyais-tu depuis le début ? Et surtout pourquoi, ne le fais-tu plus depuis… enfin depuis ce jour où Mary a voulu me tuer.

– Je pensais que puisque tu y répondais de la même façon, tu avais une petite idée.

Il s’assit sur le rebord de la fenêtre alors que je hochai négativement de la tête.

– Je voulais qu’il y ait une sorte de barrière entre nous, le vouvoiement est utilisé pour bien des raisons, mais également afin de définir la relation entre deux personnes. Dès le premier jour, j’ai préféré ne pas risquer de m’attacher.

– Parce que je te rappelle quelqu’un et que ce souvenir te faisait souffrir ?

– Élisabeth, tu es bien différente de celle que j’ai connue. Il y a plus que la surface pour apprécier une personne.

– Et tu ne veux plus de cette barrière ?

– Non, je n’en veux plus.

Thomas était loin d’être un timide jeune homme, hésitant et maladroit. Bien au contraire. Il glissa sans gêne ses mains dans les miennes, me tirant doucement vers lui et se relevant instantanément dans un même mouvement.

– Tes pupilles sont dilatées.

– Les tiennes aussi, fis-je tout en plongeant mes yeux dans les siens.

Il se pencha, mon cœur était prêt à exploser, mais de joie qu’il se décide enfin et dans un tel contexte. Je pariais qu’il y avait songé lui aussi. Un décor qui laissait rêveur, le feu crépitant, une bonne odeur provenant des cuisines et ce petit cadeau. Une adorable attention.

Ses lèvres pressèrent les miennes et je lâchai ses mains pour plonger sur ses épaules tandis qu’il me prit par la taille. Étais-je en train de rêver ? Non. Et pour preuve, si nous étions dans un rêve, il se serait matérialisé en chevalier en armure ou simplement nous aurions pu poursuivre. Mais une voix nous rappela à l’ordre.

– Les enfants ! fit sa mère depuis la salle à manger. Le thé est servi !

Il se recula d’un pas et toussota, reprenant sa posture droite et infaillible.

– C’est le problème avec les dîners de famille, jamais un moment d’intimité, soupira-t-il.

– Ce n’est pas grave, nous nous rattraperons au retour, en prenant le thé, mais chez moi. N’oublie pas que tu as promis d’aller en acheter cette fois.

– Plait-il ? Il me semblait pourtant que c’était clair, et uniquement dans le but de te faire comprendre où je voulais en venir. C’était pourtant élémentaire… Miss Hudson, plaisanta-t-il avant de sourire plus franchement et que nous rejoignions les autres.

- Fin -