Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 27


Je crois qu’elle avait besoin de vider son sac avant d’en finir. Un peu comme certains vilains au cinéma. J’avais toujours trouvé cela cliché, mais d’avoir vu cette lueur dans ses yeux alors qu’elle me déclamait toute l’histoire, d’avoir ressenti toute sa haine, je comprenais mieux ce besoin. Elle aurait pu nous tuer, rapidement et simplement, mais non. Ç’aurait été trop doux, trop rapide, sa vengeance n’était pas juste de nous supprimer, mais surtout de nous faire souffrir comme elle avait souffert. Cela commençait par tout nous jeter au visage.

Elle cessa ses explications alors que je demeurai sous le choc. Bien placée pour le comprendre, j’imaginais ce que Thomas subirait en arrivant ici. Ce qu’il devrait affronter une nouvelle fois. La perte d’un être cher. Il avait beau avoir l’assurance d’un roc, à bien y réfléchir il était comme nous tous, il avait des failles, des moments de faiblesse enfouis derrière son masque d’arrogance. Il ne se permettait de l’ôter qu’en cas de nécessité. Comme de me tenir au chaud sous sa veste, ou de me consoler contre contre son épaule. Et il me fallait être dans une telle situation pour m’en rendre compte...

Je tirai sur mes liens alors qu’elle s’approchait du corps et lui attachait solidement les membres. Malgré la brûlure de ma peau arrachée, je tentai d’user les fibres de la corde, les frottants contre l’un des écrous et serrai les dents pour ne pas me plaindre de la douleur.

– Inutile, fit-elle sans même prendre la peine de se retourner. J’ai mis près de trois heures à couper ces cordes de cette façon, et je n’étais ni entravée, ni en panique, ni même blessée. D’ici là, ce sera terminé, tiens-toi tranquille et attend ton… chevalier servant. Histoire de le revoir une dernière fois.

– Pourquoi viendrait-il ? Il ne sait rien !

– Allons, je suis certaine que tu lui as donné l’adresse avant de venir ici. On n’a plus qu’à l’attendre, acheva-t-elle avant de tourner les talons.

Je relâchai tout l’air emplissant mes poumons et baissai les bras. Je ne pourrai jamais en venir à bout, elle avait raison. Mais je pouvais en rester là à attendre ma dernière minute.

– Monsieur ? Inspecteur Holmes ? Vous m’entendez ? Je vous en prie, réveillez-vous !

Que faisait-il là ? Pourquoi le mêlait-elle à tout cela lui aussi ? De me tuer ne lui suffisait pas ? Je l’appelai encore et encore, jusqu’à ce qu’il gémisse et se tourne sur le côté.

– Inspecteur ? Thomas est en route, mais il risque d’être tué, je vous en prie, réagissez, aidez-moi !

– Quoi ? balbutia-t-il, la bouche pâteuse. Pourquoi tuer Thomas ? Il est… de nous deux... il a toujours été le plus doué, le préféré de tous. Ce n’est pas lui qui doit disparaître, c’est moi !

Oh non, elle lui avait fait avaler de ses maudites gélules ! Le voilà qui tournait en rond sur son absence d’importance, sa solitude, sa vie morne et qu’il devait en finir.

– Vous êtes attaché, vous ne pourrez rien faire. Mais si vous m’aidez à sortir je…

Ce que je m’apprêtais à dire était terrible et je n’en croyais pas un mot, mais à nous deux, nous avions une chance.

– Avez-vous un objet sur vous, n’importe quoi qui pourrait couper nos liens ? Pensez à votre frère, à James, ils risquent leur vie. Ce ne sont pas eux qui devraient mourir n’est-ce pas ?

Il se roula, rampa tant bien que mal et je commençai à distinguer son visage tuméfié sur toute la moitié gauche.

– Elle vous a frappé ?

– Vous l’avez vue ? Mary est là ? Comment va-t-elle ? On ne lui a fait aucun mal ?

– Vous connaissiez Mary ?

– Nous nous voyons depuis quelques semaines, oui. Est-ce qu’elle va bien ?

– C’est elle qui vous a fait ça ! Je suis désolée.

Il se remit à délirer. En un sens, heureusement qu’il était attaché sinon il aurait réellement pu tenter de se suicider à son tour. Il n’y avait pas grand-chose pour y parvenir ici, mais qui sait. Cette drogue faisait vraiment faire n’importe quoi. Dire que j’étais passée par là moi aussi. Je le laissai finalement en paix, il ne me serait d’aucune aide.

Un long moment s’écoula, entrecoupé de quelques échos ne nous indiquant pas clairement ce qui pouvait arriver en dehors de cette pièce, la porte vint à s’ouvrir et j’espérais voir la police ou un Holmes satisfait et rassurant, mais c’était James, ligoté et bras dans le dos. On le poussa à l’intérieur et le fit s’affaler juste devant moi sans explication. Mary n’était pas seule dans cette histoire. Elle y avait des complices, ce qui compliquait les choses. Et le type qui venait de nous l’amener portait le même genre de bottes que Henry. Pourtant, notre futur médecin ne fit pas triste figure très longtemps, décrochant un clin d’œil discret avant que le motard ne reparte.