Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 24


C’était comme un retour brusque en arrière, l’éclat de soleil dans cette chevelure blonde. Mallory était la fille dont Margareth était amoureuse. J’ignorais qu’elle fut étudiante. Pourquoi sa photo manquait-elle ?

Mon téléphone sonna, numéro anonyme.

– Thomas, j’ai trouvé quelque chose de bizarre !

– Élisabeth ? Non, c’est moi Mary !

– Mary ! Oh seigneur ! Tu vas bien ? Les garçons te cherchent, ils sont chez toi. Nous pensions qu’il t’était arrivé quelque chose.

– Je vais bien, mais il faut que tu viennes, je t’en prie. C’est important.

– Que je vienne ? Maintenant ?

– Oui ! Tout de suite ! Je t’envoie l’adresse.

Elle raccrocha subitement, je parlai alors bêtement dans le vide avant de souffler malgré tout, elle était en vie. Aussitôt, j’appelai Thomas et James, mais j’eus leur messagerie, et leur indiquai où je me rendais dès que je fus mise au courant.

Il y avait tout de même une sacrée distance, je me ruai sur le métro, direction Green Park puis Brixton Station. Ce n’était pas vraiment la rue la plus animée du quartier, mais je ne pouvais pas la laisser dans le pétrin. Si cela se trouvait, elle était en train de subir l’effet de cette drogue elle aussi. Je me demandais bien ce qu’elle faisait aussi loin de chez elle et me rendis compte qu’au fond, je ne connaissais pas grand-chose de mon amie. J’aurais dû m’intéresser plus à elle, non pas que cela m’indiffère, mais je préfère laisser les gens se confier que de les passer à l’interrogatoire et risquer de les gêner, voire de raviver de tristes souvenirs.

Inconsciemment, de leur faire subir ce que je souhaitais moi-même éviter.

Le bâtiment dont elle m’avait fourni l’adresse semblait abandonné, la porte ainsi que les fenêtres obstruées par des planches de bois. J’en fis le tour et trouvai une entrée de service à l’arrière. Prudemment, je poussai le double battant. Celui-ci claqua derrière moi.

– Mary ?

Une odeur de moisissure me prit au nez, me faisant regretter de n’avoir rien mangé depuis mon réveil. J’en eus immédiatement la nausée. À l’intérieur, un long couloir gris, faiblement éclairé par de vieilles appliques dont certaines clignaient régulièrement.

Il comportait quatre portes en enfilade ainsi qu’une cinquième au fond, face à moi. Toutes fermées. De nouveau, j’appelai mon amie dans l’espoir qu’elle me réponde et que nous puissions rapidement filer d’ici.

Quelqu’un avait dessiné à main levée et à la craie sur la première porte. Cela ressemblait à un rouleau de parchemin. J’entrouvris, passant juste ma tête. C’était étrange, la pièce était vide, sombre et comportait seulement un présentoir orné de velours rouge comme ceux du British Museum, il était éclairé par une seule ampoule. C’était quoi cette mise en scène ? À quoi jouait-on ?

La seconde porte était affublée d’un dessin de tigre, je préférai ne pas ouvrir. Bien entendu, il n’était pas possible que l’on ait amené un tigre ici, mais… autant éviter les mauvaises farces poussées à l’extrême. J’avançai vers la troisième, un bruit d’eau provenait de l’intérieur tandis que la goutte faite à la craie rouge ne m’inspirait rien de bon. J’ouvris malgré tout, mon angoisse s’amplifiant tout comme le grincement provoqué par les gonds rouillés.

La pièce était plongée dans l’obscurité. Au moment ou mon pied foula le sol à l’intérieur, une lampe vive à l’extrémité s’alluma, illuminant une scène que j’avais déjà vue et revue. Celle de mes cauchemars, celle reproduite au musée des horreurs. Une baignoire sur pied, emplie d’un liquide rougeoyant et, pendant vers le bas, un bras blême. Une flaque de sang qui n’arrangea en rien mes nausées. J’en lâchai mon appareil qui tomba sur le sol de béton.

– Mary !

Je me jetai sur le corps, craignant plus que tout reconnaître ma camarade, de l’y trouver froide. Il s‘agissait d’un mannequin. Je tombai à genou, soulagée et ne pouvant empêcher une crise de larmes, mes nerfs étaient en train de me lâcher. J’étais manifestement enfermée par un fou ayant décidé de me rappeler ce moment, un fou qui en voulait manifestement à Thomas également, qui était en rapport avec cette affaire de drogue. Quelle idiote, l’on nous avait amenées ici pour les prendre lui et James. Et dire que je leur avais signalé l’adresse, ils allaient tomber tout droit dans le piège. Je me reculai et me jetai sur mon téléphone, tachai de l’allumer sans succès afin de les prévenir, mais quelque chose avait dû se briser à l’intérieur lorsqu’il était tombé. Fébrile, je me trainai à l’extérieur, raclant les murs.

– Ce n’est pas drôle ! Qui êtes-vous ? Que voulez-vous à la fin ?

Si je comprenais bien l’idée, la quatrième porte devait se référer à une enquête elle aussi. Mais laquelle ? J’ouvris. Celle-ci était éclairée et ne disposait que d’un seul meuble, un bureau sur lequel trônaient deux portraits. Sur le coup, j’eus l’impression que ce fut moi sur les deux bien que je ne comprenais pas ou celui qui m’avait amenée ici avait bien pu les dénicher. Mais au final, il s‘avérait que non. Celle de gauche était une photo de moi prise en terminale, l’autre devait être celle de cette Élisabeth, la petite amie que Thomas avait perdue. Ces portes ne menaient pas à des enquêtes, mais à des indices, ou bien à de pénibles souvenirs. Je quittai les lieux en marche arrière.

La dernière porte donnait sur une vaste salle, haute de plafond. Des garde-fous, un escalier de métal menant à un étage en mezzanine ainsi qu’un enchevêtrement de tuyauterie surgissant des murs pour traverser le sol en béton.

La porte derrière moi se referma et fut verrouillée de l’extérieur. J’étais en panique soudaine, cela ressemblait fort à ce soir d’Halloween ou je m’étais retrouvée enfermée au musée des horreurs avec Thomas. Mais cette fois, j’étais seule. Je n’aurais jamais dû venir ici, mais c’était la voix de mon amie au téléphone, pourquoi me serais-je méfiée ? Était-ce cette même personne surgie du passé de Thomas qui nous avait amenées ici toutes les deux, l’utilisant afin de me piéger ?

Je tambourinai sans pour autant hurler, me doutant que ce serait inutile vu l’épaisseur des murs.

– Il y a quelqu’un ? Qu’est-ce que vous voulez ? La police va venir, vous savez ? mentis-je enfin.

Le bruit de la serrure me stoppa net, la porte s’ouvrit sur une lumière plus vive que celle du couloir précédemment.

– Thomas ? me risquais-je.

Mais tout ce que je perçus ainsi à contre-jour n’était pas son corps mince ni ses boucles sombres, mais une chevelure blonde, éclatante ainsi que la voix de celle que j’étais venue rejoindre ici.

– Il n’y a plus de Mary. Terminé Mary. Aujourd’hui, on tourne une nouvelle page. Dis bonjour à Mallory... Élisabeth !