Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 23


Je m’endormis comme une enclume jetée au fond de la Tamise. Sans rêves ni cauchemars et n’émergeai qu’au milieu de la matinée le lendemain. J’étais toujours dans le lit de Thomas, sa place était froissée comme s’il avait passé la nuit à mes côtés, je devais me faire des idées. Cela ne lui ressemblait pas. Quelques bruits en bas m’informèrent qu’au moins l’un d’eux était présent dans l’immeuble.

Mal assurée sur mes jambes, je me levai et descendis. Il me revenait d’étranges souvenirs que j’avais du mal à assimiler, une envie d’en finir si intense que j’étais prête à le faire, le remords s’étant fait plus puissant encore que l’angoisse de mourir. Ce matin, j’ignorais encore pourquoi, subitement, il m’était venu ce besoin morbide. Certes, ma vie était loin d‘être extraordinaire, mais je n’étais pas à plaindre. Alors pourquoi. Encore fragile, je ratai une marche et me retrouvai douloureusement assise en travers de la volée d’escaliers. Il ne fallut que dix secondes pour enfin savoir lequel des deux était de garde, c’était Holmes. Je n’étais pas bien sûre de vouloir l’affronter de nouveau.

Non seulement pour ce qu’il avait découvert sur moi, mais également ce que j’avais osé faire la veille. J’avais honte. Terriblement honte. Il m’aida à me relever et, me soutenant par le bras, m’accompagna jusqu’au salon.

Je le voyais bouillonner, nerveux, allant s’asseoir sur sa chaise de bureau, se relever, y reposer son séant. Il devait certainement avoir bien des choses à dire, mais se retenait manifestement.

– Élisabeth…

– Je suis désolée, fis-je simultanément et sans avoir souhaité l’interrompre.

Il stoppa net de ce fait, inspira longuement sans pour autant parvenir à se détendre, pour peu que cela lui fût possible.

– Ne refaites plus jamais ça, c’est tout ce que je vous demande.

– C’est… parce que c’est déjà arrivé ?

Il en perdit ses couleurs, mais ne baissa pas les yeux, il baissait rarement les yeux excepté lorsque qu’il recherchait quelque chose que ce soit à l’intérieur ou non de lui. Je commençais à le connaitre à force de l’observer. Il se pencha vers moi, coudes sur ses genoux.

– Oui. Et elle s’appelait Élisabeth tout comme vous. J’imagine qu’il est inutile de vous en apprendre plus, James s’en est sans doute déjà chargé, s’agaça-t-il brièvement.

– Vous devez me trouver complètement stupide d’avoir fait ça.

– Je suis persuadé que vous étiez sous l’emprise d’une drogue, rien de plus.

– Une drogue ? Comme celle de votre première enquête ?

– Comme je vous l’ai signalé, ces derniers temps les enquêtes qui s’enchaînent ont des liens subtils avec cette première affaire. J’ai dû…

Il s’assit de nouveau, mais dans un fauteuil face à moi cette fois, il ne fixait rien de particulier, et semblait parti dans ses analyses intérieures.

– J’ai dû omettre un point important, quelque chose m’échappe.

– Quoi donc ?

– Vous ! Vous êtes mêlée à cela à présent. Votre sœur… elle s’est suicidée. De cette même façon qu’exposée au musée. Elle n’était pas dépressive n’est-ce pas ? Tout allait bien pour elle jusqu’à ce jour.

– Non, pas vraiment. Nos parents lui avaient interdit de fréquenter… quelqu’un. Elle était assez déprimée à cause de cela, parvins-je à sortir malgré la boule nouvellement formée dans ma gorge.

– Au point de se tuer ? Quand cela s’est-il produit ? Était-elle étudiante ? Son visage ne me dit rien.

– Non, elle travaillait, c’était à la fin de l’été, il y a deux ans.

– Après les faits donc. Nous avions déjà fait arrêter celui qui fabriquait et distribuait cette drogue, il était étudiant en chimie et semblait opérer seul pourtant. Il s’est d’ailleurs tué dans sa cellule en juillet, à croire qu’il en avait lui-même absorbé… mais oui !

– Lui même absorbé ? En prison ?

– Ou que depuis le début, il avait un complice ! Il a réussi à lui en fournir et le tour était joué. Connaissez-vous les amis de votre sœur ? Elle a peut-être fréquenté quelqu’un de la FAC à cette époque.

– Possible, je ne sais pas.

Il se jeta sur son portable, et après avoir chargé un dossier, me le posa sur mes genoux.

– Ce sont les élèves de cette année-là. Vous risquez d’y reconnaitre votre serviteur ainsi que son colocataire, mais ne vous attardez que sur l’essentiel. Reconnaissez-vous un visage ?

Je parcourus donc les photos sans grande conviction. J’en étais à scruter la lettre H, mais c’est qu’il savait sourire à cette époque ! Étonnant. Mais cette découverte me rappela tout autant pourquoi il l’avait certainement perdu depuis.

La porte en bas nous signala le retour de James, lui aussi était nerveux et suait à grosses gouttes malgré les températures.

– Elle n’est ni chez elle ni à la FAC et ne répond pas au téléphone. Personne ne sait quoi que ce soit. J’en ai profité pour justifier ton absence Élisabeth, mais Mary reste introuvable. J’ai appelé la police, ils sont entrés grâce à sa logeuse, mais elle n’était pas là.

– Vous pensez qu’elle aussi a…

– C’est ce que nous craignons oui. Elle aurait pu le faire n’importe où en ville.

– Aucun signalement de ce genre pourtant, j’ai vérifié aussi.

Nous étions deux sur trois morts d’inquiétude à présent. Je n’étais pas encore bien sure pour Thomas, il n’en montrait rien.

– Bon écoute, la police est encore la bas tu crois ?

– Oui, je les ai quittés à l’instant.

– Je vais m’arranger avec mon frère pour avoir accès à sa chambre. Élisabeth ? Reposez-vous en attendant et n’ouvrez à personne en notre absence.

À cette heure, le corps de Mary était peut-être en train de flotter dans la Tamise ou se couvrir de givre sous un pont, dans une arrière-cour au bas d’un immeuble. Moi non plus, je ne parvenais pas à comprendre le lien qu’il pouvait y avoir avec Margareth, avec moi. Avait-elle pris de cette drogue ? S’était-elle suicidée uniquement pour cela et non à cause de ma bêtise ? Malgré son cœur meurtri, elle avait toujours fait preuve de courage et de caractère, je me laissai aller à espérer qu’il avait raison. Bien que cela ne me la rendrait jamais.

En attendant, je poursuivis la visite du dossier de Holmes. Lettre K, L… M. Il manquait une photo, la seule depuis le début. Et le nom me figea sur place. Mallory… Mallory Moriarty !