Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 22


La fenêtre était plus étroite et tout aussi difficile à ouvrir que toutes celles de l’immeuble, le bois ayant gonflé à cause de l’humidité. Il avait décidément raison. Il avait toujours raison. Et sans doute était-il parvenu à ce même constat. J’avais tué ma propre sœur m’embrouillais-je totalement. Volé son nom, usant de celui-ci pour cacher ma honte.

Enfin, elle céda sans que je n’aie à malmener le chambranle et l’air froid envahi la mansarde, me glaçant sur place. Quelle probabilité pour que je puisse en réchapper depuis le troisième étage ? Et si je plongeai tête la première, je ne risquais pas de me louper comme j’avais déjà loupé bien des choses dans ma vie minable. Je fixai le sol, il me sembla se rapprocher par moment. En bas, quelques passants se hâtaient à rentrer chez eux, piétinant la neige avec prudence. Pour en pas tomber, pour ne pas se faire mal, pour ne pas en finir avec l’heure dite. Eux. La rue était suffisamment calme pour que nul ne me remarque. Était-ce vrai que le spectacle d’un corps écrasé est terrible à voir ? Allais-je hanter les cauchemars d’un autre ? Tant de questions aberrantes qui ses bousculaient en moi sans me tirer le moindre doute ni le moindre regret. Hormis celui de ne pas l’avoir fait bien plus tôt. Je montai sur le rebord, accroupi sur la tablette, un coup de vent me laissa tremblante de froid et claquant des dents.

– Je suis désolée Margareth, fis-je pour ultime parole avant de me lancer.

– Élisabeth ! NON !

Une poigne ferme, douloureuse me saisit, me tirant brusquement en arrière avant de me réceptionner. Je me retrouvai enfermée entre ses bras, une fois de plus, mais pressée plus vivement que les autres fois contre son torse. Au bord de l’étouffement. Je reconnaissais sa morphologie, son corps fin et ferme, son parfum mélangé aux effluves de tabac.

– Êtes-vous folle ! Qu’est-ce qui vous est passé par la tête bon sang !

– Est-ce qu’elle va bien ? s’ajouta la voix essoufflée de James derrière nous.

– Oui, referme cette satanée fenêtre, je la mène en bas.

– Non, fichez-moi la paix ! Vous entendez ? me débattis-je.

Mais il me tenait bien, entravant mes mouvements, me soufflant de me calmer. Il me tira, me portant presque dans les escaliers et ce, jusqu’a sa chambre et me glissa sous la couette, prenant soin d’arracher mes chaussures à la hâte. J’étais obnubilée par une seule pensée, celle de lui échapper et fuir, monter sur le toit ou courir jusqu’au plus haut monument public, la ou il ne me retrouverait pas. Mais Thomas me maintenait de nouveau solidement par les épaules alors que je lui hurlai de me lâcher entre deux sanglots.

– James. Des calmants.

– Tu crois que je garde ce genre de truc avec moi ?

– Ne fais pas l’innocent, je sais que tu en as toujours quelque part, à tout hasard.

– Très bien, capitula-t-il.

L’instant d’après, il me fit avaler deux cachets et boire de l’eau, me promettant faussement tout ce que je souhaitais entendre pour y parvenir, mais m’empêchant toujours de sortir du lit. Au bout d’un moment, je me sentis comme assommée, perdue, ne sachant plus vraiment ce que je souhaitais. Tout s’embrouillait. Margareth, Mary, les garçons, le froid sur le rebord de la fenêtre… qu’est-ce que je faisais là… Thomas finit par me relâcher et je les entendis débattre au loin alors qu’ils étaient à moins de deux mètres de moi.

– Qu’est-ce qui lui a pris ? Elle aurait des tendances suicidaires ?

– Non ! fit Thomas, le coupant net. Absolument pas. Lypémanie tout au plus, mais pas de ça. Non, c’est autre chose.

– Je vais dire un truc qui ne va pas te plaire, mais cela me rappelle…

– Oui… moi aussi… et de la même façon...

Sa voix s’était fanée et je me souvins de cette autre Élisabeth ayant voulu mourir elle aussi. Je venais de lui faire revivre son propre cauchemar.

– Élisabeth, répondez-moi sincèrement, fit-il tout en me secouant légèrement, attirant toute mon attention sur lui. Avez-vous pris des gélules ou une poudre récemment ? Je ne vous jugerai pas pour ça, mais je dois savoir.

Je secouai la tête.

– Non, rien.

– Qu’avez-vous mangé ? Tout semblait normal ?

– Oui, des lasagnes du supermarché avec une bouteille de vin. Il avait un goût amer. Je n’aime pas le vin, ajoutais-je.

Il me lâcha subitement, martelant le vieux plancher de ses pas rapides.

– Tu crois que c’est ça ? C’est impossible ! demanda son acolyte.

– Oh non, tout se tient au contraire. Le parchemin tiré du livre des morts, le tigre, cette scène au musée des horreurs. Quelqu’un nous mène par le bout du nez, quelqu’un qui est parvenu à lui faire absorber cette même substance. Mais pourquoi elle ? Pourquoi veut-on absolument la mêler à tout cela ?

Il fit les cent pas un bon moment puis les bruits dans les escaliers m’indiquèrent qu’il était parti. Devais-je leur avouer que c’était Mary qui s’était chargée d’apporter de quoi manger ? Et si elle était empoisonnée elle aussi ?

– James, appelle Mary. Si c’était dans la nourriture, elle en a mangé aussi.

Une seconde plus tard, il était au téléphone, fébrile. Malgré toutes ses tentatives, elle ne décrocha pas une seule fois.