Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 20


Notre joute verbale se poursuivit les deux jours suivants. J’avançai peu, il ne dévoilait rien que je ne sus déjà. Impossible de simplement savoir s’il avait une petite amie par exemple. De le côtoyer, je savais que non, mais il ne lâchait aucune information. Logeant toujours chez eux, je m’arrangeais pour répondre sans être vue depuis mon portable. Lui aussi se trouvait sur le sien la plupart du temps. Sans aller jusqu’à affirmer que je perdais patience, cela ne menait à rien. Il demeurait toujours un mystère.

Je décidai alors de jouer sur un terrain où il excellait, lui offrir la possibilité de mettre à mal son sens de la déduction ou, le cas échéant, l’amuser quelques instants.

« J’ai une affaire pour vous, Monsieur Holmes. Si toutefois, vous êtes bien celui que vous dites. »[2]

« Cela ne m’intéresse pas. »

« Vous êtes déroutant ! Voici plus de deux jours que nous discutons et vous ne laissez rien transparaître. Je ne suis pas plus avancée qu’au premier jour. Préférez-vous donc vous enfermer dans votre solitude ? Jouer le prince ténébreux enfermé dans sa tour d’arrogance, vous gaussant de la moindre princesse souhaitant venir vous en sortir ? Je ne sais rien sur vous de plus, pas même votre couleur favorite ! »

Il demeura un moment sans répondre, le dos contre le dossier de sa chaise, en mode réflexion intensive avant de répondre à l’oral plutôt qu’à l’écrit.

– En tout cas, ce n’est pas le bleu.

– Comment avez-vous… ? fis-je complètement sonnée qu’il m’ait reconnu et ne m’en informe que maintenant.

– J’avais un doute et vous venez de vous trahir. Si j’avais trouvé cela amusant au début, vous tournez trop autour du pot. Vous aussi, vous êtes déconcertante Miss Hudson.

J’étais en train de vivre le moment le plus humiliant de toute ma vie sans pour autant parvenir à le lui reprocher. Je m’y étais jetée toute seule et sachant qu’il était capable du pire et de découvrir qui j’étais. Décidément, je n’étais douée ni pour lui tirer les vers du nez ni pour me camoufler. Je me levai et me dirigeai vers l’entrée, pressée d’échapper à son sarcasme. James s’interrogea, me rappela tout en demandant ce qui se passait avant de se reporter sur son ami. Je pris juste ma veste, mon écharpe et filai vers l’escalier en hâte.

– Qu’est-ce que tu as encore fait ? entendis-je derrière moi avant de passer la porte.

J’aurais pu prétexter des courses à faire, l’envie de prendre l’air ou toute autre fausse excuse, mais le besoin de m’éloigner fut le plus pressant. Qu’avais-je en tête de vouloir ainsi le séduire, tapie dans l’ombre d’un pseudonyme qu’il aura peut-être mis dix secondes à percer à jour. Je me dirigeai au hasard vers le coin de la rue lorsqu’un bras s’agrippa au mien.

– Venez, je préfère nettement le face à face. Allons-nous dans un endroit un peu plus chaud.

J’osai à peine un regard vers lui. Il me semblait si grand tout à coup alors qu’il fixait droit devant lui, il nous fit entrer dans le petit pub juste à côté. Je l’y suivis, tête basse jusqu’à une table située tout au fond.

– Deux chocolats chauds, demanda-t-il à la serveuse sans me consulter.

Je commençais à en avoir l’habitude, inutile de chercher d’où il pouvait savoir ce dont j’avais envie en pareil moment.

– Je répondrai à quelques-unes de vos questions, mais ce sera donnant-donnant. Vous vous doutez bien que je suis au courant de pas mal de choses vous concernant. Il en est une qui demeure un mystère.

– Pourquoi le bleu ? fis-je alors timidement.

– Exactement. Mais il y a autre chose et j’en viens à croire que tout est lié. Margareth ?

J’en tressaillis, le regard baissé sur mes mains, je triturai nerveusement mes doigts et croisai mes jambes sous la table. Je n’avais pas envie de lui en parler, ni à lui ni à personne. Plus jamais.

– Elisabeth Margareth. Et non Hudson. Vos médaillons portant les lettres E et M. Je serais étonné que ce M soit réellement l’initiale d’un nom de famille pris pour pseudonyme. Forcément, ce doit être quelqu’un qui a compté pour vous et vous l’a légué. Votre sœur ?

– Un simple coup de fil à ma tante Molly aurait suffi. Elle vous en a certainement parlé.

– Pas besoin. Merci, fit-il alors que l’on nous apportait nos tasses.

Je me réfugiai derrière celle-ci, la tenant dans mes mains malgré la brûlure du liquide encore trop chaud.

– Elle ne m’en a pas parlé, pas directement. Mais elle possède une photo de vous, de votre famille. Vous semblez avoir vers le quinze ou seize ans sur cette photo. Elle est plus âgée. Pourtant, vous avez passé les fêtes ici même. Vous pourriez être en froid avec vos parents, éviter les dîners pompeux de votre tante et de ses amies… ça, par contre, elle m’en a parlé il y a quelques temps. Mais pas d’éviter de voir votre sœur, pas si vous l’aimez au point de porter son nom. J’en conclus qu’il lui est arrivé quelque chose, que ce médaillon est le sien. Que lui est-il arrivé Élisabeth ?

Devant mon mutisme, il continua.

– Elle est décédée n’est-ce pas ? Vous n’en parlez jamais. Comme si elle n’existait pas, ou plus. Pour ce qui est de la couleur rouge, je crois comprendre. Il est des traumatismes qui parfois s’associent à cette couleur, le rouge, le sang… un accident ? Vous avez assisté à cet accident, vu la couleur de son sang. Depuis, vous haïssez cette couleur.

Je levai enfin les yeux vers lui, ils me brûlaient presque autant que la tasse elle-même. Si j’avais pu émettre le moindre son, je lui aurait demandé de se taire, de ne plus jamais parler d’elle comme d’un simple fait divers, mais tout ce qui s‘échappa de moi furent mes larmes.

– La baignoire de sang !

– Ça suffit ! Ça suffit ! Taisez-vous ! Cessez de me décortiquer comme ça ! Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Une victoire de plus pour le grand intellectuel que vous êtes ? Mais pour moi, c’était ma sœur !

Ma tasse retomba de mes mains, déversant une partie du chocolat sur la nappe. Holmes se releva, échappant de peu à un ébouillantage et je me levai, le laissant sur place. Il était allé trop loin, mais au fond, je me doutais que ce n’était qu’une question de temps, qu’un jour il comprendrait, qu’il détruirait le peu d’intimité qu’il me restait. Je remontai le temps de récupérer mes affaires et quittai le 221B.