Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Élémentaire Miss Hudson

Chapitre 19


J’étais troublée depuis cette nuit ou Thomas m’avait surprise dans son lit. À son attitude à la fois désinvolte et pourtant intéressée. Je ne cessais de me poser cette question. Et si je m’étais lancée moi-même plutôt que d’attendre qu’il se décide ? Où en serions-nous ? Se serait-il passé quelque chose ? Ou aurait-il tourné les talons, simplement satisfait d’apprendre qu’au fond, je le trouvais séduisant, mais sans être lui-même intéressé ?

En attendant que la chaudière soit réparée, je squattais chez les garçons, rongée par mes questions. La princesse de mon histoire se posant les mêmes vis-à-vis de son chevalier. Derrière cette armure de glace, se cachait-il un cœur ou, tout du moins, y avait-il une petite place pour quelqu’un d’autre que ses quêtes et ses analyses. Et tout comme mon héroïne, j’en vins à vouloir en apprendre un peu plus, à comprendre comment l’aborder. Je profitai de l’occasion ou Thomas était descendu aux sous-sols pour enquêter.

– Vous avez un blog donc ? demandais-je à James qui ne se fit pas prier pour m’en énoncer l’adresse.

Comme je l’imaginais, leurs mails y étaient mentionnés. Était-il judicieux de procéder ainsi, par des voies détournées plutôt que de face ? À vrai dire, je ne savais comment le prendre, je craignais seulement qu’il s’en amuse plutôt que de prendre cela au sérieux. Je créai une nouvelle adresse, n’ayant, je l’espérais aucun rapport détectable avec la mienne et le contactai.

« Cher monsieur Holmes, j’ai lu avec attention les résumés de vos dernières enquêtes et je dois vous avouer que je suis l’une de vos plus grandes admiratrices. Je… »

Je stoppai net. Non, cela n’irait pas. Holmes n’était pas homme à tomber dans un piège aussi grossier, certainement pas lui. Au mieux, j’aurai droit à des remerciements d’usage et il ne donnerait pas suite. Non, lui il aimait les énigmes, les risques, la surchauffe de méninges et ce n’était pas en le congratulant que j’allais lui apporter cela. En le contredisant, je pouvais attirer son attention ? Mais uniquement avec des arguments valables ou des questions pertinentes et j’étais loin de rivaliser avec ses analyses. Je repris du début.

« Monsieur Holmes. J’ai lu avec attentions vos derniers exploits et je dois avouer que je n’y crois pas une seconde. Certes, c’est bien formulé, l’on s’y croirait, mais il est des détails – et j’emploie ici un bel euphémisme – hurlant à l’imposture. Vous devriez écrire des romans de gare et non de pseudo comptes rendus d’enquête. Cordialement.

Avec cela, j’espérais une réaction. Elle ne serait pas forcément positive, mais irait au-delà d’un simple ‘merci de m’avoir lu’. Il devait travailler à cette heure, mais la réponse ne mit pas longtemps à venir.

Sans doute vous manque-t-il ce don si précieux que l’on nomme la logique. Où seriez-vous atteinte de cécité partielle ? Si ce n’est le cas, je vous renvoie donc aux différentes annexes mises en lien au bas du texte, celles-ci répondront à vos questions. Bonne journée.

Égal à lui-même. Combien de fans parvenait-il donc à faire fuir chaque semaine avec autant de dévotion ? Ce garçon était déroutant.

Rassurez-vous, mes yeux vont très bien. Mais avouez que vos conclusions méritent de figurer dans une rubrique fiction. Je pourrais perdre mon temps à énumérer chaque aberration, à commencer par le fait – logique –, que la police ne confie jamais ce genre d’enquête à de simples étudiants. Cordialement.

Bien entendu, je savais qu’il en était ainsi puisque j’avais assisté moi même aux débriefings ainsi qu’à ses investigations. D’affirmer le contraire m’écartait de la course si d’aventure il tentait de deviner à qui il avait à faire. Mais cette fois, je n’eus aucune réponse. Sans doute estimait-il de n’avoir rien à rajouter. Je laissai mijoter jusqu’au lendemain avant de contre-attaquer.

Je constate que vous n’avez aucune explication valable et donc que je j’ai touché la ou le bât blesse. Je vous laissais pourtant une chance d’éclaircir les points d’ombres avec l’espoir de vous voir plus compétitif. Vous êtes un bon conteur, Monsieur Holmes, rien de plus.

Je ne suis pas un conteur, je relate les faits. Pour ce qui semble vous chagriner, je vous invite à contacter l’inspecteur Holmes, il vous confirmera mes dires.

Vous m’invitez, cher monsieur, à me diriger vers autrui plutôt que d’argumenter ? Vous baissez bien vite les armes.

En quoi argumenter face à quelqu’un ne faisant preuve d’aucune bonne foi si ce n’est de nourrir une contre-attaque puérile qui ne mènerait à rien d’autre qu’une perte de temps ?

Est-ce que vouloir mieux vous connaître, découvrir l’homme qui se dissimule derrière l’enquêteur serait une perte de temps ? Permettez-moi d’en juger avant de vous hâter.

Nous y voilà. Ainsi ce serait une tentative d’approche ? Ainsi vous comptiez jouer la provocation plutôt que de me servir quelques niaiseries à l’eau de rose. Étrange procédé. Seriez-vous sapiosexuel-le ?

Pour le coup, je dus vérifier la définition de ce mot. Personne chez qui l’intelligence de l’autre provoque une excitation sexuelle. Il y avait de quoi débattre là-dessus, mais cela n’avait rien à voir. Thomas était beau garçon, et ses manières guindées pouvaient séduire à la manière d’un Darcy. Je devais avouer que cela lui donnait un certain charme. Mais dès qu’il ouvrait la bouche, il pouvait tout détruire en quelques secondes. Ou vous troubler des jours durant lorsqu’il se souvenait subitement que vous étiez un être humain doté d’émotion, de sensibilité et que, quelque part, enfoui sous cette carapace, lui aussi.