Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 18


Affaiblie durant deux jours entiers, il me fallut tout ce temps pour être de nouveau capable de me traîner hors de chez moi. J’allais mieux malgré mon nez bouché et quelques picotements dans la gorge. Avec mes deux infirmiers improvisés, dont l’un étudiant en médecine, je n’avais pas eu besoin de véritable docteur. Ce qui fit le plus grand bien à mon budget. Encore une fois, plus de peur que de mal, pensais-je. Jusqu’à ce que je me retrouve à grelotter de nouveau. Je réglai le thermostat du radiateur et patientai, rien. Le bougre était même glacé et du givre commençait à s’installer sur les vitres, à l’intérieur.

Je téléphonai à ma tante, l’informant de la panne afin qu’elle puisse contacter un chauffagiste qui ne pourrait se déplacer avant la semaine suivante. Ma veine. D’ici là je me serais transformée en glaçon. Quelques éternuements finirent par me convaincre que je ne pouvais rester la. Avec deux pulls et tout autant de paires de chaussettes, je tremblais littéralement sur ma chaise, devant mon portable et mon rhume repris du poil de la bête.

Dans mon esprit, mon fier et arrogant chevalier se retrouva subitement en un pays enneigé, aux monts blancs et aux rivières figées alors qu’il était censé faire sa quête en plein été. Il me fallait trouver une solution[1] , j’allai sonner chez mes voisins. Leur canapé pouvait me convenir parfaitement s’ils acceptaient de m’héberger quelques jours. Ce fut James qui vint ouvrir.

– Ce serait avec plaisir, mais c’est tout l’arrière du bâtiment qui semble être touché, pas uniquement chez toi, me fit-il embarrassé. Je pensais te prévenir, mais j’ai eu du boulot. Moi-même je compte m’installer dans le salon. Mais… tu es la bienvenue pour t’installer ici et si cela ne t’ennuie pas, prendre la chambre de Thomas.

– Je ne peux pas, où dormira-t-il sinon ?

– Il est chez ses parents.

– Il va péter un câble s’il apprend ça non ?

– Bizarrement, je pense que non, il a l’air plus cool lorsque c’est toi qui touches à ses affaires.

J’acceptai,  montai mon portable ainsi que quelques affaires de rechange et de toilettes, et m’installai dans le divan.

– Ça va entre Mary et toi ? Je n’ai plus eu de nouvelles depuis la fin des cours.

– Disons que ça va… doucement. Ça me convient, sourit-il sans lever le nez de son propre ordinateur. Et avec Thomas, me lança-t-il comme s’il y a avait quelque chose à en dire.

– Je ne vois pas de quoi tu parles ?

– Alors il est plus idiot que je ne le pensais. Oh… au fait, il a laissé ton bouquin la, sur le bureau, je pense que tu peux le récupérer avant qu’il ne se perde.

– Il l’a lu ?

– Lu ? pouffa-t-il. Étudié serait le bon terme.

J’en demeurai tétanisée, l’imaginant se gausser de cette fameuse agonie des protagonistes à chaque page.

– Il en a dit quelque chose ? demandai-je tout en le récupérant et le feuilletant par réflexe.

– Non, pas grand-chose. Il a juste fait quelque recherche sur l’auteur sur internet, je crois.

J’étais cuite ! D’un simple indice, il pouvait remonter jusqu’à moi, malin comme il l’était. Alors que je tournais les pages, un morceau de papier tomba au sol, je le ramassai. Il y avait écrit que quelques mots, destinés à mon attention certainement.

« Pas mal, mais prévisible. Pourquoi ce nom ? »

Elisabeth Margareth et non Hudson. Beaucoup d’auteurs prenaient des pseudonymes, devais-je vraiment me justifier ? En tout cas, Holmes avait le don pour pointer là ou ça fait mal. Je touchai malgré moi, cette même lettre, M, le médaillon qu’elle portait au cou.

Après avoir travaillé chacun de notre côté, je laissai James et montai dans la chambre du second. Je m’attendais à tomber sur une pièce tout aussi encombrée que le salon, mais rien de tout cela. C’était propre, ordonné, le lit fait au carré. Un pupitre était disposé devant la fenêtre, le violon dans son étui sur une chaise. Le voici donc ce fameux instrument dévoreur de sommeil. Je n’étais pas la pour lui faire un mauvais sort et me changeai avant de me glisser sous la couette froide. Le son que Thomas parvenait à en sortir était plutôt mélodieux, je n’étais juste pas trop d’accord avec les horaires de ses concerts privés.

Si je parvenais tant bien que mal à passer la plupart de mes nuits sans cauchemars, cela devenait difficile ces derniers temps. Depuis la scène de la baignoire au musée des horreurs. Je revoyais encore et toujours le liquide rouge envahissant les dalles claires de notre salle de bain commune, glissant jusqu’à mes pieds. Son bras blanc, entaillé, l’index pointant vers la flaque de sang. Rouge. Dans ce rêve cette fois, s’ajoutait un détail, une lettre dessinée de son doigt. La lettre M. Margareth ? Mallory ? Aussitôt la couleur vermeille fut remplacée par un éclat de soleil qui m’aveugla. Des corps enlacés, se faisant discrets au bout de l’allée, derrière la haie et que j’avais surpris depuis la fenêtre de ma chambre. D’un baiser échangé entre elles, une fille à la chevelure blonde que la lumière rendait étincelante.

Suite à cela, nos parents lui avaient interdit de la revoir, je n’avais pu tenir ma langue, je ne comptais pas lui faire de tort ni la dénoncer, je voulais juste savoir. Pourquoi une fille, qu’est-ce que cela changeait ? J’étais curieuse, trop, simplement trop. Aucun d’entre nous n’envisage qu’elle en viendrait la. À préférer mourir plutôt que de la perdre.

– Élisabeth ?

Je la revoyais, souriante comme ces jours où nous sortions en ville ou au cinéma, mais sa voix était plus grave, masculine.

– Élisabeth ? Du calme. À quoi rêvez-vous donc pour être aussi agitée ?

Son image s’effaça au moment ou je m’éveillai. Ce n’était pas la voix de ma sœur, mais celle de Holmes ! D’un sursaut, je me redressai, partant à la recherche de l’interrupteur de la lampe de chevet. Manque de chance, elle était de son côté, c‘est lui qui l’alluma.

– Je peux savoir ce que vous faites dans mon lit ? Dois-je conclure que vous êtes ici à cause de la panne de la chaudière ou pour une raison bien moins chaste ?

– N’allez surtout pas croire n’importe quoi !

– Je tente juste de comprendre.

Son téléphone l’averti de l’arrivée d’un message, il s’interrompit, le sorti de sa poche et en pris connaissance à voix haute.

– Chauffage en panne. Ai proposé à notre voisine de dormir dans ta chambre. J’en conclus donc que c’est bien une question de chauffage, fit-il tout en se relevant.

– Parce que vous avez imaginé une seule seconde que je m’étais glissée la pour… pour autre chose ?

– Mmm… non. Pas avec le genre de chose que vous écrivez, vous êtes trop romantique pour ça. Pour vous séduire, il faut autre chose qu’une simple envie. Un diner romantique, une balade, des fleurs sans doute. Ennuyeux et classique.

– Ainsi qu’un garçon un peu plus normal.

– Essayez-vous donc de me blesser ? Remarquez j’en ai l’habitude.

Il me fixait, assis sur le rebord de lui et eut de nouveau cette interrogation.

– Bleu ?

– Oui, mon pyjama est bleu. Comme vous le savez, je préfère cette couleur.

– Et comme vous le savez, je n’en crois rien.

Il se releva et, tout en se délestant de son écharpe puis de son manteau, me révéla enfin d’où il tenait cette affirmation.

– Vous avez laissé des affaires au sous-sol. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait d’un oubli d’un ancien locataire, j’y ai un peu fouillé, je dois l’admettre.

– Vous… vous avez fouillé dans mes affaires !

– Oh très succinctement. De vieilles peluches, des vêtements mainte fois portés, quelques babioles. Des souvenirs en fait. Mais rien de bleu. Pourquoi ? Pourquoi avez-vous changé Élisabeth ? Que s’est-il donc passé ?

– Rien du tout ! m’emportais-je. Et puis cela ne vous regarde pas, je préfère encore aller dormir dans le froid que vous répondre.

Je sortis du lit, le regrettant aussitôt tout en cherchant mon sac. Il se leva et s’approcha, me poussant doucement en arrière jusqu’à ce que je tombe assise sur le matelas, rebondissant doucement. Sans mon consentement, il prit mes jambes, les glissant dans la douce chaleur de la couette et la referma sur moi. Il reprit place sur le bord, son visage à quelques centimètres du mien, j’en retins mon souffle.

— Vous n’êtes pas encore assez remise de votre rhume. J’irai dormir dans le fauteuil en bas lorsque je serai assez fatigué.

— Vous êtes décidément le garçon le plus bizarre que je connaisse.

— Je ne suis que cela pour vous ? Bizarre ?

— Non. Déroutant également.

Et sauvagement séduisant lorsqu’il était trop proche comme maintenant.

— C’est tout ? Vos pupilles sont dilatées, vos joues rosissent lorsque je m’approche et je… constate que votre rythme cardiaque à augmenté, fit-il tout en pressant mon poignet comme l’autre fois.

Je récupérai ma main, vexée qu’il recommence ses investigations afin de me mettre mal à l’aise. Pourtant, je devais avouer que je ne souhaitais qu’une chose, qu’il cesse cela en vienne au fait. Qu’il se décide une bonne fois pour toutes. Il s’était montré jaloux, protecteur et n’en était pas à sa première insinuation. Pourtant, il n’insista pas.

— Bien. Bonne nuit Élisabeth.