Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Élémentaire Miss Hudson

Chapitre 17


– Je risque de ne pas pouvoir, il y a bien des éléments externes à tout cela. Juste que… il s’agit d’une vieille affaire, je venais d’entrer à la faculté de médecine, c’est la que j’ai connu James.

– Vous n’êtes pas étudiant en criminologie ?

– Maintenant oui. J’ai abandonné en cours d’année. Jugeant que ce serait plus indiqué pour moi. Je voulais être une sorte de diagnosticien à la base, mais les enquêtes ont quelque chose de plus excitant. Vous n’avez sans doute pas entendu parler de cette affaire qui frappa notre établissement. Bien des familles ayant fait le nécessaire pour que la presse ne soit pas avertie. Ce fut également notre première véritable enquête.

Il me confia donc les grandes lignes, laissant tomber son côté froid quelques instants, cela semblait l’intimider que de me confier cela, pourtant il s’y attela tout de même. C’était il y a deux ans et demi. Une vague de suicides et tentatives du même type frappa un grand nombre d’étudiants. Trop pour que cela passe comme des actes désespérés. Les deux garçons découvrirent qu’une nouvelle drogue, un nootrope puissant, circulait sur le campus. Consommée afin de booster ses capacités intellectuelles, ses effets secondaires étaient dévastateurs. Dépressions, crises de bipolarisation éclair et enfin, désirs suicidaires.

C’est lorsque l’on compta trois victimes et plusieurs tentatives échouées que la police fut mise au courant, en toute discrétion. Holmes et Watson étant sur les lieux, s’arrangèrent pour se procurer la substance en question. Il m’avoua en avoir consommé afin d’en prouver les effets. C’en était effrayant, il était prêt à se tuer pour ses expériences. Ce garçon avait décidément un côté complètement fou. Perfectionniste selon lui. Résultat des comptes, un suspect fut arrêté et mis en cellule. Doué en chimie, il avait créé cette substance par pur altruisme selon lui. Sa raison devait avoir pris un coup elle aussi pour penser cela.

– Tout est bien qui finit bien, mais le rapport avec le livre ainsi que ce tigre ?

– La drogue s’appelait la tiger boost et Christopher Storm, son créateur portait un tatouage du même animal. Pour le livre et bien… je dois dire que c’est plus une intuition. Un extrait du livre des morts sur la façon de contacter les vivants. Je me suis renseigné plus amplement sur le texte qu’il contenait depuis. Storm s’est suicidé en prison, deux mois après son arrestation. Il n’a pas eu droit à un procès.

– Vous pensez que… non rien. Quand était-ce ?

– Il fut arrêté en avril. Mort en juin.

– Il n’y eut plus d’autres cas de suicides ensuite ? demandais-je, prononçant le mot avec difficultés.

– Non, plus aucun.

Je me serrai sans me rendre compte contre lui, mes doigts dans sa chair alors que le félin ronflait bruyamment à présent. Mais Thomas préférait attendre l’arrivée de son frère avant de sortir. Par précaution.

– Élisabeth… souffla-t-il à mon oreille. J’aimerais être certain du contraire, mais quelque chose me dit que l’épisode d’Halloween constitue lui aussi une pièce de ce puzzle. Vous allez me prendre pour un fou, je suis pourtant cartésien comme vous l’avez vous-même si bien affirmé, mais je tends à penser que cette histoire de fantôme à quelque chose de vrai.

– Qu’il soit revenu pour vous rappeler que vous êtes responsable de sa mort ?

– Ou que quelqu’un veuille nous le faire croire. En ce cas, je crains également pour la vie de James. Si pour l’instant, il semble s’amuser à nous mettre sur la voie, ce ne sera pas vain. Il nous prépare quelque chose. Sa vengeance.

– Vous avez raison, fis-je tentant de plaisanter, mais le cœur n’y était pas, mes mots sonnèrent creux. Je vous prends pour un fou.

Cela le fit sourire.

Cette escapade me troubla un long moment. Plus que d’avoir vu de trop près la mâchoire d’un tigre affamé, de m’être tenue une fois de plus entres es bras réconfortant, plus chaleureux qu’il n’en donnait l’air la plupart du temps, l’affaire qu’il m’avait résumée revenait comme voulant s’imposer à tout le reste.

Résultat des courses, malgré les efforts de Thomas redevenu distant dès que l’on vint nous sortir de là, j’avais attrapé froid. James était venu, trousse de premiers secours en main afin d’évaluer les dégâts. Légère fièvre, mal de tête, état fébrile. Je devais rester au chaud. Pris par ses stages à l’hôpital, ce fut Thomas, en congé comme moi qui du se coller comme garde-malade. Je l’imaginais déjà se plaindre de cette fonction totalement inintéressante, mais il n’en fit rien. Après m’avoir servi une tasse de lait chaud sucré, il se mit au contraire à arpenter les lieux. Je n’eus pas la force de le gronder.

Il s’attarda sur ma bibliothèque, mains dans le dos, droit comme toujours et lisant, tête penchée, les titres sur la tranche de mes livres exposés. Il du certainement reconnaitre quelques classiques, son sourire en coin m’indiquant qu’il avait bien retrouvé quelques auteurs dont ceux mentionnés lors de notre rencontre. Il se saisit de l’un d’eux.

– Les hauts de Hurlevent. Parfait exemple de ce que je vous exprimais l’autre jour.

– À propos de perte de temps ? Cette histoire d’amour est pourtant magnifique.

– Destructrice, je dirais.

– Vous l’avez lu ?

– Vous m’en pensez incapable ? Avant de m’en faire un avis, il a bien fallu et je m’y colle et…

Il laissa sa phrase en suspens, se figeant sur l’étagère du haut, celle où j’avais glissé mes propres ouvrages, imprimés en exemplaire unique et gardé précieusement. Il se saisit de l’un d’eux, observant un moment la trame puis la couverture. Je devins blême à l’idée qu’il ouvre, qu’il lise et se moque. Ou pire qu’il comprenne subitement qui en était l’auteur. Mais au contraire, il le remit en place, fit de même avec un second qu’il rangea ensuite.

– Je vais vous laisser vous reposer. Je repasserai en soirée.

Il laissa la porte non verrouillée et je m’endormis d’un sommeil agité après avoir bu son breuvage. Il revint très certainement plus tard et sans que je ne l’entende. Je ne pus que m’en rendre compte lorsque je constatai qu’il manquait l’un de mes livres.